CE MÉTIER DE DORMIR

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samedi 8 mars 2008

Le pourcentage de droits d'auteur c'est 10%, pas 8%

Légère surprise en tombant sur la page 6 du petit dépliant didactique "De l'auteur au lecteur : la réalité du livre" que l'ARPEL vient de publier : un camembert intitulé "Le prix du livre, ce qui revient à chacun" indique que les droits d'auteur sont de 8% (le graphique précise "Ces chiffres sont donnés à titre indicatif, il s’agit de moyennes professionnelles").


Non, les droits d'auteurs ne sont pas de 8%, ils sont de 10%. Il y a une tendance des éditeurs à vouloir baisser à 8% ces droits d'auteur, nous devons refuser cette tendance. Il faut rester à 10%. La règle a été, et reste encore pour les auteurs installés, entre 10% et 11%, avec augmentation progressive à 12% à partir de 5000 exemplaires vendus, et 14% à partir de 10000.

Je signe mes contrats d'édition à 10%, point. L'à-valoir on peut toujours le négocier, mais le pourcentage de droits d'auteurs c'est minimum 10% du prix de vente hors taxe. Question de principe.

Si vous êtes éditeur et que vous avez un de mes manuscrits en lecture, inutile de me contacter pour me proposer un contrat à 8% non-négociable : je refuserai la publication et j'expliquerai publiquement sur ce blog les raisons de mon refus.

Il faut être ferme. Nous les auteurs, nous travaillons dur, nous créons, nous avons droit à nos 10%.

vendredi 7 mars 2008

Les 14-15-16 mars à Bordeaux : Marché de la poésie à la Halle des Chartrons

Une annonce pour celles et ceux qui seraient à Bordeaux en fin de semaine prochaine : Jean-Paul Brussac, qui tient la Librairie Olympique dans cette même ville, organise son traditionnel Marché de la Poésie à la Halle des Chartrons les 14-15-16 mars 2008.


Parmi les invités, il y aura notamment l'éditeur Jacques Brémond, ainsi que les nouveaux auteurs des Editions Le Bleu du Ciel - Sarah Kéryna, Sarah Riggs, Henri Deluy et Yves Di Manno -, ainsi que Jean-Pierre Spilmont, Cédric Le Penven, José Manuel Fajardo, Stefaan van den Bremt, Joan-Pèire Tardiu, le philosophe Patrice Loraux, et je fais également partie des auteurs au programme.

Est aussi invitée Emmanuelle Pagano, qui m'a fait la joie de me proposer une lecture croisée. Emmanuelle lira des passages qu'elle a choisis parmi mes textes (livres, revues, manuscrits) et je lirai des passages que j'ai choisis parmi les siens, notamment des extraits de son nouveau roman à paraître chez POL en septembre prochain : Les mains gamines. A l'occasion de sa venue, la Librairie Olympique publie d'ailleurs une nouvelle inédite d'Emmanuelle Pagano, Le guide automatique (25 p., 6 €) vendue sur place et par correspondance.

Les horaires et les infos pratiques sont dans le programme.

vendredi 29 février 2008

Mon corps est une maison (à propos de Balayer fermer partir)

Je suis complètement dépassé actuellement, et même plus : physiquement épuisé, mais je veux à tout prix parler d'un petit livre merveilleux : Balayer fermer partir, de Lise Benincà (Seuil, 109 p., 13 €), qui vient de paraître dans la collection "Déplacements" de François Bon. Ce livre m'a envoûté, je suis tombé sous son charme, et ce charme c'est d'abord celui d'une couleur, celle de Lise Benincà, auteur précieux et prometteur (c'est son premier livre : bravo au Seuil de l'avoir dorénavant sous contrat).


Je ne suis pas très doué pour résumer les histoires, mais il s'agit du décès du père de la narratrice, qui lui laisse en héritage une maison qu'elle met en vente, et il s'agit également de l'appartement occupé par la narratrice, de sa disposition et de son contenu, de ses pièces, notamment une pièce vide (inspiration de Georges Perec, cité en exergue du livre). La narratrice est seule quelques jours dans son appartement, son compagnon étant parti en voyage. Elle se demande : qu'est-ce qu'une maison ? et aussitôt : que suis-je pour les autres ? que sont-ils pour moi ?

Lise Benincà possède un oeil particulier qui lui fait dire des choses différentes, par exemple : "Marchant au matin sur le boulevard, l'immeuble dans mon dos, les voitures me dépassent et me dépassent" ou encore : "on s'est penchées au-dessus de l'eau, par-dessus la balustrade rouillée, on a regardé les poissons. Ils ne sont pas bien gros, a dit ma grand-mère" et plus loin : "Je pense à cette page sur laquelle l'institutrice avait écrit Bravo dans la marge". A propos de la vie, Lise Benincà dit : "J'assiste au spectacle. J'ai payé mon billet, j'attends le dénouement".

Une maison, c'est un réceptacle pour les corps. Mais un corps ressemble lui-même à une maison. La maison héritée du père, celle que la narratrice est en train de vendre, avait été construite entièrement par le père. Notre corps aussi, c'est notre père qui l'a construit. "Le corps est mon lieu. Y suis-je enfermée ? Les oreilles sont des portes d'entrée. La bouche est une porte de sortie (...) Le corps construit par le père, à son image, sans avoir l'air d'y toucher. La couleur des cheveux, la couleur des yeux. Les fondations." Elle s'interroge indirectement sur le déterminisme de la naissance, sur les limites que nos père et mère nous imposent, ou veulent nous imposer, par la génétique (les murs qu'ils ont bâtis) : "Y a-t-il un certain nombre de mètres carrés au-delà desquels l'espace est supérieur à ma capacité de présence ?". Phrase à méditer. Tout le livre est à méditer.

