CE MÉTIER DE DORMIR

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samedi 23 juillet 2011

La Baule, Régis Jauffret à Écrivains en bord de mer

J'assistais ce soir à la rencontre avec Régis Jauffret à Écrivains en bord de mer.

Le programme prévoyait un échange entre Régis Jauffret et Matthias Énard, mais ce dernier n'a pas pu venir pour raisons de santé. L'auteur de Microfictions (Ed. Gallimard), en lui rendant hommage, a expliqué que pour lui Énard est "actuellement le plus grand écrivain français vivant".

Jauffret a répondu aux questions de Bernard Martin, j'ai noté quelques phrases : "J'ai une infirmité, j'ai une impossibilité à écrire autrement que sous forme de fictions, et c'est une sorte d'infirmité." (...) "La fiction est dans la métaphore, aussitôt qu'il y a métaphore il y a fiction" (...) "La littérature a un grand rapport avec l'insomnie. J'écris parce que je n'ai pas assez dormi."

Il a évoqué à demi-mots le procès contre son roman Sévère (Ed. du Seuil), dont l'interdiction a été demandée par des personnes privées : "À partir du moment où on met "roman" [sur la couverture], c'est que c'est faux. Or, cette définition ne suffit pas pour la loi française." (...) "Aujourd'hui, pour être à peu près libre dans la littérature, il faut raconter des romans d'amour, des choses abstraites ou faire des textes expérimentaux, mais dès qu'on parle du réel et que le réel est polémique, le chemin est fermé." (...) "Un livre semblable sur un fait divers ne serait plus publié aujourd'hui, et il arrivera un moment où ces livres ne seront même plus écrits" (...) "Le romancier est libre mais pas tant que ça. La Recherche du Temps perdu, si elle paraissait aujourd'hui, il y aurait une foule de procès [de la part de tous les personnages qui s'y reconnaitraient]".

Et j'ai aussi noté une phrase, la dernière phrase de l'intervention de Régis Jauffret, phrase restée en suspend, et mystérieuse : "La barrière du langage nous cloisonne."

 

vendredi 22 juillet 2011

La Baule, Nathalie Quintane à Écrivains en bord de mer

J'étais à la lecture de Nathalie Quintane cet après-midi à Écrivains en bord de mer.

Pur moment de quintane-essence, à la fois politique et humoristique, pour cette lecture de passages, commentés par instants, de Tomates (Ed. POL), le récit de Nathalie Quintane évoquant l'affaiblissement des libertés fondamentales en France, écrit à la suite de l'affaire de Tarnac. Et c'était l'exact moment, moins d'un an avant mai 2012, et l'exact lieu, la station balnéaire préférée du pouvoir actuel, pour lire ce texte en public.

 

jeudi 21 juillet 2011

La Baule, Chloé Delaume à Écrivains en bord de mer

De passage à La Baule, j'ai été écouter Chloé Delaume au festival Écrivains en bord de mer.

Chloé a présenté les auteurs de sa collection Extraction aux Éditions Joca Seria. Elle a également fait une lecture d'un texte inédit, deux chapitres d'un livre à paraître : Une femme avec personne dedans. C'est un roman qui s'annonce des plus passionnants, avec pour l'auteur de Dans ma maison sous terre une interrogation redoublée et toujours plus profonde sur soi-même. Deux phrases extraites de ce texte superbe, notées à la volée dans mon calepin : "Qui suis-je ? peut-être suis-je une femme avec personne dedans." (...) "Je suis la nullipare, jamais je n'ai accouché, jamais je n'enfanterai." Parution de ce nouveau livre début 2012 au Seuil, coll. Fiction & Cie.

 

dimanche 3 juillet 2011

Journal de résidence (extrait)

Pour les curieux, voici quelques lignes extraites de mon journal de résidence à la Villa Marguerite Yourcenar; appelons ça Un mois au Mont Noir :

"02.VI.2011

Très beau soleil et ciel bleu, sans nuages véritables.

Je me suis levé à 7h après une nuit entrecoupée de réveils dus à un mal de tête tenace lui-même consécutif sans doute à la fatigue du voyage. Je me rappelle m'être réveillé vers 4h puis rendormi vers 5h peu de temps après avoir entendu quelqu'un se lever, sans doute J. puisqu'il nous a dit qu'il se levait très tôt chaque matin. J'ai ensuite fait de très intéressants rêves entre 5h et 7h qui m'ont fatigué encore un peu plus.

Après le petit déjeuner, je monte immédiatement travailler. Le soleil éblouit la pièce. Plein de verdure tout autour de la fenêtre. Je cherche, je trouve un peu, sans plus. Je m'assois dans le grand fauteuil magnifique pour réfléchir et il m'aide beaucoup. Vers midi, je vais marcher pour la première fois dans le parc.

Après le déjeuner, travail à nouveau. J'erre un peu puis je trouve une très intéressante voie. On verra demain où elle mène.

