Affaire Pierre Jourde : savoir courir vite
Par MP le dimanche 8 juillet 2007, 09:50 - auteurs - Lien permanent
Dans l'affaire de l'agression contre l'écrivain Pierre Jourde (en 2005, les
habitants de son village natal l'avaient coursé parce qu'il avait publié un
livre sur eux, voir ici
l'histoire), les peines sont tombées : deux mois de prison
avec sursis et 500 euros d'amende. C'est-à-dire des peines plus modérées
que celles requises
auparavant par le Parquet. On a plus ou moins l'impression que le
sentiment ayant tromphé dans le tribunal à l'issue des débats aura été que
cet écrivain, après tout, "l'avait bien cherché", qu'il "n'avait pas besoin
d'écrire ça"... Hélas, tous les écrivains ont entendu ce reproche au moins une
fois dans leur vie : "mais pourquoi écrivez-vous ça ?".
Pourtant, même s'il n'y a pas eu pour Pierre Jourde d'incapacité de travail, il s'agissait d'un début de lynchage et l'écrivain et sa famille ne doivent de pas avoir été roués de coups qu'à leur rapidité à fuir. Vous écrivez ? alors sachez courir vite, voilà la triste conclusion de cette affaire.
Tout le monde a le droit de contester le contenu d'un texte, mais par des moyens civilisés, c'est-à-dire en produisant un autre texte qui porte la contradiction, ou, à la rigueur, en demandant à la justice de se prononcer sur le contenu attentatoire à la vie privée, ou diffamatoire, du texte. Pas en pourchassant l'auteur dans les rues du village pour le lapider à coups de pierres...
La seule bonne nouvelle paradoxale de cette violente agression aura été la confirmation que la littérature a encore une force dans la société contemporaine, que les mots pèsent et font réagir ceux qui les lisent.
Pourtant, même s'il n'y a pas eu pour Pierre Jourde d'incapacité de travail, il s'agissait d'un début de lynchage et l'écrivain et sa famille ne doivent de pas avoir été roués de coups qu'à leur rapidité à fuir. Vous écrivez ? alors sachez courir vite, voilà la triste conclusion de cette affaire.
Tout le monde a le droit de contester le contenu d'un texte, mais par des moyens civilisés, c'est-à-dire en produisant un autre texte qui porte la contradiction, ou, à la rigueur, en demandant à la justice de se prononcer sur le contenu attentatoire à la vie privée, ou diffamatoire, du texte. Pas en pourchassant l'auteur dans les rues du village pour le lapider à coups de pierres...
La seule bonne nouvelle paradoxale de cette violente agression aura été la confirmation que la littérature a encore une force dans la société contemporaine, que les mots pèsent et font réagir ceux qui les lisent.
Commentaires
Je préfère pas te dire ce que je pense de cette histoire car cela te choquerait...
Disons juste que certains mots ne sont pas plus "civilisés" comme tu dis, qu'un coup de poing, et que tout le monde n'a pas les "moyens civilisés" dont tu parles. Marre des auteurs au-dessus de tout, toujours, ricaneurs ou condescendants, ce qui revient au même. Oui la littérature a une force, et certains le savent, qui s'en servent pour rabaisser les autres.
Dans le dernier livre d'Eric Holder il y a ces mots à la fin : " note à l'adresse des amis médoquins : pour écrire ce livre, j'ai adopté le point de vue d'un gavay, un étranger. S'il a rendu malheureux certains, dont l'affection est si grande, je leur demande pardon". C'est un peu exagéré peut-être, mais nous, les écrivains, on est des charognards, alors un minimun de "reconnaissance" envers nos personnages me parait normal : on se sert des gens, on prend leurs histoires, etc et puis on ferait comme si ça n'avait aucun rapport ? Comme si c'était de la fiction pure ?
Je suis sur un texte pour lequel, s'il est publié, je risque d'être attaquée pour diffamation et bien tu vois je ne "crains" rien parce que les coups, je les ai déjà reçus.
Et là je repense au roman de C. Delaume ("le cri du sablier") et des tas d'autres, tous écris par des filles. C'est marrant ça (enfin marrant) : les filles écrivent pour dire les coups reçus, et les garçons écrivent pour en porter, des coups...