CE MÉTIER DE DORMIR

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lundi 2 novembre 2009

La voie de ma voix

En ce moment, presque tous les jours : prise de son.

J'enregistre la lecture intégrale de Je suis une surprise, paru en mars 2009 aux Éditions Atelier In8. Si possible un chapitre par jour, sans montage, et si on se trompe on recommence la prise.

Curieusement, le plus compliqué n'est pas de prononcer les mots distinctement, ou de lire les phrases assez lentement, mais plutôt d'apprendre à entendre ma vraie voix (au casque) et de savoir comment utiliser cette voix qui est, comme celle de chaque personne, très particulière. Je dois trouver la voie de ma voix.

J'essaie de mettre en pratique les précieuses Recommendations pour lire à haute voix de François Bon ("Savoir ce qu’on lit (ou, encore plus précisément : pourquoi on le lit)". C'est un travail long, très long, c'est vraiment du boulot, mais je crois que ça vaut la peine. Une fois la lecture intégrale du livre achevée, l'ensemble devrait faire environ deux heures. J'en reparlerai le moment venu.

Un extrait du travail en cours, c'est encore un brouillon :

vendredi 23 octobre 2009

La vie grise (à propos de Quand je me deux)

Le nouveau recueil de Valérie Rouzeau est arrivé : Quand je me deux (Ed. Le temps qu'il fait, 112 p., 16 €)

Extraordinaires poèmes à mille sens, à la fois tristes et plein d'espoirs. Raccourcis, amputations, patchworks, carillons, c'est une langue qui en comparaison réduit à presque rien nos pauvres livres de prosateurs. La poésie, c'est vraiment la maîtrise suprême du langage, pouvoir produire l'émotion la plus forte avec le nombre le plus réduit de mots, et Valérie Rouzeau excelle dans ce langage, elle en sublime les bases, car comme elle dit : "...La grand-mère n'est pas l'ensemble des règles à suivre pour parler et écrire correctement une langue la grand-mère a tout bonnement avalé le loup toutes les grand-mères véritables font cela" (Mes mots des autres).

Et beaucoup d'histoires d'amour aussi dans ce livre, puisque c'est peut-être la seule chose qui vaille d'être écrite. En tout, quarante et un poèmes à lire pour traverser l'automne et l'hiver qui arrivent.

Extraits :

"Le cheval a mangé la rose voici le Prince" (Éden, deux, trois émoi)

(...)

"La mer c'est l'infini et l'amour l'incendie qui brûle les
grands bateaux qui échouent sur les grèves de la RATP je
rentre avec tes pieds"
(Mes mots des autres)

(...)

"Cueillir les roses de la vie
Épines écailles ceci cela
Garnir un bouquet chanceuse moi
Au marché marcheuse sans marmaille"
(Seize the day (Carpe diem))

(...)

"Ne te tourmente pas tu es lancée partie
Mords la vie mords la vie mords la vie mords la vie."
(Trente-deux dents)

 

À noter que Va où (2002), un des plus beaux livres de Valérie Rouzeau, qui était épuisé, vient d'être réimprimé par Le temps qu'il fait, et qu'une édition de poche contenant Pas revoir (1999) et Neige rien (2000) est annoncée prochainement aux Éditions de La Table Ronde.

mardi 20 octobre 2009

Bordeaux, Yannick Haenel chez Mollat

Passage à Bordeaux de Yannick Haenel, venu présenter à la librairie Mollat son nouveau livre, Jan Karski (Ed. Gallimard).

En introduction, Jean Laurenti lui a demandé de parler de la revue Ligne de risque qu'il a fondée avec François Meyronnis : "On a fait cette revue parce qu'on n'est pas loin de penser qu'il y a peut-être plus de littérature dans les grands textes spirituels, comme ceux de la Gnose, que dans tous les romans qui se publient depuis une vingtaine d'années."

Haenel place tout son travail sous le signe de sa propre libération, expliquant : "Dans quelle mesure est-ce que la langue nous libère ? Et est-ce que quelque chose est plus fort que le mal ?"

Il raconte comment l'idée de ce livre lui est venue en 2005 alors qu'il sillonnait les pays de l'Est et terminait l'écriture de son roman Cercle : "J'étais à Varsovie, je m'interrogeais sur le Ghetto, je voulais voir les lieux de la disparition, les rues où le Ghetto de Varsovie avait existé et j'ai alors fait l'expérience de la disparition de la disparition [sic]" (...) Il avait vu le témoignage de Jan Karski dans le film Shoah quelques années avant et précise : "Je voulais faire quelque chose pour Karski."