Il y a aussi dans ce livre la palette des couleurs, posées chacune de façon nominale, à la Rimbaud, et pourtant si présentes dans leur énumération, palpables. Et toujours, ce décalage, ce glissement émotif, cette poésie que Perec a toujours cherché à atteindre et que Lise Benincà semble posséder comme un don naturel.

vendredi 22 février 2008

Inventaire/Invention mis en danger par une baisse brutale des aides publiques

Patrick Cahuzac, directeur d'Inventaire/Invention annonce que pour la deuxième fois en moins d'un an le Ministère de la Culture lui signifie une baisse du soutien public qui lui était apporté, mettant ainsi la structure "en danger". Il dénonce le péril qui menace la diversité culturelle et artistique et appelle à participer à la journée de mobilisation du 29 février 2008 contre le désengagement de l'Etat dans la Culture.

Extrait :

"Au mois de mai 2007, quelques jours après l'élection présidentielle, le Ministère de la culture annonçait à la direction d'Invention/Invention une baisse de 15 % de son soutien pour l'année en cours. Cette baisse portait essentiellement sur nos actions en faveur du développement de la lecture en banlieue parisienne, et en Seine-Saint-Denis en particulier. Cette décision prise sans concertation d'aucune sorte nous a tous ici scandalisés. Sur le fond, rien ne pouvait la justifier. Quant à la forme, qu'on en juge : annoncer à une structure, en milieu d'année, que son budget sera amputé dans de telles proportions, c'est la plonger dans des difficultés à peine imaginables… Nous y avons fait face comme nous avons pu.

Aujourd'hui, le Ministère de la culture revient de plus belle à la charge et nous annonce cette fois, pour l'année 2008, une baisse supplémentaire de 35 % des aides apportées à Inventaire/Invention pour l'ensemble de ses actions…

Nous tenions aujourd'hui à vous informer de cette situation pour deux raisons : la première tient au fait qu'il nous parait normal de vous dire, à vous, qui êtes nos lecteurs et nos amis, qu'Inventaire/Invention est en danger."


Inventaire/Invention a notamment publié des livres de la majorité des écrivains contemporains (la liste des auteurs parle d'elle-même). Les livres sont à la fois vendus en librairie sur papier et consultables en ligne pour lecture à l'écran. Inventaire/Invention est plus largement un "pôle [multimédia] de création littéraire" qui organise entre autres des lectures.

vendredi 15 février 2008

Bordeaux, Michel Deguy chez Mollat

Michel Deguy, de passage à à Bordeaux, était à la librairie Mollat pour présenter le Grand cahier Michel Deguy (Ed. Le Bleu du ciel), Réouverture après travaux (Ed. Galilée) et Michel Deguy, L'allégresse pensive (Ed. Belin).



Si on oublie les trop longues questions avec introduction du meneur des débats (la plus longue question a duré douze minutes, autant de temps enlevé hélas à l'invité), c'était une rencontre réussie, très intense, avec un Michel Deguy électrique, fulgurant, plein d'humour. Deguy a raconté notamment qu'il remettait souvent discrètement des anciens poèmes dans ses nouveaux livres, pour insister sur le propos, et que presque personne ne s'en rendait compte (rires dans la salle). L'intégralité de la rencontre a été enregistrée et est disponible en fichier sonore MP3 sur la page podcast du site web de Mollat.

J'ai noté, au milieu de la dérive brillante de son propos : "Le roman cache la prose française"; "La réponse à laquelle doit répondre tout artiste est : 'Comment envisage-tu le menaçant ?' "; "Le poème fait passer au ralenti la langue en parole : le poème ralentit la prose"; "La brièveté caractérise essentiellement la poésie".

Tout un passage sur la différence et sur le même : "la division du même contre lui-même"; "le voile de l'homonymie" (exemple du travail : "pour les uns le travail est temps perdu, aliéné, pour les autres comme nous les intellectuels, le travail c'est toute la vie : on travaille tout le temps car la pensée ne s'arrête pas".

Egalement, un passage sur la fusée éclairante : "Une fusée de feu d'artifice, c'est ce qui redescend en éclairant. Que fait le poème ? il montre l'exemple. Il ne faut pas toujours tout attendre d'en haut, les choses ne tombent pas du ciel. La fusée, elle ne vient pas du ciel : il s'agit de tirer soi-même son feu d'artifice".

Et aussi, à la fin, cette remarque sur Rimbaud, à l'occasion d'une question du public : "Chaque fois qu'on recommence à relire Rimbaud, on ne comprend rien".

dimanche 10 février 2008

J'écris plus vite que je ne publie

Je suis gavé de travail, actuellement. Je termine à peine un manuscrit, dont on m'a suggéré l'écriture sans rien me promettre, et je plonge à nouveau dans un autre projet, là encore sollicité, même si complètement différent.

Depuis un an, je n'ai plus arrêté, j'ai accumulé les travaux et pourtant bizarrement je n'ai rien publié (*). Le manuscrit d'une version remaniée du Carnet, bouclé en décembre. Puis ce manuscrit que je viens de terminer. Puis ce nouveau projet, encore flou mais qui se dessine d'heure en heure. J'enchaîne les manuscrits les uns après les autres sans avoir le temps de me refroidir, et j'oublie de consacrer du temps à les publier.

