Dans un billet de François Bon qui annonce un grand colloque à venir autour de son oeuvre (Cierec Saint-Etienne, 22-23-24 mars 2007), on perçoit les hésitations d'un auteur devant l'intérêt qu'autrui va porter à son travail :

"J’ai évidemment la trouille : peur de passer pour un mort, oeuvre close. On sait bien, de notre côté, qu’il n’y a pas à rouvrir les livres publiés, et que la masse de difficulté qui prélude au suivant s’est augmentée."

L'écho de ses propres livres inquiète l'auteur. Toujours.

Pour ma part, il y a, avant la publication, une pression maximale que je mets sur l'extérieur, éditeurs en priorité, mais aussi proches, amis, lecteurs, pour imposer le livre ou les textes que je n'hésite pas à présenter et à estimer alors comme "incontestables", "puissants", "achevés", et, après la publication, au contraire, un mouvement inverse, un immense sentiment de gêne, comme si, honnêtement, tout ça n'en valait pas la peine.

Voir mon nom sur des couvertures de livres ou de revues dans une librairie me met mal à l'aise. L'écho de mes propres livres me déplaît quand je réalise que je suis l'auteur, physique, de ces livres. Si je conçois un instant ces livres comme anonymes, alors, souvent, je les aime. "Pathologiquement classique", vous dirait n'importe quel psy, mais pourtant chaque fois reproductible...

Alors que le texte est en lui-même objectivement intéressant et riche, une fois qu'on se place du point de vue de l'auteur, subjectivement donc, le pourquoi de l'écriture de ce texte et la prise en compte de la personnalité de son auteur vont réduire le texte, le dénaturer et le démystifier.

Encore une fois, cela ne vaut qu'à l'égard de l'auteur lui-même, et pour ma part par exemple je sais que quand sont concernés X. ou Y., grands écrivains disparus du XXe siècle, je me précipite sur la moindre minuscule anecdote biographique, photographie rare, mot ridicule griffonné, tout...