Parmi les propos d'Haenel, j'ai aussi noté ceci : "Il fallait que j'invente un écrin qui soit de l'ordre de la transmission" (...) "Je voulais sonder le mystère de ce qu'il y a dans un nom, c'est pour cela que j'ai appelé ce livre Jan Karski. Je voulais que des gens entrent dans une librairie et disent : 'Je voudrais Jan Karski'."

Comparant ce roman à ses précédents textes, il explique : "Dans ce livre, je me suis beaucoup dessaisi de moi-même, j'ai arrêté de raconter mes petites histoires."

Revenant sur les attaques de certains qui lui reprochaient de ne pas être historien, Haenel a ces mots : "La fiction est un des régimes possibles d'une certaine vérité. Ce n'est pas parce que c'est un roman que c'est faux."

(Le podcast de la rencontre est à écouter sur le site de Mollat)

samedi 17 octobre 2009

Bordeaux, Alberto Manguel à la bibliothèque du Grand Parc

Venue d'Alberto Manguel à la bibliothèque du Grand Parc de Bordeaux, dans une salle archi-comble.

Stimulante dérive autour du thème de la bibliothèque, avec notamment la comparaison entre la bibliothèque privée et la bibliothèque publique, Manguel expliquant comment dans les deux cas on en revient toujours à la "relation entre espace et volonté d'accumulation" (le lecteur ou le bibliothécaire doit toujours faire un choix).

Concernant sa bibliothèque privée (qui contient 40.000 volumes, soit l'équivalent de cette bibliothèque municipale du Grand Parc), Alberto Manguel confesse qu'il n'y pratique pas le "désherbage" : "Dès qu'un livre entre dans ma bibliothèque, il n'en sort plus."

À propos de la technologie électronique et des livres numériques, l'auteur d'Une histoire de la lecture (Ed. Actes Sud) remarque : "Ces textes numériques n'ont pas de passé, ils sont figés dans le présent et ils ne laissent pas de traces. Ici, dans cette ville, vous avez la chance d'abriter l'exemplaire unique des Essais que Montaigne a annoté jusqu'à la fin de sa vie. Dans le chapitre "De l'Amitié", Montaigne disait qu'il ne savait pas pourquoi lui et La Boétie étaient amis. Puis, en relisant le livre imprimé, il a écrit en marge la réponse : "Parce que c'était lui", et quelques années plus tard, relisant à nouveau le passage il a ajouté, avec une autre plume : "(...), parce que c'était moi." Alberto Manguel remarque aussi que la possibilité même de publication des Correspondances entre écrivains va disparaître car tout se passe dorénavant par mails et qu'on n'imprime pas les mails qu'on reçoit.

J'ai aussi noté, ceci, très juste, concernant la cécité partielle de l'auteur sur ce qu'il écrit : "L'écrivain n'est qu'un intermédiaire qui comprend très peu de ce qu'il fait. Shakespeare ou Goethe ne comprenaient que ce que chacun, en tant que lecteur, pouvait lire."

 

NB : Paraît la semaine prochaine un livre d'entretiens entre Alberto Manguel et son éditeur de L'Escampette, Claude Rouquet : Ça & 25 centimes, Ed. L'Escampette.

vendredi 9 octobre 2009

Déplacements intérieurs (à propos de La douleur du retour)

Lu un court et beau livre : La douleur du retour d'Isabelle Baladine Howald (Ed. de La Cabane, 16 p., 6 €).

Un texte de silence, qui s'arrête sur les déplacements intérieurs du souvenir et du deuil. Et bel objet cousu à la main comme tous les petits livres de La Cabane.

Extrait :

"J'étais là où je devais être, à un instant parfait d'éternité, entrouverte sous mes yeux à l'intérieur de ce paysage comme si j'étais dans le tableau.

J'ai ramassé quelques cailloux, cueilli quelques racines, nous avons pris un petit chemin d'herbes assez hautes, qui s'est avéré sans issue, nous ne parlions pas."

mercredi 7 octobre 2009

Disparition de Raymond Federman

Grande  tristesse : Raymond Federman est mort.