"Ecrire est reposant, publier est crevant"
note Philippe Sollers dans ses Mémoires. C'est vrai, je n'ai plus le courage de me battre pour être publié. Voici donc le paradoxe : je me désintéresse progressivement de la publication traditionnelle parce qu'elle m'a épuisé par ses hésitations. Je l'ai raconté : trouver un éditeur papier, c'est pire que faire un Voyage jusqu'à la planète Mars. Un collègue me dit : "Ecris des romans, c'est l'indispensable compromis". A quoi je lui réponds : "On écrit ce qu'on sait écrire". Ma vie ce n'est pas la publication, ma vie c'est l'écriture. Alors je vis.

(*) "Publié" au sens livre papier, puisque fin décembre 2007 Publie.net a publié en livre numérique ma
Vie des écrivains classiques.

vendredi 1 février 2008

Bordeaux, Alberto Manguel chez Mollat

Passage d'Alberto Manguel à Bordeaux, venu présenter son Livre des éloges (Ed. L'Escampette) à la librairie Mollat.


L'auteur d'Une histoire de la lecture conseille "la lecture à l'aveugle" (comme parfois on déguste les vins à l'aveugle, sans connaître le nom du cru). Egalement, il dénonce "une éducation de la stupidité qui vise à faire croire aux gens qu'ils ne sont pas assez intelligents pour jouir de la lecture". Alberto Manguel a aussi rendu hommage aux libraires indépendants, attaqués ces derniers temps par Amazon.fr et ses soutiens : "le libraire doit enseigner au lecteur ses passions, et un peu comme au bordel, lui procurer des partenaires amoureux". On peut écouter le podcast de la rencontre sur le site de Mollat (classé à la date du 1er février 2008).

Au passage, j'ai appris que Borges (dont Manguel a été l'aide) n'avait que 500 à 600 livres dans sa bibliothèque et qu'il n'y était pas attaché, les donnant volontiers à ses visiteurs. Plus triste : Alberto Manguel a indiqué que les Editions Actes Sud arrêtaient (pour raisons financières) la collection "Le cabinet de lecture d'AM" qu'il dirigeait chez eux.

dimanche 27 janvier 2008

Silhouettes numériques

Coup de coeur pour les nouvelles couvertures des livres numériques de Publie.net. Voir par exemple Si la main droite de l'écrivain était un crabe, ou Fuji-san, ou Le génie subtil du roman, ou Toucher terre, ou Notes sur Balzac.

Ces couvertures sont réalisées par Philippe De Jonckheere. Ce sont des variations sur ses "rayogrammes" (plus d'informations sur son blog).

vendredi 25 janvier 2008

L'écrivain est le puits de pétrole

A lire sur le site des Editions de l'Atelier In8, L'artiste au centre, une longue tribune de Claude Chambard (auteur notamment de La vie de famille (Ed. Bleu du ciel) et La dormition (Ed. Atelier In8), et également chargé de la vie littéraire à l'ARPEL).

C'est une excellente synthèse de la situation actuelle, qui personnellement me conforte dans l'idée qu'une politique d'aide à la littérature doit d'abord aider l'écrivain, avant l'éditeur, avant le libraire, avant la bibliothèque, puisque sans l'écrivain rien de nouveau ne se créé. Bref, l'écrivain est le puits de pétrole, et pourtant il reste le plus pauvre de tous les acteurs culturels.

Extrait de la tribune de Claude Chambard :

"La moyenne hebdomadaire de travail d’un écrivain à plein temps est de 21 h d’écriture + 14 h de lecture.
La moyenne hebdomadaire de travail d’un écrivain qui fait un travail en plus est de 14h d’écriture + 14h de lecture + 35 h (et +) de travail en plus (travailler plus pour ne pas gagner plus… Je rassure, les maigres droits d’auteur (lorsque qu’il y en a) passent en papier, imprimante, encre, stylos, envois postaux, ordinateur…).
(...)
L’écrivain n’a pas de statut. Il n’est intermittent de rien du tout. Un écrivain l’est 24h sur 24. C’est comme ça. Et il est bien mal rémunéré pour ce faire. 65% des écrivains contemporains vivent avec l’équivalent du RMI alors que dans le même temps la facilité – proximité, politiques publiques se passant les patates chaudes, réflexions sur la création réduites au degré zéro – le moindre comédien qui lit des textes (en général sans autorisation et sans reverser le moindre droit d’auteur alors que c’est la loi) se fait payer sur le dos du créateur. Que l’on commence donc par demander aux auteurs contemporains de venir lire leur travail, en parler, plutôt que d’embaucher des acteurs en mal de contrat.
Les opérateurs culturels (quelle vilaine expression) sont sans nul doute nécessaires ; en tous cas la politique culturelle, depuis Jack Lang, les a mis en place. Il serait louable qu’ils continuent d’avancer des propositions de développement culturel multimédia, sans devenir des tourneurs d’écrivains et autres artistes, ce qui est bien souvent le cas.
On en arrive à la situation paradoxale dans laquelle les artistes crèvent de faim alors que les intermédiaires entre eux et les publics, à défaut de vivre bien, s’en sortent souvent mieux qu’eux."

dimanche 20 janvier 2008

Les mots d'Ingrid Betancourt

Transmettre la vérité de son corps présent par les mots est un exercice presqu'impossible, infiniment long, définitivement complexe même pour les femmes et les hommes qui en font profession depuis des années et depuis des centaines de générations, confortablement, au milieu de la Cité, comme un métier parmi les autres métiers. Alors, essayez d'imaginer l'effort nécessaire pour créer cette vérité lorsque vous n'êtes pas un auteur, et surtout lorsque vous êtes prisonnier, détenu sans jugement, sans avoir commis aucun délit, séquestré par une autorité non légitime, réduit en esclavage par des criminels spécialisés dans le commerce du rapt, que vous l'êtes au milieu d'une jungle hostile, forcé par vos ravisseurs de marcher sans cesse pour se déplacer et empêcher l'armée régulière de vous délivrer, et que vous êtes dans cette situation depuis presque six années. Et c'est là, dans de telles conditions, qu'Ingrid Betancourt parvient à écrire cette lettre à sa famille qui nous touche si profondément.

