Dans l'affaire de l'agression contre l'écrivain Pierre Jourde (en 2005, les habitants de son village natal l'avaient coursé parce qu'il avait publié un livre sur eux, voir ici l'histoire), les peines sont tombées : deux mois de prison avec sursis et 500 euros d'amende. C'est-à-dire des peines plus modérées que celles requises auparavant par le Parquet. On a plus ou moins l'impression que le sentiment ayant tromphé dans le tribunal à l'issue des débats aura été que cet écrivain, après tout, "l'avait bien cherché", qu'il "n'avait pas besoin d'écrire ça"... Hélas, tous les écrivains ont entendu ce reproche au moins une fois dans leur vie : "mais pourquoi écrivez-vous ça ?".

Pourtant, même s'il n'y a pas eu pour Pierre Jourde d'incapacité de travail, il s'agissait d'un début de lynchage et l'écrivain et sa famille ne doivent de pas avoir été roués de coups qu'à leur rapidité à fuir. Vous écrivez ? alors sachez courir vite, voilà la triste conclusion de cette affaire.

Tout le monde a le droit de contester le contenu d'un texte, mais par des moyens civilisés, c'est-à-dire en produisant un autre texte qui porte la contradiction, ou, à la rigueur, en demandant à la justice de se prononcer sur le contenu attentatoire à la vie privée, ou diffamatoire, du texte. Pas en pourchassant l'auteur dans les rues du village pour le lapider à coups de pierres...

La seule bonne nouvelle paradoxale de cette violente agression aura été la confirmation que la littérature a encore une force dans la société contemporaine, que les mots pèsent et font réagir ceux qui les lisent.