Ses livres lui survivront. Il faut relire notamment les textes magnifiques que sont À qui de droit (1990), Moinous & Sucette (1995), La Fourrure de ma tante Rachel (1996), Retour au fumier (2005)*.

Voir l'hommage de Laure Limongi, sa dernière éditrice, ainsi que les articles dans Le Monde, dans Libération, dans le New York Times.

À lire, la très belle lettre en anglais et en français envoyée par sa fille Simone aux amis de Raymond Federman.

* disponibles aux Éditions Léo Scheer/Laureli et aux Éditions Al Dante.

mardi 6 octobre 2009

Bordeaux, Laurent Mauvignier chez Mollat

Retour momentané à Bordeaux d'un ancien habitant de la ville, Laurent Mauvignier, venu présenter chez Mollat son nouveau livre, Des hommes (Ed. de Minuit).

La discussion, avec Jean Laurenti dans le rôle du modérateur, a porté sur les rapports entre le collectif et l'intime. Grande sincérité de Mauvignier qui a détaillé son travail de documentation, puis ses tâtonnements dans la construction de ce livre, et ses hésitations sur un sujet historique très sensible, la guerre d'Algérie. Il a confessé qu'il écrivait chez lui avec des boules Quiès, dans son coin, enfermé dans une pièce. Il a aussi refusé à un moment de lire un passage trop dur du livre, expliquant : "Ce qui est possible pour une lecture intime (scènes de guerre, ou d'amour) devient obscène pour une lecture en public. Donc cette scène, je préfère ne pas la lire ici ce soir".

Noté également, parmi ses propos : "Je pense le rapport au collectif ou à l'Histoire comme une histoire humaine individualisée" (...) "Chaque fois, j'ai envie de faire un livre que je ne savais pas faire" (...) "Ca faisait des années que je voulais écrire sur les appelés de la guerre d'Algérie, mon oncle, mon père, les gens que j'ai vus, l'onde de choc que j'ai pressentie quand j'étais enfant" (...) "Pourquoi des gens de 60-65 ans sont comme ils sont aujourd'hui, pourquoi il y a quelque chose qui ne se dit pas. Ce que je voulais donner à entendre, c'est comment des gens ont été cassés" (...) "Le sujet de la guerre d'Algérie est sensible, mais moi mon angle d'attaque, c'était les appelés. Mon problème, c'était de restituer une violence, une peur".

(Le podcast de la rencontre est à écouter sur le site de Mollat)

Disparition de Gérard Bobillier

Choc en écoutant France-Culture à l'instant : Gérard Bobillier, le directeur et fondateur des Éditions Verdier, vient de disparaître à l'âge 64 ans.

Verdier a été créé en 1979 et c'est une référence pour tous les lecteurs, c'est la collection "Les Dix Paroles" créée par Charles Mopsik avec ces textes essentiels du judaïsme (textes de la kabbale notamment), et aussi bien sûr la littérature : Pierre Michon (qui vient de dire sur France-Culture qu'il perd "un allié, une sorte de frère de sang", que "c'était le mur sur lequel [il s']adossait"), et également Pierre Bergounioux, François Bon, Pierre Silvain, et les grands auteurs étrangers comme Varlam Chalamov ou Silvio D’Arzo. Disparition d'un grand homme d'édition.

Voir les hommages de François Bon, de Claude Chambard, de la librairie Mollat, de Jean-Jacques Salgon, de L'Humanité (sous la plume d'Alain Nicolas), du Monde (Patrick Kéchichian), du Magazine Littéraire, de Gérard Lambert (librairie Voix au chapitre).

lundi 5 octobre 2009

La passerelle Kawamata

Pendant le mois d'octobre à Bordeaux, c'est Evento 2009, grande manifestation d'art contemporain à l'occasion de laquelle à été commandé un projet à Tadashi Kawamata et c'est ainsi qu'est née la magnifique passerelle de bois entre la place des Quinconces et la Garonne.

Je la croise tous les jours en faisant ma promenade de l'après-midi. Quand elle sera enfin ouverte au public, à la fin de la semaine, on pourra l'emprunter pour aller bondir jusqu'au-dessus des eaux du fleuve. Mais pour l'instant, on passe seulement dessous et c'est déjà très étrange, très mystérieux, cette odeur de bois et cette ombre tamisée.

