CE MÉTIER DE DORMIR

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samedi 25 avril 2015

Fondation des Treilles, journal de résidence (extrait)

Mon séjour à la Fondation des Treilles, à Tourtour dans le Var, vient de s'achever.

Ça a été deux mois magnifiques, avec beaucoup d'avancées littéraires, de rencontres intellectuelles et de bouleversements divers. Le lieu, avec son cadre méditerranéen d'oliviers, de cyprès et de pins, est de toute beauté, et les personnes qui travaillent ici sont fantastiques, une disponibilité et une gentillesse absolues, bref de quoi travailler au-delà de ce qui paraissait possible avant.

Voici un court extrait de mon journal de résidence :

"28.III.2015

Tout à l'heure, en me promenant dans le silence et le calme du samedi, j’ai soudain croisé un chevreuil. Il était au bas à flanc de coteau et j’arrivais sur la route proche, il a bondi pour grimper, seule voie libre pour lui, mais la pente était si raide qu’il s’est arrêté au bout d’un bond et s’est retourné pour voir qui j’étais. Dès la seconde où il avait bougé en me tournant le dos pour grimper, je m’étais figé et je suis resté immobile. Alors le chevreuil, magnifique, a regardé dans ma direction il a plongé ses yeux dans les miens mais j’étais absolument immobile et je l’observais. Je l’admirais. Il était si beau, si libre, avec son poil roux, ras, ses minuscules bois sur la tête, ses pattes fines, ses flancs musclés, la majesté de sa tête, ses yeux, son cou, on aurait dit une grande antilope. Je l’ai regardé longuement pendant qu’il me regardait lui aussi, ne parvenant pas à voir un danger dans ce qui n’était qu’un bloc fixe avec un blouson vert clair et des lunettes de soleil, une statue de marbre patinée par le temps, recouverte par la mousse et la poussière des saisons passées. Je savais que si je bougeais le chevreuil partirait et je ne pourrais plus m’extasier devant sa beauté et sa liberté, je savais que si je trahissais mon admiration par le moindre mouvement, aussi humain et aussi sincère soit-il, il bondirait et disparaîtrait. Mais j’ai dû finir par bouger, je ne suis pas une statue, je ne suis pas un mort, et le chevreuil s’est enfui, grimpant en deux sauts extraordinaires le reste de la pente et disparaissant sous les arbres."

 

jeudi 26 mars 2015

La magie des Treilles

La semaine dernière, discutant avec une des personnes qui travaillent ici, je m'extasie sur le fonctionnement perpétuellement parfait des choses, et elle me répond aussitôt en souriant : "Oui, c'est la magie des Treilles". Elle ne plaisantait qu'à moitié, les Treilles sont un lieu presqu'en dehors du monde rationnel.

Il y a l'animation et l'énergie permanente de cette mini-ville, la présence quasi-continue de scientifiques en séminaires, notamment des biologistes, et la trace de tous ceux déjà passés ici (dont plusieurs prix Nobel). Il y a aussi le rayonnement mystérieux des œuvres d'art et des documents très particuliers abrités par la bibliothèque. Il y a enfin la topographie, un ensemble de collines culminant à 600 mètres, avec la perfection paysagère, oliviers, cyprès et pins, et la présence des animaux, chevreuils, sangliers, écureuils, salamandres et moutons, carpes koï et rouges-gorges. Sans parler des conditions d'accueil et de la disponibilité divines offertes aux invités.

Et donc des choses se passent, des théories se bâtissent, des virages se négocient, des rencontres interviennent, des échanges se font, des décisions très chinoises se prennent, et toutes sont plus incroyables les unes que les autres. La magie des Treilles opère sur moi comme sur tous ceux qui séjournent ici. Plus de détails dans les mois et les années qui viennent... 

 

mardi 24 février 2015

À Tourtour, en résidence d'auteur à la Fondation des Treilles

Je suis arrivé hier à la Fondation des Treilles, en Provence, où je suis accueilli pour une résidence d'auteur de deux mois.

La Fondation des Treilles a été créée en 1964 par la mécène Anne Gruner Schlumberger (1905-1993), notamment pour "encourager et favoriser la création dans les domaines des sciences, des lettres et des arts", et est située sur la commune de Tourtour (Var).