Elle écrit par exemple à sa mère : "Je ne veux plus qu'un seul mètre nous sépare, parce que je sais que tous peuvent vivre sans moi, sauf toi". À sa fille : "Tu es bien meilleure que moi, [...] tu es tout ce que j'aurais voulu être, mais en mieux". Elle appelle son fils "mon roi des eaux bleues". Plus loin, d'un ami elle dit : "Je l'aime comme le jour où nous avons compté les étoiles filantes, allongés sur la plage". Et à un autre proche : "Chaque fois que je pense à toi, mon coeur, je ris de nous deux, je ris de toi et je ris de moi".

Le texte d'Ingrid Betancourt a été rédigé le 24 octobre 2007. Il a ensuite été saisi avec des photos et une vidéo sur des guérilleros arrêtés à Bogota. Il est devenu épisodiquement sous le terme "preuve de vie" un outil de publicité politique. Aujourd'hui, il est publié sous forme de livre : Lettres à Maman (Ed. du Seuil, 62 p., 7 €).

Il n'y a pas eu (à ma connaissance) de livre de soutien des écrivains pour Ingrid Betancourt comme il y en avait eu pour Florence Aubenas, journaliste otage en 2005, avec le très fort Cent jours sans, et c'est dommage. Avec cette lettre, c'est comme si Ingrid Betancourt avait compris que dorénavant la seule qui pouvait encore la sauver c'était elle-même, par le pouvoir de ses propres mots.

mardi 15 janvier 2008

Savoir écrire à la main

Question matériels, j'ai décidé de m'acheter la semaine prochaine un minuscule ASUS eeePC (sous Linux, vendu 299 €) en remplacement de mon vieil iBook (sous MacOS X, système aussi lent qu'instable, tout UNIX qu'il soit, vendu 1049 €) afin de pouvoir continuer à écrire où que je me trouve le manuscrit sur lequel je travaille actuellement. Ce manuscrit, pour la première fois je l'écris entièrement au clavier pour des raisons de délai.

Dans l'absolu, je préfère écrire à la main, avec un stylo-plume, un fountain-pen comme disent les anglo-saxons, sur des feuilles blanches volantes. C'est plus beau, c'est plus agréable, j'écris plus vite, je construis le style en deux temps parce que lors de la dactylographie je modifie la phrase, également je garde la preuve que je suis bien l'auteur de mon texte (génétique littéraire), et j'hérite à la fin du livre d'un beau manuscrit dactylographe que je peux offrir (ou vendre un jour, si je deviens à la fois célèbre et pauvre).

Mais quand on écrit à la main, on doit dactylographier ensuite, c'est-à-dire qu'à 2 heures d'écritures succèdent environ 2 autres heures de dactylographie. C'est épuisant. Cela retarde. Donc, pour écrire vite, même si j'écris je crois différemment avec chaque méthode, j'ai décidé d'écrire - temporairement ou définitivement, je ne sais pas encore - intégralement au clavier.

Le risque d'écrire au clavier plutôt qu'au stylo c'est de perdre la capacité d'écrire à la main. Il y a quelques temps, l'écrivain le plus actif de l'Internet littéraire m'avouait qu'il perdait la capacité d'écrire à la main parce qu'il faisait dorénavant tout à l'ordinateur. Le risque est réel de voir se perdre un jour la capacité d'écrire à la main. Je connais une petite fille de 4 ans qui sait parfaitement parler, mais qui enrage de ne pas encore savoir écrire davantage que son propre nom et quelques mots : pour elle, savoir dessiner est insignifiant, alors que savoir écrire est le signe d'un grand pouvoir.

Alors, j'ai décidé de continuer à écrire certains autres textes, moins urgents, ou moins importants, ou tout simplement étant donné l'illisibilité de mon écriture même pour moi, des textes plus secrets, à la main sur du papier.

dimanche 6 janvier 2008

La danse des lettres

Fabula attire notre attention sur l'appel lancé mi-décembre par Jérôme Peignot pour sauver le patrimoine typographique de l'Imprimerie Nationale. Depuis plus de trois ans, l'association Graphê et son site web Garamonpatrimoine se battent pour préserver un patrimoine français essentiel aux livres : les outils typographiques, ces objets qui rendent possible la danse des lettres.

L'appel de Jérôme Peignot se termine par une citation lumineuse de Diderot : "Entre les différentes causes qui ont concouru à nous tirer de la barbarie, il ne faut pas oublier l’invention de l’art typographique. Donc, décourager, abattre, avilir cet art, c’est travailler à nous y replonger et faire ligue avec la foule des ennemis de la connaissance humaine."

Extrait de l'appel :

" Il est une part essentielle de notre patrimoine national qui mérite d’autant plus votre attention qu’à elle seule elle résume tout ce qui caractérise notre civilisation française: l’Atelier du Livre de l’Imprimerie nationale. Il s’agit d’un ensemble unique au monde. A l’héritage exceptionnel de ses collections, dont les plus anciennes remontent à François Ier – poinçons et caractères, gravures sur bois et en taille-douce, vignettes, fers à dorer, soit au total plus de 500 000 pièces –, il allie l’essentiel des métiers d’art qui composent l’histoire de l’imprimerie et de ses techniques: gravure de poinçons, fonte de caractères en plomb, composition manuelle et mécanique, impression typographique, lithographie sur pierre, taille-douce et phototypie.

(...)

