François Bon relève que les compte-rendus des onze tables rondes organisées dans le cadre de la consultation Livre 2010 qu'a lancé le Ministre de la Culture, ont été mis en ligne.

La table ronde n° 7 "Situation des auteurs de l'écrit : état des lieux et perspectives" contient des attaques très dures contre les aides aux auteurs. Extraits des propos d'une des participantes :

"Dans la période actuelle s’est instauré, dans l’ensemble de la société, un rapport de dépendance à la société conçue comme extension de la famille ; on assiste à une maternisation du rapport au politique, qui se manifeste chez nombre de créateurs par une demande de maternage par l’Etat, au nom des privilèges dus à l’art et à la culture.

Comment l’État peut-il répondre à ces demandes accrues de prises en charge des artistes ? Au niveau des aides directes (bourses, sécurité sociale, droits…), beaucoup a été fait, les améliorations ont été spectaculaires. Les résidences d’auteurs, par exemple, sont particulièrement adaptées dans la mesure où elles permettent à l’auteur de dégager du temps pour créer. L’État touche aux limites de ce qui peut être fait en matière d’aide directe aux créateurs, et ne pourrait sans doute guère faire plus sans risquer de créer une sorte d’aristocratie artiste, qui serait payée pour ce qu’elle est et non pour ce qu’elle fait.

L’État doit prendre en compte le marché et le soutenir dans les domaines économiquement difficiles (aides aux éditeurs), et non s’y substituer ou même le concurrencer (ex. presses du CNRS, concurrentielles des éditeurs privés). Il doit continuer à contrôler l’équilibre de la chaîne du livre, comme il l’a fait notamment par la loi de 1981 sur le prix unique du livre.

Les personnes en charge de la gestion publique ne doivent pas se laisser culpabiliser : il est de la nature des auteurs, en régime vocationnel, de ne pas être totalement des professionnels. Les auteurs ne sont éventuellement victimes de rien d’autre que de leur propre choix de vivre exclusivement de leur art."

On ne peut pas s'empêcher de penser qu'il s'agit, pour certains décideurs politiques, de préparer le terrain à une suppression des derniers soutiens publics aux auteurs. La mystérieuse date de "2010" ne serait-elle que l'échéance d'un sinistre compte à rebours ?...