Rêvons que contrairement à ce qui est prévu, la passerelle Kawamata ne soit jamais détruite et reste à demeure dans Bordeaux.

jeudi 1 octobre 2009

Bordeaux, Pierre Michon chez Mollat

Passage de Pierre Michon à la librairie Mollat pour présenter son dernier livre, Les Onze (Ed. Verdier).

Michon est sans conteste un des écrivains vivants que j'admire le plus avec Angot, Echenoz, Modiano, Sollers. C'était la première fois que je le croisais : un homme de bonne taille, vif, sec, presqu'athlétique, qui debout m'a fait penser à un bambou. Devant une salle pleine, longue discussion inspirée et en forme de dérive autour des questions de Dominique Rabaté (Université de Bordeaux 3).

J'ai noté quelques phrases : "Je me suis dit : le titre sera un chiffre." (...) "La peinture qui représente des politiques doit avoir ce double aspect : on doit voir à la fois un diable et un bon législateur. On appelait ainsi Boniface VIII : Saint-Satan." (...) "Toutes les histoires que j'écris veulent tendre à un effet de légende en partant d'un effet de légende déjà là." (...) "Politiquement je suis incapable de savoir ce que je pense des hommes de la Terreur. Je crois que je les aime. Mais j'aime aussi Chateaubriand ou Joseph de Maistre".

Moment très intéressant aussi quand Pierre Michon explique que ses livres sont courts car arrive toujours un moment où le tempo n'est plus là et où on doit arrêter le récit (il avoue avoir coupé la fin de La Grande Beune) : "Je ne veux pas que mon texte m'échappe. Chaque texte a un tempo et le perdre est très facile, si je perds ce tempo, j'arrête". Il confie en riant que Le Roi du bois devait faire à peu près 15 pages mais que l'éditeur a joué avec la typographie pour que ça fasse 50 pages.

Et aussi : "Je voudrais que le texte soit sur le vif d'une rythmique qui vous passe par le corps pendant que vous faites ce texte".

Finalement, Michon conclut, après une évocation de la rapidité de Stendhal : "Mon idéal serait cet oxymore : faire du Flaubert rapide". Amen.

Le podcast de l'intégralité de la rencontre est disponible sur le site de Mollat.

dimanche 27 septembre 2009

Les écrivains français lisent et se lisent

Au milieu de mon torrent de flux RSS divers et variés, trouvé ce matin sur le blog de Wrath, toujours aussi divertissante bien qu'elle - ou parce qu'elle ? - voit des complots éditoriaux partout, un billet dans lequel elle affirme que les écrivains français ne lisent pas leurs collègues compatriotes.

J'ai l'impression que c'est tout l'inverse : les écrivains français lisent, ils lisent beaucoup et ils se lisent. Il suffit de regarder leurs blogs : François Bon (critique du BW ce matin), Claro (augmentation des billets de lecture depuis quelques semaines), Philippe Annocque (qui a ramené à notre mémoire il y a quelques jours les livres de Pierre Bettencourt), etc.* Sans parler des critiques sur Remue.net, qui sont souvent écrites par des auteurs.

Et pour ma part, sur ma table de nuit actuellement j'ai six livres : Laurence Sterne, Stendhal, le dernier Lydie Salvayre, le dernier Pierre Michon, Jean Santeuil, et le dernier Yannick Haenel. Soit six auteurs français sur sept, dont trois contemporains, et un né la même année que moi. Nous nous lisons.

* Sur ce blog aussi, il y a une petite rubrique "livres"

mardi 22 septembre 2009

Faire grandir les phrases

Actuellement, travail, travail, travail.

Si j'ouvre un peu la porte de l'atelier pour montrer ce que je fais, hé bien c'est très banal, c'est le travail quotidien de tout auteur : j'essaie de faire grandir les phrases, de développer les idées du chapitre actuel, puis du chapitre suivant, puis du livre tout entier. J'ai le sujet, j'ai le titre, je crois savoir dans quelle direction je vais, mais au-delà, rien, l'horizon actuel c'est l'inconnu...

jeudi 3 septembre 2009

Les photos sont retouchées

Billet éclair pour répondre à un lecteur du Carnet : oui, les photos quotidiennes du carnet sont toutes retouchées, elles sont toutes "fausses".

La scène photographiée a bien sûr existé, mais parce que je veux faire dire à la photographie produite quelque chose qu'à l'origine elle ne dit pas de manière explicite, j'utilise un programme informatique pour en accentuer le "contraste", la "saturation", et la "netteté". Disons qu'il faut déformer la réalité pour la rendre plus claire...

