En fouillant dans mes dossiers, je tombe sur trois cents mots écrits il y a juste quatre ans.

Le nouveau livre d'un romancier pour lequel j'ai une immense admiration venait de sortir (*). J'avais été estomaqué par ses trois livres précédents, il avait publié coup sur coup trois chefs-d'oeuvres et je m'étais précipité sur son nouveau roman en espérant y trouver un nouvel exploit littéraire. Mais j'étais reparti un peu déçu, je n'avais pas réussi à entrer dans ce nouveau livre, j'étais passé à côté (ensuite, ce célèbre auteur a publié un autre chef-d'oeuvre, donc tout va bien pour lui). Le début de son roman, surtout, m'ennuyait. Alors, sans réfléchir, je l'avais réécrit. Ca me semblait évident : si la perfection littéraire signifie qu'un livre ne peut pas être retouché, que tout y est parfait, alors si quelque chose cloche, on doit tenter d'y remédier en retouchant.

Je ne sais pas dans quelle mesure les mots qui suivent sont, en 2007, légalement publiables sur Internet, mais à priori le passage étant court, ce doit être autorisé par le droit de citation, et à tout le moins il s'agit là d'un exercice littéraire à visée intellectuelle et sans but lucratif. J'appelle donc ça une variation  sur un texte, et tout le monde devrait avoir le droit d'en écrire :

"Une nuit, j'avais à peine vingt ans, j'étais en train de traverser la place de la Concorde, une voiture a surgi de nulle part. Elle m'a heurté légèrement et je suis tombé. La voiture a fait une petite embardée, a ralenti, puis s'est immobilisée contre un mur. Je ressentais une violente douleur à la cheville. La voiture avait roulé sur mon pied gauche. Je me suis relevé en boitant. Une femme sortait du véhicule en titubant un peu.

Les deux portiers du grand hôtel arrivèrent en courant. Le premier passa mon bras sur son épaule et m'aida à marcher jusqu'au hall d'entrée. Le second s'assurait que la conductrice n'avait rien et l'aidait également à atteindre l'hôtel. On me fit asseoir sur une banquette. La jeune femme était légèrement blessée au visage. Elle saignait au front et à la pommette. Je fus frappé par sa beauté et la somptuosité de ses vêtements.

Les gens de l'hôtel avaient déjà appelé les secours, mais avant même que l'ambulance soit arrivée, un brun massif aux cheveux courts est entré. Il semblait connaître la conductrice et il ne paraissait pas surpris par l'accident. Il me fit l'impression d'un cinéaste qui sitôt la scène terminée entre dans le champ pour faire des remontrances aux acteurs et leur expliquer pour la centième fois  comment il fallait jouer. L'inconnu avait l'allure d'un truand, d'un homme de main, d'un policier en civil oeuvrant pour un service secret incontrôlable.

A l'extérieur, d'autres hommes, vêtus de costumes sombres identiques à celui du brun massif, tournaient autour de la voiture accidentée. L'un d'eux, accroupi devant une roue, notait quelque chose sur un petit carnet.

L'ambulance est arrivée et les pompiers nous ont aidé à monter dans leur fourgon. J'étais étourdi. La jeune femme avait le visage moins blanc que tout à l'heure, elle avait repris des couleurs et semblait en meilleure forme que moi. Nos regards s'étaient croisés mais nous étions restés tous les deux silencieux. Nous nous sommes assis côte à côte face à un pompier. Je me suis alors aperçu que j'avais égaré ma chaussure gauche. Pour une raison qui m'échappait, j'éprouvais une légère honte à me trouver ainsi dehors avec un pied en chaussette."


(*) Il s'agit d'Accident nocturne, de Patrick Modiano; je n'ai pas relu ce roman depuis - j'ai tort, je devrais -.