A lire dans Le Monde : "Cho Seung-hui ou l'écriture du cauchemar", un surprenant papier de Jonathan Littell à propos du tueur fou de l'Université de Virginia Tech aux Etats-Unis. Cet étudiant avait écrit des textes contenant des scènes paraît-il effrayantes, des écrits que ses camarades et professeurs refusaient de voir comme de la littérature. Littérature ou psychopathologie ? Littell pose la question :

"A leur lecture, nul ne pourra dire que Cho Seung-hui avait du talent ; pourtant, ces brèves pièces, maladroites et juvéniles, bien mieux que de nombreuses oeuvres publiées, nous disent crûment la vérité d'une rage sans fond ; et si nous voulons bien faire nôtre la définition de la littérature que nous propose Georges Bataille, celle de textes auxquels " sensiblement leur auteur a été contraint ", alors, d'une certaine manière, nous devons reconnaître qu'il y a ici littérature, une forme de littérature : quelque chose qui se dit.
(...)
Personne, ni ses camarades, ni ses professeurs, n'accepte de voir ici des textes : pour eux, il n'y a que menace, un cri à la limite de l'inarticulé.

Ils le disent explicitement : dès qu'on l'a lu, on a su (soupçonné) que c'était un tueur (potentiel) ; il ne vient à l'esprit de personne que c'est peut-être devenu un tueur parce que personne n'a su le lire."