Vers 16h, heureux, épuisé, je laisse mes pieds m'entraîner où ils veulent, je vais marcher le long de la route qui mène au village le plus proche et je trouve un hameau à quinze minutes à peu près, côté belge, avec beaucoup de petits magasins détaxés. Dès que je l'aperçois en contrebas, je fais demi-tour, je voulais seulement le localiser.

Encore une petite promenade dans le parc où je repère un grand arbre avec des racines monstrueuses, comme si son tronc devenait à la base une immense araignée.

Journée pleine de feuillages et de soleil, de ciel bleu et surtout d'oiseaux. Ils sont ici chez eux, et de toutes sortes, invisibles mais avec des chants tous différents, envahissants même les fenêtres fermées."

 

À suivre.

 

lundi 20 juin 2011

Les silex de la Villa Yourcenar

Sur les chemins du parc de la Villa Yourcenar, j'ai trouvé de très beaux silex.

La métaphore peut sembler facile, mais tout de même les faits sont là : d'une part, le Mont Noir contient des silex que l'érosion éclate et qui donnent ces pierres naturellement coupantes et dont l’entrechoc répété par une main humaine crée des étincelles; d'autre part, ici à la Villa, on écrit très bien; le calme, le confort, la solitude, le respect absolu du travail de l'auteur par les organisateurs, sont parfaits. C'est ici qu'il faut être. Je crois que je pourrais y rester 6 mois et y écrire pendant 6 mois.

 

mercredi 15 juin 2011

La NRF change d'adresse sans bouger

Magie des noms : la NRF change d'adresse sans changer de lieu.

Pour le centenaire de Gallimard, le Conseil de Paris a voté le changement de nom de la rue Sébastien-Bottin qui devient "rue Gaston-Gallimard", du nom du fondateur de la maison d'édition (1881-1975). Avoir sa rue à soi : beau cadeau de la postérité, pour un éditeur, comme pour un écrivain.

 

mardi 14 juin 2011

Les arbres du Parc Marguerite Yourcenar

Visite guidée du Parc départemental Marguerite Yourcenar avec Frédéric, le garde du Parc.


Il montre aux écrivains en résidence un hêtre de 150 ans, il nous explique qu'un arbre c'est un bateau : il faut une coque (les racines), un mat (le tronc) et une voilure (le feuillage). Et également ce processus végétal, que j'ignorais : chaque fois que l'arbre crée une nouvelle branche, il crée une nouvelle racine pour garder son équilibre.


Notre guide nous montre aussi des ginkgo biloba, des chênes, des érables, des ormes, des mélèzes, et beaucoup d'autres arbres dont je n'ai pas le temps de noter les noms sur mon carnet.


Nous passons le long des pommiers de 80 ans qui font encore chaque saison des fruits magnifiques.


Il y a aussi un cyprès californien immense dont le tronc et les branches emmêlés se dissimulent au milieu du feuillage.


Plus loin, c'est le séquoia à écorce spongieuse, dit "arbre du boxeur", âgé lui aussi de 150 ans. Il est immense et il a deux têtes car la première ayant été décapitée il en a créé une deuxième. Fascinante histoire des arbres…
 
 

jeudi 9 juin 2011

Au Mont Noir (Nord), en résidence à la Villa Marguerite Yourcenar

Je suis actuellement en résidence d'écrivain au Mont Noir, dans le Nord, à la Villa Marguerite Yourcenar, en compagnie de mes collègues Rouja Lazarova et Joël Bastard.

Beaucoup de travail dans un état de concentration maximal grâce à des conditions de résidence paradisiaques (notamment les plats délicieux préparés par la gouvernante Annick et servis tous les soirs au dîner à 19h30).


Quelques informations pratiques pour les futurs résidents : les studios des auteurs sont situés à l'étage et ont chacun une immense table de travail, une grande lampe halogène, un téléphone fixe avec ligne directe, un fauteuil à accoudoirs et repose-tête pour écrire, et un autre fauteuil, de style anglais, pour réfléchir, ainsi qu'un grand lit avec un matelas excellentissime, et bien sûr un cabinet de toilette privatif. Il y a dans la résidence une très bonne bibliothèque (qui est aussi la salle à manger), un salon TV avec un immense écran plat et un lecteur DVD, ainsi qu'une machine à laver et un sèche-linge ultra-modernes. Une voiture récente et trois vélos sont à la disposition des résidents. (*)

Pour l'environnement : la Villa est située sur le Mont Noir, au milieu de l'immense parc départemental, océan de verdure et chant des milliers d'oiseaux, à 1 km de la première boite aux lettres, 2 km du premier commerce, et quinze minutes en voiture de la première gare (Bailleul). Difficile de faire plus calme.

Petit conseil du jour : prévoir au moins un pull, même en juin il fait parfois frais sur le Mont.

Et maintenant je retourne travailler mes phrases entre les pommiers du parc...

 
(*) Un seul regret à la Villa : en raison de l'isolement géographique, il n'y a pas de connexion Internet haut débit, juste un vieux modem 56k du début des années 2000. Et niveau téléphone portable, le réseau 3G ne passe pas ici (mais le réseau traditionnel passe à peu près).

 

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