Qui a peur d'Internet ?
Par MP le mardi 17 juillet 2007, 08:47 - librairies - Lien permanent
A lire d'urgence, sous la plume de François Bon, un billet intitulé Vers un Internet de littérature, qui synthétise les grandes questions récentes de l'actualité éditoriale, notamment la question des frais de port gratuit pour les librairies en ligne, mais aussi celle de l'autonomie de l'auteur vis-à-vis de l'économie de l'édition telle qu'on l'a connue depuis des décennies.
La question qu'on peut finalement se poser, à la lumière des évolutions très rapides qu'amène le Net, c'est : qui en a peur ? qui a peur d'Internet ? réponse : tout le monde, sauf l'auteur. L'auteur a tout à y gagner. Mieux : de plus en plus, son travail apparaîtra d'abord sur le Net, sur son site personnel, ou sur un site collectif, soit sous forme de notes de travail sur un roman en cours (le billet d'Emmanuelle Pagano s'interrogeant sur son nouveau roman pour lequel elle a déjà un projet de titre), soit sous la forme d'une oeuvre in progress et d'une sorte totalement nouvelle (la poésie de Fred Griot).
Les oeuvres littéraires seront de plus en plus disponibles d'abord sur le web, en quelque sorte en exclusivité, et qui plus est gratuitement, et ne seront ensuite que validitées par la reconnaissance du papier, éditeurs traditionnels, et grande presse. Le dernier roman de François Bon publié en 2006 chez Fayard, ''Tumulte'' (texte dense, complexe, traversé de visions, très cohérent malgré sa forme séquentielle), a d'ailleurs été intégralement écrit d'abord pour une mise en ligne sur le site de l'auteur.
Reste, dans cette évolution, trois ou quatre acteurs du monde du livre qui ont du souci à se faire en effet, et dont on peut comprendre la peur : les libraires, actuellement les plus exposés; puis les diffuseurs et distributeurs, dont la place prééminente sera rapidement maintenant remise en cause; les éditeurs, qui ne sont plus les découvreurs qu'ils étaient, parce que n'étant plus à la pointe de la nouveauté et premiers lecteurs de l'oeuvre comme jadis; et enfin les journalistes, dont le rôle prescripteur est diminué par les blogs, notamment ceux de certains petits libraires (par exemple Litote en tête).
Ces libraires, diffuseurs, éditeurs, et journalistes feraient bien de très vite surmonter leur peur d'Internet et l'investir sereinement, dans l'esprit d'ouverture et d'échange (voire de gratuité) qui a toujours été, et restera - c'est une intuition - l'esprit d'Internet.