Après la vente de l’immeuble de l’Imprimerie, rue de la Convention à Paris, et celle de la maison d’édition de l’entreprise qui éditait, entre autres, les Editions du Patrimoine lancées par André Malraux, l’Atelier a été installé (il faudrait plutôt dire «parqué») dans un hangar de 1 000 mètres carrés – alors qu’il en faudrait plus du double et, pour ce qui concerne les livres, sans le degré hygrométrique convenant à leur conservation – à Ivry-sur-Seine, où, très réduite, son activité est fortement déficitaire. Cette dangereuse solution ne saurait être que temporaire."

vendredi 4 janvier 2008

Lancement de Publie.net

Le projet Publie.net de François Bon a donc démarré quelques jours avant le 1er janvier initialement prévu, et propose dès à présent près de 50 textes numériques d'auteurs contemporains.

Il s'agit d'une véritable maison d'édition, c'est-à-dire que les livres "publiés" (la publication étant la mise en ligne référencée sur le site) ont suivi le processus de lecture et sélection (réception de manuscrits ou commande auprès des auteurs, assurées actuellement par François Bon), puis correction et mise en page, et enfin mise à disposition et vente.

Mais Publie.net est une maison d'édition qui ne publie pas des livres "papier", mais des livres numériques au format PDF, payables en ligne par carte bancaire ou compte Paypal. Publie.net parie donc sur la progression de la lecture sur écran ou plus généralement sur des appareils portables (iPod, lecteur de livre électronique, mini-ordinateur portable).

Plusieurs avantages à cette dématérialisation spectaculaire de textes issus de la littérature contemporaine française la plus en pointe :

- pas de limitation de l'espace éditorial (la seule limite restant les temps de sélection éditoriale et de mise en page)

- pas de frais de fabrication

- pas de frais de stockage

- pas de frais de distribution/acheminement

Les inconvénients :

- le lecteur ne sait pas où stocker ces livres dématérialisés, notamment s'agissant d'auteurs qui existent déjà sur papier et sont présents dans sa bibliothèque (si ce n'est imprimer le fichier PDF ?)

- pas de dépôt légal des ouvrages publiés chez Publie.net

- livres numériques soumis à une TVA à 19,6% et non 5,5%.

Le prix de chaque livre numérique est de 5,50 € (sauf pour les "formes brèves" de 20 à 30 pages vendus le prix du journal, 1,30 €). Parmi les auteurs déjà présents : Eric Chevillard, Olivier Rolin, François Bon, Jacques Ancet.

La moitié du prix de vente est reversée par Publie.net à l'auteur, soit, déduction faite des cotisations Agessa et autres, environ 40% de droits d'auteur, sans comparaison avec les 10% actuellement versés dans le monde éditorial "papier". Autre différence avec l'ancien monde : alors que les contrats "papier" obligent souvent l'auteur à céder son droit de propriété pour une durée supérieure à 10 ans (en réalité c'est bien pire : une cession à vie + 70 ans après le décès de l'auteur), Publie.net signe avec l'auteur un contrat lui permettant de retirer du site l'ouvrage quand il veut.

La grande question que tout le monde se pose à présent c'est : quelles vont être les ventes moyennes sur Publie.net ? et combien de livres pour un "succès" numérique, pour un hypothétique Matin Brun numérique ? A suivre...

Publie.net propose aussi des textes d'auteurs classiques disponibles gratuitement, tel Raymond Roussel ou Charles Baudelaire.

NB : à propos de Publie.net, voir aussi le billet de Virginie Clayssen sur son blog teXtes.

MàJ 05/01/2008 : mise en ligne par François Bon de sa troisième lettre aux auteurs, présentant les avancées du projet.

mardi 1 janvier 2008

Voeu pour 2008 : ajouter un jour de plus

Plein de voeux pour 2008 à tous, en particulier à ceux qui lisent ce blog depuis le bout du monde, je souhaite :

1. l'amour,

2. la littérature,

3. la santé,

4. la richesse

(moi je fonctionne dans cet ordre-là, modifiez si vous voulez).

Et aussi, un autre souhait, à exaucer comme un voeu : que 2008 contienne un jour de plus que 2007 (qui, à mon humble avis, en contenait déjà un de plus que 2006), histoire de faire durer toujours plus longtemps les choses...

PS : petit tour des voeux des blogs amis : Berlol, François Bon, Lignes de fuite, Laure Limongi...

lundi 24 décembre 2007

Disparition de Julien Gracq

Julien Gracq, né Louis Poirier en 1910, s'est éteint avant-hier près de son domicile de Saint-Florent-le-Vieil. Il était l'auteur de livres essentiels, notamment Le Rivages des Syrtes, En lisant en écrivant, Au château d'Argol, la plupart publiés aux éditions José Corti. Il avait aussi fait partie des rares écrivains français à avoir été publiés de leur vivant dans la collection de la Bibliothèque de la Pléiade.

dimanche 23 décembre 2007

Perso : publication de "La vie des écrivains classiques" sur Publie.net

Mise en ligne sur Publie.net de mon texte inédit La vie des écrivains classiques, 32 pages, vendu 1,30 € en PDF (collection "formes brèves").

