Je viens de lire Les oiseaux de paradis (Ed. Joëlle Losfeld, 126 p., 13,50 €) de Lise Benincà, très beau livre sur la mort, sur l'absence du compagnon décédé accidentellement, racontée par celle qui reste seule.

L'annonce du décès, l'incinération, puis l’apprentissage de l'existence
après, la description de cet espace vide qu'est l'absence définitive, et aussi
une méditation sur la condition d'êtres vivants temporaires (Buffon est souvent
cité, le Muséum d'histoire naturelle est très présent). La veuve, sa sœur, la
sœur du défunt, la mère du défunt, plusieurs femmes réagissent à ce décès (des
femmes, mais jamais d'hommes ou presque). Beaucoup de distance, de force
poétique, de fausse simplicité et de grande complexité dans ce livre de Lise
Benincà, qui avait déjà signé en 2008 Balayer fermer
partir. Pour ce deuxième ouvrage, sa voix s'approfondit et développe
davantage encore son mystérieux toucher. Le meilleur livre que j'ai lu pour
l'instant dans cette rentrée littéraire.
Extraits :
"Je vis et je dors contre l'espace vide de Samuel, sa place dans le lit laissée vide, sa place dans l'appartement laissée vide, sa place dans le monde laissée vide aussi." (...)
"Le silence inhabituel du soir, les deux oreillers, les placards pas encore vidés, la radio le matin qui ne s'allume plus toute seule, c'était lui, quand je me levais, les informations qu'il écoutait avant de partir, les deux brosses à dents, je n'arrive pas à jeter sa brosse à dents ai-je dit à Flavie" (...)
"Elle dit : Dites-moi qu'il reviendra je vous en supplie dites-moi qu'il reviendra je vous en supplie dites-le moi" (…)
"Donner de petites gorgées d'eau à l'oiseau, des miettes de pain imbibées de jaune d'œuf déposées dans le creux de son bec, observer, la vie qui palpite en lui et qui peut-être choisira de rester. Qui n'a pas mis un jour tous ses espoirs dans la survie d'un oiseau ?"