Il serait trop long d'entrer dans les détails, je dirai seulement que le lieu est plus que magnifique et que les conditions d'accueil des résidents sont tout bonnement parfaites.

(J'essaierai de faire chaque jour des instantanés photographiques du lieu, à suivre ici : https://instagram.com/marcpautrel)

 

dimanche 15 février 2015

J'ai dix ans

Le 15 février 2005 paraissait mon premier livre, Le Métier de dormir, un recueil de récits, aux Éditions Confluences de Bordeaux. Merci à Éric Audinet, qui dirige Confluences, d'avoir publié ce texte, la parution de mon premier livre a mis en mouvement quelque chose qui ne s'est plus arrêté depuis.

Ainsi donc, j'ai dix ans. Dix ans, c'est beaucoup et c'est aussi très peu, je ne suis plus un nourrisson mais je suis encore loin d'être un adulte et d'avoir entamé une vraie vie d'auteur. Rendez-vous en 2025, j'espère que j'aurai alors écrit et publié une dizaine de livres et que je verrai mieux où je vais, si je vais quelque part, ce dont on n'est jamais certain.

 

samedi 17 janvier 2015

Engendrement de cœur (à propos de Berceau)

Lecture du beau livre d'Eric Laurrent, Berceau (Ed. de Minuit, 96 p., 11,50 €).

Le volume est sous-titré "récit" mais ce pourrait être aussi bien un roman tant la construction et la poésie du texte sont fortes. Le narrateur raconte l'adoption par son couple d'un orphelin marocain de quelques semaines, Ziad, avec leur découverte de cet enfant durant les voyages successifs faits au Maroc pour lever le blocage administratif imprévu des autorités locales qui leur interdisent de le faire sortir de l'orphelinat d'abord, de le faire sortir du pays ensuite.

Il y a une quantité de minuscules livres repliés à l'intérieur du livre, et que l'on voudrait voir développés (et il faudrait pouvoir posséder un microscope capable de trouver entre les lignes d'autres lignes, plus petites, et qui recèlent des détails supplémentaires, mais peut-être est-ce à l'imagination du lecteur de faire ce travail). Ainsi l'histoire de Nadir, l'adolescent simple d'esprit, un orphelin qui chaque jour demande à nouveau leur nom à tous les gens qu'il croise, et qui s'invite sur toutes les photographies prises autour de lui. Ou encore la description des toits de Rabat, et plus largement l'architecture et la topographie de cette ville. Également les paroles, le visage et le corps de l'épouse du narrateur, Yassaman, très peu présente dans le texte et qui en devient, précisément par son absence, d'une grande beauté (on la voit dormir, tout de même à un moment, à l'arrière de la voiture, collée contre son nouveau fils, un des passages les plus émouvants de ce livre). Et aussi la scène finale, très belle, avec les applaudissements de Ziad. Mais il s'agit d'abord dans ce livre de la découverte par le couple de leur nouveau fils. Le narrateur et sa femme le voient apprendre à marcher, puis à parler, puis à penser et comprendre (par exemple, comme il assimile tous les globes à des ballons avec lesquels on peut jouer, il tend la main vers les fruits des orangers pour essayer de les faire eux aussi rouler).

La beauté du Maroc, la douceur du climat, l'harmonie évidente du couple, la croissance fulgurante du nourrisson et les sentiments paternels qui en retour naissent immédiatement pour lui, tout dans ce livre en fait la lecture parfaite pour qui veut retrouver une certaine paix intérieure.

Comment peut-on devenir père et mère sans avoir donné naissance à un enfant ? comment se passe un engendrement de cœur ? Le récit le démontre en moins de 100 pages et dans une langue soutenue et en même temps très simple, très proche du lecteur, un style à la fois descriptif et sensible. Pour l'enfant, pour le comprendre, pour lui expliquer la vie et l'aider à apprendre, Eric Laurrent invente autre chose, il agrandit le monde.