Le projet Publie.net "le texte numérique contemporain", lancé par François Bon, est la première maison d'édition numérique consacrée aux auteurs contemporains de langue française. Il accueille déjà des dizaines de textes inédits de première importance, notamment d'Eric Chevillard, Olivier Rolin, ou Jacques Ancet. Je reviendrai bientôt ici dans un billet détaillé sur ce projet ambitieux qui fait beaucoup parler de lui parmi les auteurs, et semble-t-il également parmi les éditeurs.

jeudi 20 décembre 2007

Disparition de Christian Bourgois

On a appris ce matin la disparition, des suites d'une longue maladie, de l'éditeur Christian Bourgois. C'était vraiment un des plus grands éditeurs français, spécialiste de littérature étrangère, immense découvreur de textes, à la tête d'un catalogue d'auteurs à peine croyable (Ginsberg, Vian, Fante, Burroughs, Pessoa, Borges, Linda Lê qu'il découvre, Salman Rushdie dont il est le seul à avoir le courage de publier en France les Versets sataniques en 1989 au risque de sa vie, Jim Harrisson, Antonio Lobo Antunes, et des dizaines d'autres grands écrivains), créateur de la collection de poche 10/18, première collection de poche aussi exigeante et qui sera la première à accueillir Sade en poche.

Christian Bourgois, c'était aussi une conscience de la profession, qui s'exprimait souvent publiquement sans faiblesse et défendait continuement la littérature la plus difficile face aux tentations commerciales. Beaucoup de tristesse, donc, aujourd'hui, après avoir appris cette nouvelle.


lundi 17 décembre 2007

Une vie de fous (à propos de Transhumances)

Nous menons une vie de fous, de la naissance à la mort, c'est juste une transhumance, comme un troupeau guidé par de très inquiétants bergers.

Chloé Delaume, qui voit tout, a observé le manège. Dans Transhumances (è®e éditions, 13 €), elle nous montre quatre personnages en pleine action, deux hommes et deux femmes. Ils errent dans une sorte de forêt. Autant vous le dire tout de suite : ils sont probablement échappés de l'asile. Et ils sont épiés, surveillés même. Le personnage de Tahar, tout seul dans sa cabane, qui intrigue et agace au début, devient vite, non pas attachant (faut pas pousser), mais au moins fascinant, hypnotique : "J'avais juste moi. C'est-à-dire un grand corps avec nous tous dedans". Léonore est délicieuse, Gilles comique jusqu'à la fin, Françoise impeccable, Charles courageux.

D'habitude je déteste le théâtre, mais là j'ai vraiment aimé ce livre. Je l'ai déjà offert deux fois, et je pense que je vais continuer.

Extrait :

"Léonore

J'ai jamais vu un truc pareil. Pourtant les murs, j'ai l'habitude. Mais ils étaient très différents.

Charles

Je me demande ce qu'il y a derrière.

Léonore

Celui-là il fait un peu peur. Je ne le sens pas du tout, ce mur.

Françoise

Ca sonne comment ?

Léonore

Bah j'en sais rien.
(Elle tente de grands coups contre la paroi.)
C'est tellement épais que c'est difficile de jauger si c'est creux ou plein.
(Elle recommence)
En tout cas, à force, ça m'a fait saigner."

samedi 15 décembre 2007

Les valeurs artistiques d'Amazon

Amazon.com, la librairie de vente en ligne à succès, a décidé d'investir dans l'achat d'une oeuvre de prestige, et ô joie, elle s'est décidée pour un livre, un manuscrit original. Lequel, et à quel prix ? 2,7 millions d'euros (1,95 millions de livres). Quel est donc ce manuscrit extraordinaire, si rare, et que la librairie en ligne mettra en avant comme symbole de sa richesse ? Réponse : le livre à exemplaire unique de J.K. Rowling, auteur des aventures de Harry Potter, mis aux enchères chez Sotheby's récemment.

Il y a à peine 15 ans, lorsque Bill Gates, le fondateur de Microsoft (créateur du fameux programme Windoze), voulait investir dans un manuscrit rare, il achetait le "Codex Leicester" (1506-1510), de Léonard de Vinci. Décidément, le niveau baisse...

mardi 11 décembre 2007

Condamnation d'Amazon France et avenir des librairies physiques

Le blog de Lekti nous apprend qu'Amazon France a été condamné sur les frais de port gratuit. La célèbre librairie en ligne ne pourra plus envoyer des livres sans faire payer à l'acheteur les frais de port.

On connaît le "problème" Amazon : ce site web de vente en ligne accélère les difficultés économiques des librairies physiques, or ces librairies physiques sont indispensables aux lecteurs, qui en sont tous conscients (ils savent qu'il n'y a que là qu'ils peuvent feuilleter des livres différents). Mais dans l'absolu, si Amazon est condamné parce qu'il ne facture pas les frais de port sur les livres, toutes les petites librairies pourraient l'être aussi de la même manière puisqu'elles paient leurs frais de port mais ne les répercutent pas (notamment pour les commandes). Ce n'est pas en interdisant à Amazon d'offrir les frais de port que les librairies résisteront à sa montée en puissance. La force d'Amazon est ailleurs : ils sont très rapides et ils ont un fonds énorme.

Rapidité : quand ils ont le livre en stock, ils le fournissent au lecteur en 24 heures (livraison express, certes plus chère) ou en 48 heures (livraison jusqu'ici gratuite). Actuellement, dans une grande ville comme Bordeaux, et sauf erreur de ma part, aucune librairie physique ne peut me fournir pour le lendemain matin un livre qu'ils n'ont pas en magasin (alors que pourtant des entrepôts de distributeurs se situent en banlieue de Bordeaux).

