Près de deux ans après la vague d'attaques contre Martin Heidegger lancée par Emmanuel Faye et soutenue par Le Monde des Livres, les mises au point des philosophes se succèdent. En juin 2006, la revue L'Infini a publié un numéro spécial (et double) sur "Heidegger : le danger en l'Etre". En octobre suivant, Gallimard devait publier dans la foulée un ouvrage collectif de défense d'Heidegger, mais avait soudain fait marche arrière, provoquant un tollé.

Ce livre collectif, Heidegger, à plus forte raison, sort finalement chez Fayard la semaine prochaine et c'est Le Figaro Littéraire, et non Le Monde des Livres, qui nous en parle le premier avec un dossier sur Heidegger. On pourra notamment lire le résumé des péripéties autour de la publication de cet ouvrage (où l'on apprend que "c'est Philippe Sollers qui a suggéré à Claude Durand [qui dirige Fayard] d'accepter le livre").

Stupéfiant de voir comment un seul ouvrage, contre la quasi-totalité des philosophes, aura pu instiller dans les esprits mal informés l'idée selon laquelle Heidegger n'aurait professé qu'une sous-pensée nazie, alors qu'à l'inverse il est sans doute le plus important philosophe depuis Descartes ! Stupéfiant que cet abaissement n'ait pas pris appui sur sa biographie mais sur son travail philosophique ! Stupéfiant, enfin, que tout cela se soit passé en France, aujourd'hui !

MàJ 25/01/2007 : Le Monde des livres daté 26 janvier contient une intéressante chronique du Heidegger, à plus forte raison titrée (d'une manière un peu confuse) Heidegger : l'avenir d'une compromission et qui constitue un bel exercice de rétropédalage après la position prise par le journal en 2005. Le papier est signé Nicolas Weill qui, après quelques critiques de forme, admet finalement : "l'oeuvre d'Heidegger demeure avant tout une philosophie de l'existence (...). De sorte qu'on peut - certains diront qu'il le faut - continuer à lire et étudier Heidegger comme l'une des plus importantes philosophies du XXe siècle. Et non comme le palimpseste hypocrite d'un des régimes les plus exécrables de l'histoire."