Extrait :

"Ziad, en revanche, sait que je suis écrivain : on ne le lui cachera pas - sur le rebord de sa poussette, sur le pan de rabane déplié dans l'herbe, et même tout là-bas, sur l'un des bancs de pierre du jardin de l'orphelinat, une cigarette entre les lèvres, il m'a souvent vu écrire. Outre ses hochets, le premier objet qu'il ait tenu en main fut d'ailleurs mon stylo, ce feutre noir, à mine très fine, avec lequel je consigne dans le petit carnet qui ne me quitte jamais toutes les idées susceptibles de nourrir un livre qui me viennent à l'esprit, où que je me trouve."

 

jeudi 1 janvier 2015

Bonne année 2015

Meilleurs vœux à tous !

Je vous souhaite une année pleine de grande santé, d'amour, d'argent, de voyages, et donc une année pleine de livres. Bonne année 2015 ! 新年好 ! ¡Feliz año nuevo! !שנה טובה Buon anno ! あけまして おめでとう ございます ! Happy New Year !

 

mardi 9 décembre 2014

"Orpheline" dans la sélection 2015 du Prix des Rencontres à Lire de Dax

Grand plaisir de découvrir qu'Orpheline figure dans la sélection 2015 du Prix du Public des Rencontres à Lire de Dax, au milieu de cinq autres ouvrages d'auteurs et éditeurs de la région Aquitaine.

Ce Prix du Public comptera lui-même pour une voix dans le Prix des Rencontres à Lire de Dax 2015, rencontres qui se dérouleront en avril prochain.

 

lundi 1 décembre 2014

Une proposition de livres pour la "Bibliothèque remarquable"

La Maison Julien Gracq a sollicité une petite centaine d'écrivains pour avoir des propositions d'ouvrages à inclure dans la Bibliothèque remarquable actuellement en constitution; voici la liste que je leur ai envoyée, la dizaine de livres qu'en tant que lecteur je rêverais d'y trouver.

 
- Le Zohar (Tome 1), Ed. Verdier

Le livre de la Voie et de la Vertu, Lao Tseu (Traduction J.-J.-L. Duyvendak), Ed. Maisonneuve

L'Art de la guerre, Sun Tzu (Traduction Jean Lévi), Ed. Fayard, Pluriel

- Odyssée, Homère (Traduction Victor Bérard), Ed. Gallimard, Folio

- Ramayana, Valmiki, Ed. Gallimard, Pléiade

- Océan des rivières de contes, Somadeva, Ed. Gallimard, Pléiade

- Mémoires (Anthologie), Saint-Simon, Ed. Le Livre de Poche

Correspondance choisie, Voltaire, Ed. Le Livre de Poche

- Chroniques de l'étrange, Pu Songling, Ed. Philippe Picquier

- Œuvres complètes, Rimbaud, Ed. Gallimard, Pléiade

- Œuvres complètes, I (Le Procès et Le Château), Kafka, Ed. Gallimard, Pléiade

- Romans, nouvelles et récits, I et II, Francis Scott Fitzgerald, Ed. Gallimard, Pléiade

- Romans, IV (Féerie pour une autre fois, I et II), Céline, Ed. Gallimard, Pléiade

- Paradis, Philippe Sollers, Ed. du Seuil, Points

- L'Amant, Marguerite Duras, Ed. de Minuit

- 14, Jean Echenoz, Ed. de Minuit

- Le marché des amants, Christine Angot, Ed. du Seuil, Points

Vrouz, Valérie Rouzeau, Ed. La Table Ronde

Ne sont pas inclus dans cette liste les deux classiques qui figurent déjà par principe dans toute bibliothèque : Marcel Proust et la Bible.

(Photo : le Grenier à sel, qui jouxte la maison jadis occupée par Julien Gracq, et qui accueillera la Bibliothèque remarquable)

 

samedi 29 novembre 2014

La vie dilatée (à propos de Mon âge)

Lecture d'un livre surprenant sorti pour la rentrée littéraire : Mon âge de Fabienne Jacob (Ed. Gallimard, 165 p., 16,90 €).

C'est une méditation sur le temps appliqué au corps, mais présentée sous la forme d'une narration des souvenirs d'une fillette d'une dizaine d'années puis d'une femme d'un âge non défini et qu'elle ignore largement (elle cherche longuement la réponse quand une infirmière le lui demande). Le tout magnifiquement écrit et construit, avec beaucoup d'allégresse, de détachement, une sorte de stoïcisme épicurien, de taoïsme peut-être même. Très belles scènes de nature (la forêt, notamment) et omniprésence du corps ressenti et compris. Un livre complètement imprévisible écrit par un esprit libre. À lire et relire. 