Fonds : quasiment tous les éditeurs se trouvent référencés sur Amazon, parfois contre leur gré, car le site aspire les bases de données de livres comme Dilicom ou Electre, et alors même que certains petits éditeurs refusent de livrer Amazon (par exemple parce qu'ils refusent leur remise). C'est ce large choix apparent qui fait d'Amazon un point central pour chercher et acheter des livres. C'est sur ce point que le "rêve" d'un portail SLF regroupant le fonds en temps réel de toutes les librairies françaises (vous cherchez un livre, on vous dit chez quel libraire proche de chez vous il se trouve actuellement) était une bonne idée.

dimanche 9 décembre 2007

Avoir sa propre bibliothèque

A la lecture du billet de "Langue sauce piquante", je découvre avec fierté que selon les sociologues je serais un "intello" :

"Les sociologues ont forgé une nouvelle catégorie, les “100 livres et plus” (Le Monde daté 6 décembre) : il ne s’agit pas de surcharge pondérale, mais de taille de sa bibliothèque : au-delà de cent livres dans une maison, on entre dans la communauté des intellos"

Plus sérieusement, même pour un professionnel de la connaissance comme le sont les auteurs, éditeurs, professeurs, ou chercheurs, avoir sa propre bibliothèque est un privilège et une immense chance. On est en train d'écrire, ou de lire, ou simplement de somnoler, quand une pensée traverse l'esprit : un souvenir. Le souvenir de quelque chose qu'on a lu. On se lève, on marche 3 mètres, et la forêt de livres est là, debout, silencieuse et sagement alignée avec les tranches qui se nomment, et il suffit d'ouvrir le volume et retrouver la page, voilà.

Je range ma bibliothèque, qui est aussi mon bureau, et, finalement, mon seul lieu de vie, par ordre linguistique, puis par ordre chronologico-géographico-sentimental : d'abord ce qui est le plus ancien et ce que je préfère, avec ensuite glissement sur la carte du monde : Bible, mystiques occidentaux, Chine, Inde, Tibet, Japon, Egypte, monde arabo-musulman, Espagne, Italie, pays nordiques, Angleterre et Etats-Unis, Russie, Allemagne (je ne sais pas pourquoi ces pays sont ici limitrophes, mais cette sucession me semble logique). Les livres français sont à part. Les essais (essentiellement des biographies d'écrivains) sont également à part. Ma bibliothèque contient environ 1500 volumes (mais mon chez moi est petit). Le plus vieil ouvrage est un volume dépareillé datant de 1716, le plus récent est un service de presse dont l'odeur d'encre fraîche entête.

jeudi 6 décembre 2007

Bordeaux, Pascal Quignard à la Bibliothèque Mériadeck

Escale à Bordeaux de Pascal Quignard, venu présenter son livre La nuit sexuelle (Flammarion) à la Bibliothèque Mériadeck. La salle de conférences de 250 places était pleine et un rapide coup d'oeil montrait que des lecteurs aux goûts les plus divers avaient fait le déplacement. Pendant qu'étaient projetées sur le mur des reproductions géantes des peintures du livre, les fameuses "scènes indécentes", l'auteur a donné la lecture des passages les commentant.


Pascal Quignard a également, en introduction de sa lecture, mis en garde contre la nouvelle forme de censure qui apparaît : l'autocensure, celle des éditeurs et des auteurs. Il est revenu aussi sur le saccage de livres commis en août 2007 à Lagrasse, lors du "Banquet du livre" consacré à La nuit sexuelle (de l'huile de vidange avait été répandue par des inconnus sur plus de 6000 livres de la librairie installée pour le salon). Il a expliqué que ce vandalisme avait en quelque sorte réveillé sa combativité : "Cela m'a rempli de fierté d'avoir écrit ce livre, et face à la censure, je me suis dit que j'allais justement aller de ville en ville pour le défendre. Le périple se termine bientôt, je suis épuisé mais très fier."

Quignard a aussi rapporté sa réaction lorsqu'il est entré au matin dans la librairie saccagée : "Les rétroprojecteurs très coûteux : pas touchés par les vandales, le piano très cher installé là exprès pour la soirée : pas touché. Seuls les livres ont été touchés. Le symbole d'une liberté très individuelle, voilà ce qui a été touché." Au milieu du désastre, il a remarqué que les livres de Saint Augustin avaient été souillés, et pas ceux de Sade, comble d'ironie.

La lecture a été ouverte et refermée par quelques minutes d'un morceau du compositeur anglais baroque John Blow, écouté avec un impressionnant recueillement par Pascal Quignard, et ce fut pour toute la salle un moment très intense.

mercredi 5 décembre 2007

Appel pour un tarif postal livres et revues, suite

Lekti-ecriture fait le point sur l' "Appel pour un tarif postal livres et revues" et propose en PDF un dossier complet sur le sujet. En résumé, depuis le lancement de la pétition il y a quelques mois, les choses semblent progresser dans le bon sens : les parlementaires et la Ministre de la Culture ont réagi plutôt favorablement.

En attendant d'obtenir un tel tarif, tous ceux qui ont des livres à poster doivent savoir que l'autorité chargée des Postes, l'ARCEP, a pris une décision qui oblige les guichets de la Poste a accepter l'envoi au tarif "Lettres" des petits colis, dont les livres (dixit l'ARCEP : "Il est parfaitement légitime que l’opérateur développe des produits orientés vers certains usages (envoi de livres, envois de photos, de bouteilles de vin) mais il ne peut pas contraindre les usagers à y recourir.").
 

samedi 1 décembre 2007

Proust sur les pièces de deux euros

Qu’est-ce que la France ? (*) c’est-à-dire : qu’est-ce qui fait que nous restons ensemble ? La vraie réponse à cette question est un mystère, mais peut-être s’agit-il d’une communauté d’esprit avec nos ancêtres et particulièrement avec les grandes choses qu’ont fait dans l’espace de notre territoire certaines femmes et certains hommes. Pour un jeune écrivain comme moi, être français c’est une sensation géographique, c’est vivre comme un émerveillement le fait de savoir écrire dans la langue utilisée par le pays où vécurent et furent heureux tant de grands artistes, de Montaigne à Picasso, en passant par Laurence Sterne, Voltaire, Léonard de Vinci, ou James Joyce.

