Quand Camille Laurens attaque, avec une violence inouïe, Marie Darrieussecq dans La Revue Littéraire, elle ne se contente pas de porter préjudice à un autre écrivain, elle cherche à interdire à tous les romanciers de parler de certains sujets.

Personnellement, j'essaie de ne jamais attaquer un autre écrivain. Il y en a beaucoup dont je déteste les livres, mais quand on me demande : "X., tu en penses quoi ?", je réponds simplement "Jamais lu." Ceux qui me connaissent savent que la plupart du temps j'ai quand même jeté un oeil distant sur les livres d'à peu près tous les auteurs un peu connus en France, et donc que je sais, mais je ne dis pas du mal d'un autre écrivain nommément désigné, point. Ca me semble suicidaire pour les écrivains de s'attaquer entre eux; la Société en général le fait déjà assez comme ça.

Il y a sans doute derrière cette attaque de Camille Laurens des explications compliquées (Chloé Delaume s'amuse même à décerner un prix de stratégie à Léo Scheer), mais ça n'est pas mon problème. Mon problème, c'est de voir un auteur reconnu poser comme principe qu'un romancier ne peut pas écrire une fiction à propos d'un fait qu'il n'a pas vécu, bref : qu'il ne peut pas romancer, qu'il ne peut pas inventer. J'admets aisément que quelqu'un qui a perdu un enfant n'ait pas envie de voir s'exprimer sur le sujet une personne qui n'a jamais connu ce drame. Je conçois également que la chose soit si difficile à écrire que le romancier-inventeur risque de se planter. Mais écrire des livres ratés n'est pas interdit, et du reste avoir vécu le drame ne garantit pas de savoir l'écrire. En fait, ce que propose Camille Laurens, c'est rien de moins qu'une police de la pensée : certains auraient le droit d'écrire sur certains sujets, d'autres non.

J'invente ce que je veux. J'écris ce que je veux. Si je veux, j'écris sur quelque chose que je n'ai pas vécu. Si je veux, j'écris la vie de Camille Laurens et les sentiments qui la traversent lorsqu'elle rédige son article contre Marie Darrieussecq. La seule limite que je m'impose, hormis la législation sur la diffamation ou le respect de la vie privée, c'est l'intérêt littéraire et intellectuel.


MàJ 28/08/2007 : Léo Scheer a décidé de mettre en ligne jusqu'à la date de sortie en librairie le 3 septembre, l'article intégral de Camille Laurens à paraître dans la Revue Littéraire n°32.

Voir aussi la réaction de Paul Otchakovsky-Laurens (éditeur de Marie Darrieussecq) recueillie par Livres-Hebdo, ainsi que l'article du Monde des Livres.

MàJ 30/08/2007 :
un long point de vue de Paul Otchakovsky-Laurens dans Le Monde : "Non, Marie Darrieussecq n'a pas "piraté" Camille Laurens" et une interview de Marie Darrieussecq dans Libération.


MàJ 06/09/2007 : dans Le Monde : "On ne fabrique pas un suspense avec la mort d'un enfant", un point de vue de Camille Laurens répondant à la réponse de Paul Otchakovsky-Laurens à son article de la Revue Littéraire. Ca n'en finit plus...