Extraits :

"J'approche encore mon visage de la glace, scrute ma peau, les plis autour de mes yeux, de ma bouche, la petite ride verticale entre les deux yeux. Toi-même qui t'es fait ça, personne d'autre." (...)

"la forêt est un surgissement et un bruissement, une cage verte pleine de craquements, de griffures, rayures, un pas devant l'autre, on progresse seulement si les obstacles on sait en faire des alliés" (...)

"les groseilliers et les framboisiers, occupés nuit et jour à fabriquer du rouge" (...)

"On comprend mal comment est rangé le bric-à-brac de la mémoire." (...)

"On croit que la vie va toujours être comme ça, dilatée comme un long soir d'été qui fait reculer la nuit jusqu'aux confins de minuit."

 

jeudi 9 octobre 2014

Modiano prix Nobel

Incroyable nouvelle : le prix Nobel de littérature 2014 est attribué à Patrick Modiano.

Une preuve de plus que la littérature française contemporaine pèse dans le monde, et que même si parfois certains journalistes, certains libraires ou certains lecteurs l'estiment "nombriliste", elle est au contraire une permanente interrogation de l'Être et des secrets cachés sous les apparences, c'est-à-dire d'abord une littérature profonde et durable.

(Photo : façade du Lycée Montaigne de Bordeaux où a étudié un temps le jeune Patrick Modiano)

 

jeudi 2 octobre 2014

Parution d' "Orpheline" (Ed. Gallimard)

Mise en vente aujourd'hui d'Orpheline, Éditions Gallimard, collection L'Infini, 96 pages, 12 €.

C'est déjà mon quatrième livre publié chez Gallimard dans la collection de Philippe Sollers, L'Infini, et comme les précédents volumes il s'agit d'un roman.

L'argumentaire commercial de Gallimard présente le livre ainsi : "Orpheline brosse le portrait d’une femme très belle, la quarantaine, divorcée, sans enfants ni parents, qui habite seule dans une grande ville française. Elle n’est pas heureuse de sa vie, elle attend un changement, elle voudrait que deux choses arrivent : rencontrer le grand amour, qui est une chose possible, et retrouver sa mère disparue, qui est une chose impossible. Devant les autres elle est solaire, latine et volubile, alors que dans l’intimité elle est craintive, inquiète et esseulée – jusqu’à ce qu’elle rencontre son parfait opposé : un homme calme et méthodique, auquel elle se confie et s’abandonne peu à peu."

La quatrième de couverture :

« Elle veut cacher ses larmes mais elle n’y parvient pas. Quand il lui dit qu’il n’aura pas le temps, que son travail l’absorbe trop et qu’il faudra remettre, qu’il ne pourra pas l’inviter à dîner, ce rendez-vous qu’ils s’étaient promis en riant, quand elle réalise qu’il est comme tous les autres, qu’il ne s’intéresse pas à elle, elle sent que les larmes apparaissent, c’est impossible de les retenir, rien à faire. Elle prend un air fermé puis d’un coup elle sourit. »

 

lundi 29 septembre 2014

Maison Julien Gracq, journal de résidence (extrait)

Ma résidence d'auteur à la Maison Julien Gracq, en partenariat avec Écla, vient de s'achever.

J'ai donc passé le mois de septembre à Saint-Florent-le-Vieil, dans la maison qu'a occupé toute sa vie Julien Gracq et qu'il a légué à la commune en demandant expressément qu'elle n'abrite pas un musée mais au contraire un lieu de résidence pour les auteurs. Grâce à sa situation en bord de Loire et grâce à l'organisation sans faille de la directrice de la maison, Cathie Barreau, et son assistant Etienne B., et même si la comparaison entre les différents lieux est difficile, la Maison Julien Gracq est, parmi toutes les résidences que j'ai fréquenté jusqu'ici, une des plus confortables et propices au travail.