Ces grands Hommes de notre Histoire, il fut une époque où les billets de banque français les célébraient : l’astronome Le Verrier, Richelieu, Henri IV, Pasteur, Eiffel, Pierre et Marie Curie, illustraient nos monnaies de papier. Parmi eux, il y avait des artistes (tels les peintres Quentin de la Tour, Delacroix, Cézanne, ou les musiciens Berlioz, Debussy), et parmi ces artistes une majorité d’écrivains : Chateaubriand (billet de 500 F, 1945), Hugo (500 F, 1953), Molière (500 F, 1959), Racine (50 F, 1962), Voltaire (10 F, 1963), Corneille (100 F, 1964), Pascal (500 F, 1968), Montesquieu (200 F, 1981), Saint-Exupéry (50 F, 1993).

Le 1er janvier 2002, les billets et les pièces en euros ont remplacé les francs. Jusque là, en France, la tradition voulait qu’à l’inverse des billets qui accueillaient la figure de grands hommes, les pièces soient ornées de symboles républicains abstraits : la "semeuse", une "Marianne", un arbre. L’euro a fait le choix inverse : les billets comportent un symbole abstrait identique dans tous les pays et les pièces restent l’espace de personnalisation nationale. Le résultat en France est la disparition de tous les portraits de grands hommes sur nos actuels pièces et billets.

Examinons rapidement les motifs choisis par les autres pays européens pour leurs pièces : des monarques, des blasons, mais aussi des artistes, notamment des écrivains. Les espagnols ont choisi Cervantès pour leurs dix, vingt et cinquante centimes d’euros et les italiens ont choisi Dante pour leurs pièces de deux euros. Il est temps pour la France de choisir un grand homme de son histoire pour orner ses pièces en euros, et pour ma part je plaide pour un écrivain.

Il existe un très grand écrivain qui n’a jamais figuré sur un billet en francs, peut-être parce que sa notoriété et la perception de son véritable génie ont mis longtemps à s’imposer : Marcel Proust. À une époque, quand on demandait au grand public le nom du plus célèbre écrivain français, il répondait « Hugo » ; depuis quelques années il répond de plus en plus souvent « Proust ». Dans le reste du monde aussi, Marcel Proust est aujourd’hui perçu comme le plus emblématique des grands écrivains français, et, peu à peu, comme le plus important de tous aux côtés de Rabelais, Molière, ou Voltaire. Son visage est mondialement connu et bien qu’Andy Warhol ne l’ait jamais peint il est célébrissime : les grands yeux doux et comme absents, la moustache épaisse, les cheveux coiffés avec la raie au milieu. C’est ce visage qu’il faudrait à l’avenir graver sur le recto de nos pièces de deux euros, l’hommage de notre pays au génie artistique d’un écrivain dont la figure intellectuelle ne cesse de grandir année après année.

Pour la première fois dans l’histoire de la construction européenne, les pièces de monnaie frappées par un pays circulent dans tous les autres pays, si bien que nous payons chaque jour avec des pièces représentant Juan Carlos, Mozart, Albert II de Belgique, Dante, ou l’empereur Marc Aurèle. Il serait merveilleux que 300 millions d’européens puissent payer demain sur toute l’étendue du continent avec des cercles de métal à l’effigie de Marcel Proust.

Janvier 2003

(*) En fouillant dans mes archives, je retrouve ce point de vue, écrit il y a cinq ans pour le proposer à un journal quotidien, et finalement jamais adressé, mais qui reste d'actualité
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vendredi 30 novembre 2007

Léo Scheer créé une collection de livres en ligne

Léo Scheer prend tous ses confrères de vitesse et devient le premier éditeur à créer une collection de livres en ligne, intitulée M@nuscrits. Il s'agit, en l'état actuel du projet, de donner à la lecture des manuscrits bruts non retravaillés avec l'éditeur (voir la discussion sur le blog des éditions Léo Scheer).


Je n'ai lu que les premières pages du premier texte proposé sur M@nuscrits, celui de Géraldine Barbe, Rater mieux, mais il me semble clairement au-dessus de la moyenne des manuscrits reçus chez les éditeurs (pour ce que j'ai pu en voir) et même au-dessus de celle des livres "papier" publiés. Bref, bravo, et souhaitons que tous les manuscrits soient comme ça. Quand à la forme électronique choisie, elle est très réussie : une animation Flash permettant de tourner les pages, donc de feuilleter le livre.


Tout comme Léo Scheer, je crois que la publication exclusivement en ligne de textes qu'il n'est pas possible, pour des raisons commerciales, de publier sur papier, est l'avenir, mais je suis plus mitigé sur l'acceptation de tous les textes reçus et l'absence de retravail du texte. A mon avis, un travail de sélection et d'édition du manuscrit, bref de désignation, de validation, puis ensuite de correction, et enfin de présentation et de promotion, est indispensable, sinon ce n'est plus de l'édition mais juste de l'hébergement informatique. C'est en cela que le projet de M@nuscrits, aussi passionnant soit-il par l'appel d'air frais qu'il va créer, me semble plus fragile que celui de François Bon avec publie.net (encore en phase de préparation) qui vise lui à basculer complètement dans la publication numérique et éditer des livres exclusivement sous format électronique en les vendant en ligne. Mais quoi qu'il en soit, les choses bougent, voyons maintenant ce que vont faire les autres éditeurs...


NB : lire l'excellente analyse de Virginie Clayssen, et aussi le billet de
François Bon, au sujet de la collection M@nuscrits.

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