Vive la gratuité de la culture
Par MP le mercredi 12 septembre 2007, 08:48 - argent - Lien permanent
Je reviens sur la notion de gratuité dans le domaine de la culture à la faveur de l'interview d'Eric Arlix sur libr-critique.com. Arlix dirige les éditions è®e, un éditeur de création complètement différent de ses confrères, multi-support, et surtout imprévisible dans le meilleur sens du terme.
Voici ce que dit Eric Arlix :
Pendant ce temps, la ministre de la Culture, Christine Albanel (qui par ailleurs a récemment, d'une manière assez incompréhensible, interdit aux artistes subventionnés de dire du mal de qui vous savez) installait une énième commission contre ce qu'ils appellent le "téléchargement illégal" (les MP3), présidée par le dirigeant du premier disquaire de France (bonjour le conflit d'intérêts !) et déclarait à cette occasion :"Pour internet ou d’autres supports (matériels ou immatériels) l’édition française est carrément moyen-âgeuse et totalement réactionnaire, les grands éditeurs ne peuvent tolérer plus de 3 lignes d’extraits de leurs livres sur leur site alors des fichiers numériques gratuits ça les faits bondir. Un grand éditeur de “gauche” (d’une certaine gauche) me disait récemment qu’un papier dans Elle est un pur bonheur pour un éditeur, ça en dit long sur le niveau de désenchantement d’une profession qui est passé d’Intellectuel à Épicier. S’intéresser à l’art c’est forcément partager des idées, d’une manière ou d’une autre, et le “payant” et le “gratuit” ne s’oppose pas, ils sont hyper complémentaires, peu de personnes le comprennent actuellement, qu’elles soient grosses ou petites, les communautés artistiques restent sectaires, corporatistes et prétentieuses."
Hé bien si, justement, c'est l'inverse : la culture, ou plus exactement la mise à disposition de l'Art, doit être gratuite; et la création a une valeur intrinsèque qui est déconnectée de son prix. Ainsi trois phrases de Rimbaud sont gratuites, l'ont toujours été, le resteront toujours." « Il faut en finir avec l'idée que tout est possible, a-t-elle ajouté. Nous ne pouvons laisser croire que la culture doit être gratuite et que la création [...] n'a pas de prix, donc pas de valeur. »"
Mon projet personnel sera, de plus en plus, de donner à lire gratuitement sur Internet la totalité de mes livres, et de tenter d'inclure dans mes contrats d'édition une clause me permettant de fournir un PDF intégral et gratuit de mes livres. De toutes façons, dans le genre de littérature que je fais, on ne vit pas avec la vente de ses livres (je n'ai même pas gagné 300 euros l'année dernière), alors qu'on me laisse au moins avoir des lecteurs gratuits à défaut d'en avoir des payants.
Si on développe, rien n'empêche que se mette en place progresivement un système de don aux auteurs, façon Jamendo, dans lequel le lecteur paie après coup, par gratitude. Si vous pouviez faire un don Paypal afin de donner directement une somme à Kafka pour le remercier d'avoir écrit ce qu'il a écrit, vous donneriez combien ? Evidemment, maintenant, il va falloir que je devienne le fils de Kafka, et là y a du boulot...
Commentaires
on voit naître petit à petit des tentatives associant de façon plus complexe l'un et l'autre, sortir de cette opposition binaire ne pourra se faire qu'à mesure que naîtront ces modèles imprévus
ainsi le "site blanc" de Philippe Vasset associé à son livre chez Fayard
http://www.unsiteblanc.com
évidemm
bonjour,
là je voudrais corriger "le site de blanc" n'est pas de Philippe Vasset seuleument ! j'ai moi même crée ce site. En collaboration avec Philippe et Xavier Bismuth. Je suis également l'auteur des photographies et films. Xavier Bismuth à réalisé les dessins GPS et Philippe rédigé les textes. C'est une initiative personelle. nous ne touche aucun droits d'auteurs. la maison d'edition a refusé d'y participer.
Vous dites : "De toutes façons [...] on ne vit pas avec la vente de ses livres" et je pense que c'est là qu'il faut porter le combat. Je vous suis lorsque vous souhaitez un accès facilité à la culture, mais cela ne peut emporter la gratuité de la création culturelle, sauf à considérer que la littérature (et son corollaire la production de livres en tant qu’objets) est un passe-temps et non un métier.
L’artiste, et l’écrivain en est un, doit pouvoir vivre de son art, ou au moins pourvoir espérer raisonnablement en vire. L’ensemble de la société, par l’affectation d’une partie des recettes fiscales à cet objet, doit permettre la plus grande diffusion possible de la culture, pour ce qui nous concerne cette diffusion est assurée principalement par les bibliothèques et les soutiens à la création littéraire (et à la chaîne du livre).
On ne peut abdiquer et considérer que la loi du marché doit rester maîtresse de la production parce qu’elle serait la seule à fournir un revenu (ou l’espoir d’en avoir) aux écrivains, pour peut qu’ils créent des « produits » formatés. On ne peut pas non plus se satisfaire d’un système de don volontaire à l’auteur… Qui peut y croire ?
Il existe une troisième voie : l’édition indépendante.
La plupart du temps l’éditeur indépendant est petit, souvent seul, et passablement militant. Comme la plupart des auteurs son action éditoriale cohabite avec une autre activité, probablement plus rémunératrice. Mais il continue à lire, travailler, investir sur les textes, défendre ses auteurs… Et dans le cadre d’un contrat clair, d’une collaboration ouverte. Les textes atypiques, les formes pauvres en diffusion, exigeantes, ne peuvent se développer que par leur intermédiaire. Quel aurait été par exemple le trajet d’Emmanuelle Urien sans l’attention qu’un premier petit éditeur a porté à son premier recueil édité ?