On marche longuement au bord de la Loire, sur un chemin auquel la commune a donné le nom du romancier, on croise les "plates", ces barques à fond plat, ou les "gabarres", ces petits bateaux de marchandise, et aussi les pêcheurs, parfois plus immobiles que des pierres, ainsi que les hérons cendrés qui lentement vont et viennent d'une rive à l'autre. On escalade les rues jusqu'au Mont-Glonne qui au sommet de la ville abrite l'abbaye mauriste dans laquelle un centre culturel, un amphithéâtre, un cinéma, des salles et des salles d'exposition de conférences, ont remplacé les religieux. On redescend, on fait quelques courses à l'hypermarché en limite de ville, puis retour pour lire dans un des immenses appartements ou un des grands bureaux de travail avec canapé qui fait face à la Loire. Le soir, pas un bruit, et la commune de Saint-Florent est si paisible qu'elle éteint ses éclairages publics à 23h, de sorte que si on renverse la tête vers le ciel on voit de ses propres yeux, enfin, après des années de grande ville aveuglante, le velours de la Voie Lactée au milieu d'une voute remplie de milliards d'étoiles. Si l'écriture c'est des vacances, alors ici on passe de très grandes vacances.

Voici un court extrait de mon journal de résidence :

"09.IX.2014

Ce matin, écriture (lente). Cet après-midi, j'ai été marcher sur la Promenade Julien Gracq au bord de la Loire. J'étais à peine parti que je suis tombé sur une cinquantaine de personnes âgées en fauteuils roulants poussée chacune par un accompagnateur du même âge mais valide. Curieusement, ils avançaient à un bon rythme et j'ai dû vraiment forcer le pas pour pouvoir les dépasser. La promenade est assez longue mais finit par s'éloigner progressivement de la Loire pour la longer en parallèle à dix mètres de distance. Je me suis arrêté une ou deux fois pour prendre des photos et observer attentivement le paysage et aussitôt des bruits de conversation sont réapparus au loin et j'ai vu que les fauteuils roulants se rapprochaient à nouveau. Je devais repartir si je ne voulais pas être absorbé par cette petite foule. Déjà, tout à l'heure, en les dépassant, je m'étais retrouvé au milieu de toutes ces personnes âgées et j'avais remarqué comment ils m'avaient tous dévisagé avec surprise, se demandant qui j'étais et ce que je faisais parmi eux. Enfin, au bout de la promenade, je suis arrivé sur une route départementale peu fréquentée par les voitures et j'ai atteint presqu'aussitôt la commune de Notre-Dame du Marillais, qui jouxte Saint-Florent. Il y a là une église curieuse dont le clocher et la façade sont rayées de bandes horizontales sombres, comme le sont je crois les églises orthodoxes, et qui la fait ressembler à une grande guêpe de pierre."

 

vendredi 19 septembre 2014

Maison Julien Gracq, les bords de Loire

La Maison Julien Gracq étant construite devant les anciens quais de Saint-Florent-le-Vieil et surplombant légèrement la Loire, une résidence d'auteur ici, c'est, lorsque la météo le permet comme actuellement, une ballade permanente le long du fleuve, matin, midi et soir.

À cet endroit de son cours, comme elle est séparée en deux par la grande et verte Île Batailleuse qui fait face à Saint-Florent, la Loire est plus calme et moins large qu'ailleurs. Quelques "plates", des petits barques à fond plat, sont amarrées le long du rivage. Des hérons cendrés passent d'une rive à l'autre. Sur deux ou trois kilomètres, en amont et en aval du village, un chemin étroit mais aménagé (dénommé "Promenade Julien Gracq" depuis la disparition de l'écrivain) longe les eaux.

Avec l'été indien, c'est le parcours parfait pour un auteur qui vient d'écrire une ou deux heures et a besoin de remettre ses jambes en mouvement : de l'eau, des arbres, des poissons, des barques, des oiseaux, quelques cumulus au milieu du ciel bleu, et soudain les bords de Loire deviennent une vraie machine à écrire.

 

mardi 2 septembre 2014

À Saint-Florent-le-Vieil, en résidence à la Maison Julien Gracq

Tout le mois de septembre, je suis en résidence d'auteur à la Maison Julien Gracq (en partenariat avec Écla). 