Techniquement, pour appliquer ces trois retouches je me sers de deux logiciels libres fournis avec Linux Ubuntu : GIMP et gThumb (ce dernier possède en outre une fonction "Améliorer" qui produit une sorte de traitement magique sur l'image). gThumb n'existe que pour Linux, GIMP existe aussi pour Mac et pour Windows.

(Photo : capture d'écran retouchée par GIMP avec les fonctions "Filtres / Artistique / Tresser...")

lundi 31 août 2009

Beyle de sa naissance à sa mort (à propos de Stendhal)

Enivrante lecture de la biographie d'Henri Beyle dit Stendhal, écrite par Sandrine Fillipetti : Stendhal (Folio, 323 p., 7,60 €).

C'est un livre superbement écrit, stendhalo-stendhalien dans le meilleur sens du terme, vif, enlevé, drôle, passionnant.

Nous ne quittons pas Beyle d'une semelle de sa naissance à sa mort, nous l'entendons respirer. Il y a les voyages, l'armée, la haute administration, les tracas, les gaffes, l'ennui, le dilettantisme, la musique, les femmes, les femmes, encore les femmes, l'Italie, Milan, Trieste, Florence, Rome, et bien sûr : la composition des livres, l'écriture, cette joie suprême.

Extraits :

"A la sensation d'affranchissement que procure l'ivresse de cette liberté toute nouvelle s'ajoute un événement inespéré : le décès de sa damnée tante Séraphie" (...)

"Parce que les années passent pour ne plus revenir, il dévore les auteurs anciens et modernes au Collège de France et à la Bibliothèque nationale, s'intéresse à Hobbes, Destutt de Tracy, Vauvenargues, Hume et Goldoni" (...)"

"En société, Henri Beyle n'est pas un figurant discret. Prompt à la provocation et à l'invective, sa franchise et ses audaces en éloignent plus d'un" (...)

"[Clémentine Curial et Stendhal] vivent une passion mutuelle et exclusive, mais elle lui reproche vite un amour purement physique et un certain art de l'éclipse" (...)

"Il meurt le 23 mars à deux heures du matin sans avoir repris connaissance. Il a cinquante-neuf ans. Cet anticlérical notoire n'a pas eu la présence d'esprit, à l'instar de Sainte-Beuve, de s'opposer par testament à la présence d'un prêtre et à toute cérémonie religieuse."

vendredi 28 août 2009

François Bon sur la rémunération des auteurs

À lire absolument pour tous les auteurs : un billet synthétique de François Bon sur Internet & rémunération des auteurs.

François développe quatre idées phares :  1- le modèle de contrat d’éditeur actuel est condamné; 2- l’édition classique n’est pas apte au portage numérique; 3- quasi aucun de nous pour vivre de ses droits d’auteur; 4- une économie à penser autrement pour le numérique.

Extraits :

- l’activité web d’un auteur, ce n’est plus informer de son agenda et mettre en ligne des critiques de presse, c’est un travail de création à penser à part entière ;

- ce « à part entière » n’est pas forcément une nouveauté dans ce qui est le temps d’un auteur (j’ai cité plusieurs fois les 3000 lettres en 5 langues qu’a adressées Beckett le taiseux, la Correspondance au quotidien de Flaubert, la diversité des incises du Journal de Kafka : c’est ce côté de l’atelier personnel dont Internet permet seulement la visibilité ;

- le travail rédactionnel qu’exige Internet est un travail à part entière : on commence à voir des événements littéraires le comprendre, et inviter (rémunérer) des blogueurs pour en assurer la présence flux (...)


(Photo : outils du scribe égyptien, Ier siècle)

mercredi 26 août 2009

Un guide des aides destinées aux auteurs

Le Centre National du Livre vient de mettre en ligne un guide des aides destinées aux auteurs.

Le document donne la liste détaillée des bourses d'écritures et résidences en France et à l'étranger, avec les critères d'éligibilité et le montant des allocations versées. Il a été réalisé avec l'aide de la Société des Gens de Lettres et de la Maison des Écrivains et de la Littérature (qui avait déjà diffusé un répertoire des bourses et résidences).

mercredi 19 août 2009

Aucune distance

Le principal problème que j'ai, en écrivant, c'est que je ne parviens pas à relire objectivement mon texte, je ne sais pas s'il est bon ou s'il est mauvais.