Il s'agit de la maison qu'a habité toute sa vie l'auteur du Rivage des Syrtes, à Saint-Florent-le-Vieil (49), et qu'il a léguée par testament à la commune. Le lieu a été transformé en résidence d'écrivain et est composé de la maison proprement dite, où habitent les auteurs, et, en contrebas, du "Grenier à sel" qui regroupe des salles de conférence et d'exposition ainsi que la (future) bibliothèque.

La Maison Julien Gracq est dirigée par Cathie Barreau qui, étant auteur elle-même, a su créer des conditions parfaites pour l'écriture. En résumé : environnement très silencieux, trois appartements pour les auteurs avec dans chacun une cuisine (four à micro-ondes, plaques vitro-céramiques, réfrigérateur, bouilloire), une salle de bain (ballon d'eau chaude individuel), et une chambre (avec dressing). Également trois grandes pièces de travail avec dans chacune une vue magnifique sur la Loire (la maison est à 50 mètres du fleuve et le surplombe légèrement), au rez-de-chaussée une grande cuisine commune et un salon, au sous-sol une machine à laver et un sèche-linge, ainsi que dans tout le bâtiment une connexion Internet très performante (20 Mbits/s). En revanche, il n'y a aucune télévision dans la résidence (pour la regarder, il faut utiliser Internet et la diffusion en ligne des chaînes). Tout autour de la maison, enfin, il y a un grand jardin sauvage et même un potager.

Quelques photos des lieux :

(appartement, chambre)

(appartement, séjour/cuisine)

(une des pièces de travail avec vue sur la Loire)

(carreaux en béton peint sur le sol de l'entrée)

(Saint-Florent-le-Vieil, les bords de Loire au bas de la Maison Julien Gracq)

J'ai hâte de découvrir ce que je vais réussir à écrire dans ce lieu, qui sera sans nulle doute très différent des textes de Julien Gracq. J'ai l'intuition que la clé de l'écriture ici c'est la Loire, vivre et écrire au bord de l'eau, le long de ce fleuve au tracé si changeant. À suivre...

  

vendredi 1 août 2014

Feu intérieur (à propos d'En attendant Godard)

Lecture du surprenant livre de Zoé Bruneau, En attendant Godard (Ed. Maurice Nadeau, 143 p., 12 €).

La comédienne Zoé Bruneau raconte, sur le mode du journal, sa rencontre avec Jean-Luc Godard, d'abord pour un casting, puis ensuite, après plusieurs péripéties et hésitations du cinéaste, pour le tournage du film Adieu au langage (sorti en salles en mai 2014).

J'avais acheté ce livre par curiosité pour Godard, et en découvrant la première page j'avais pensé que l'ouvrage ne m'intéresserait pas d'un point de vue littéraire. Pourtant, sans que je m'en rende compte, phrase après phrase et page après page il s'est passé quelque chose, et je me suis retrouvé en quelques heures au milieu du livre, et fasciné, non pas seulement par ce qui est raconté sur Godard, mais surtout par ce que Zoé Bruneau écrit sur elle-même, et surtout comment elle l'écrit.

Il y a dans ce livre un souffle particulier, une complète sincérité, une finesse d'analyse (voir notamment, le 19 juin 2013, la scène violente tournée avec son partenaire Richard, et comment Zoé Bruneau met à jour une sorte de schizophrénie chez les acteurs), et tout du long une grande sensibilité.

À un moment du récit, Jean-Luc Godard dit à son actrice, juste avant de commencer à tourner : "Ayez le feu intérieur", puis il constate à la fin de la prise : "Vous l'avez, le feu intérieur !". Zoé Bruneau a communiqué son feu aux lettres, c'est une chose si rare.

Extraits :

"J'ai peu connu de si fort sentiment de joie.
Je ris dans les escaliers.
Je ris dans la rue.
Je ris à la gare (où je suis très en avance).
Et puis je lis. C'est d'une richesse ahurissante. Il y a tout. Pages de gauche le texte, pages de droite, des collages d'images, de ce qu'il imagine." (...)

"C'est une relation sensuelle, c'est évident, mais il n'y a pas ici de place pour la vulgarité. Ce qui prime, c'est la bienveillance. Cet homme me regarde avec affection, exigence, envie, complicité, excitation parfois, mais, oui, surtout avec bienveillance."

 

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