Je n'ai aucune distance sur ce que j'ai écrit. C'est le cas non seulement pour les textes en cours d'écriture, mais aussi pour ceux publiés et donc pourtant considérés par l'éditeur, et éventuellement par les lecteurs ou les journalistes, comme intéressants. Moi je ne sais pas si ce que j'ai écrit est intéressant. Je suis incapable de savoir ce que ça vaut - même si je me sais un devoir : une fois le texte choisi, le défendre publiquement coûte que coûte -.

Je n'ai qu'un seul critère : la réponse de mon éditeur, son acceptation ou son refus du texte. Or cette réponse n'intervient qu'au terme de l'écriture intégrale du manuscrit. D'ici là, je suis tout seul et je suis aveugle. Unique solution : écrire en apnée, comme dit Chloé Delaume, être au plus près de son corps par la langue, et advienne que pourra.

Bref, en cette fin d'été caniculaire : plongée quotidienne systématique dans la narration, au stylo le matin, avec dactylographie en fin d'après-midi. Je me relirai plus tard, une fois que les lignes se seront dénouées et qu'on y verra plus clair.

vendredi 31 juillet 2009

Des traces du passé

Travail sur un petit texte pour le prochain numéro de la revue d'ici là publiée chez Publie.net par Pierre Ménard.

Le sujet de ce numéro d'automne sera "Le palimpseste de la mémoire est indestructible", réflexion pré-proustienne formulée par Baudelaire dans Les Paradis artificiels :

"Dans le spirituel non plus que dans le matériel, rien ne se perd. De même que toute action, lancée dans le tourbillon de l’action universelle, est en soi irrévocable et irréparable, abstraction faite de ses résultats possibles, de même toute pensée est ineffaçable. Le palimpseste de la mémoire est indestructible."

Précisément, moi qui finis toujours par tout oublier, de quoi puis-je bien me souvenir, malgré tout ? Que reste-t-il de toutes ces années vécues ? Ouvrons les vieux agendas, sait-on jamais. Et si je n'y retrouve rien, j'inventerai, ou du moins j'aurai l'illusion d'inventer.

mardi 28 juillet 2009

Séjour à Paris

Séjour prolongé à Paris.

Beaucoup de marche dans la ville. Visites studieuses des musées et lieux d'exception, Louvre, Beaubourg, Musées Picasso et Rodin, Muséum national d'histoire naturelle, cimetière des Catacombes, jardin Marco-Polo et jardin du Luxembourg. Deux oublis à réparer la prochaine fois : Versailles et Orsay.

Passage chez Gallimard et deux rencontres enthousiasmantes (le mot est faible) avec deux auteurs de la collection L'Infini : David di Nota et Thomas A. Ravier. Élégance de Di Nota, dont je lis actuellement le superbe Bambipark (très fin, très drôle, très politique); énergie de Ravier, l'auteur des magnifiques Éloge du matricide et Les aubes sont navrantes. David me parle de la sensation que ressent un auteur lorsqu'il passe un palier dans son travail, quand il réalise qu'il peut enfin écrire précisément ce qu'il sait. Thomas attire mon attention sur les radiations émanant de la société du Spectacle et qui dénaturent notre langue d'auteur.

Curieusement, à Paris le lieu que je retrouve avec le plus de plaisir est la Tour Eiffel dressée sur ses quatre jambes. Étonnant symbole, tout de même, que cet énorme mécano phallique qui hypnotise à juste titre tous les étrangers de passage dans la capitale.

Le lieu que j'aime le moins est les Catacombes, même s'il nous rappelle que nous ne sommes que des squelettes et que le temps est plus agile que nous.

samedi 20 juin 2009

Comment choisir un seul livre ?

Petit exercice très intéressant autour d'un texte pour un ouvrage collectif dont le thème est "Un livre".

On me demande d'écrire sur un livre, celui que je veux. Alors, lequel ? La Bible ? La Recherche ? Le livre que je suis en train d'écrire ? Le livre que je suis en train de lire (plusieurs) ?

Et comment choisir un livre (au passage : quel hasard nous fait ouvrir un livre plutôt qu'un autre ?) ? Comment choisir un seul livre ? Et peut-on choisir un livre unique, ce qui exclurait tous les autres ? Ou alors le Dictionnaire (qui est aussi un livre) ? Ou finalement décrire le livre que constitue toute la bibliothèque elle-même, le livre de Babel ?

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