CE MÉTIER DE DORMIR

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jeudi 18 octobre 2018

Retour de Jérusalem dans L'Infini

Le numéro 143 de la revue L'Infini (Ed. Gallimard, 128 p., 22 €), qui paraît aujourd'hui en librairie, publie un texte de moi intitulé "À Jérusalem".

Dans ce récit, je reviens sur ma découverte de la ville la plus religieuse du monde, en 2015 dans le cadre d'une résidence d'auteur de deux mois à l'Institut français de Jérusalem (Centre Romain Gary).

Extrait :

"J’ai l’intuition qu’ici, à Jérusalem, la vie et la mort n’ont pas le même sens qu’ailleurs, que les choses sont suspendues et que l’avenir de mon corps n’a plus vraiment de sens, je n’ai pas été, je ne suis pas, je ne serai pas, le Temps a été renvoyé, effacé, définitivement annulé. Je ne me tiens pas ici au point d’origine géographique, mais au point d’origine temporelle, au méridien, au centre de la Terre et du Ciel, à la borne du kilomètre-zéro historique, au milieu du moyeu de la roue, dans l’œil du cyclone : tout le reste du monde tourne à partir d’ici. Le Temps tout entier tourne à partir d’ici, d’où le sentiment de plaisir et de trouble que chaque visiteur de Jérusalem ressent."

À noter, au sommaire du même numéro de la revue, comme toujours une quantité de textes passionnants, dont celui de Frans De Haes autour du livre d'Ézéchiel.

(Photo : Le Mont des Oliviers, Jérusalem)

 

dimanche 1 novembre 2015

Jérusalem, journal de résidence (extrait)

Ma résidence de deux mois à Jérusalem vient de se terminer.

Ça a été extraordinaire de découvrir pour la première fois Israël et Jérusalem, un grand merci à l'équipe de l'Institut Français Centre Romain Gary, aux personnes du Consulat Général, aux professeurs du Lycée Français de Jérusalem, à la libraire française Vice-Versa, à mes nouveaux amis israéliens, sans oublier les pères dominicains de l'École Biblique et Archéologique Française qui m'ont accueilli, hébergé et nourri en discutions érudites, archéologiques, historiques et théologiques.

Voici un court extrait de mon journal de résidence :

"06.IX.2015

Marche jusqu'à l'hôtel King David. Sur le chemin, je suis abordé par un israélien qui me demande sa route en hébreu. Surprise. Je lui réponds "Sorry, I'm french", il sourit en comprenant. Ballade dans le petit jardin derrière le King David. En sortant du jardin, une femme qui est au téléphone s'approche et me pose une question en hébreu, probablement à propos du jardin car elle le désigne du doigt. Même réponse, elle rit, s'excuse. On me prend pour un local, ça ne m'était encore jamais arrivé à l'étranger, sauf à Venise. Marche ensuite vers le sud de la ville puis remontée le long des grandes avenues modernes, Keren HaYesod puis Gershon Agron jusqu'à Mamilla. Enfin, je fais le tour de la vieille ville le long des murailles côté Tour de David et je passe par la porte de Sion. Je descends presque jusqu'à la porte des Immondices puis j'oblique à gauche et j'entre dans le quartier juif, très beau, très lumineux. Je traverse par le souk et ressors de la vieille ville par la porte de Damas.

Au dîner, Emile P. raconte un repas qui a eu lieu ici-même, dans le réfectoire où nous mangeons, il y a une trentaine d'années, et où il était entouré de Jean B. et Samuel N. K., qui se connaissaient bien et s'estimaient, les deux sommités mondiales de la recherche sumérienne en compagnie du déjà spécialiste mondial de Qumran. P. ajoute qu'il était très ami avec B. et sa femme et qu'à chacun de ses passages en France ils le recevaient chez eux, et c'était toujours B. qui faisait la cuisine car c'était un grand cuisinier.

Couché tôt, cris et klaxons dans la rue, rugissement des motos sur le boulevard qui longe le tramway, sirènes lancinantes des ambulances au loin."

(Photo : la vue sur Jérusalem depuis le Musée de la Tour de David)

 

dimanche 18 octobre 2015

La vie à Jérusalem

Après un mois et demi à Jérusalem, je découvre progressivement les endroits de la ville où j'aime aller.

J'aime bien sûr le Kotel et toute la partie juive de la vielle ville, si calme, si belle, avec ses sinueuses ruelles d'arcades, labyrinthe immaculé, ainsi que les parties arménienne, orthodoxe et chrétienne, colorées, aérées, pacifiques et discrètes. Et surtout la partie ouest de Jérusalem, Yaffo tout le long du tramway (le même modèle qu'à Bordeaux), le marché de Mahane Yehuda et son quartier, l'ancienne gare ottomane et Emek Refaïm, et également Mea Scharim, le quartier des "haredim" (ultra-orthodoxes).

Jérusalem est une des villes les plus exaltées dans lesquelles j'ai jamais résidé et dans le même temps une des plus conviviales (tutoiement rapide) et enthousiastes, une ville versatile, fébrile (la conduite au klaxon) puis soudain apaisée, une métropole où les passants marchent lentement, une ville libre et tolérante (mais si), tout cela à la fois, avec en outre une météo de rêve à l'automne (25° à 30°c).

Certes, il y a ici un peu trop de religions pour moi, mais finalement chacun vit au fond de lui-même la religion comme il le souhaite, et, en ce qui me concerne, sans religion je me demande bien comment je parviendrais à commettre des péchés (sans péchés pas d'Art, sans Art pas de libération).

NB : une petite interview accordée au site IsraPresse dans laquelle j'évoque aussi la vague d'attentats qui frappe actuellement la ville : "L'écrivain MP découvre Jérusalem".

 

jeudi 3 septembre 2015

À Jérusalem, en résidence d'auteur avec l'Institut Français Centre Romain Gary

Je suis arrivé hier soir en Israël pour un séjour de deux mois à Jérusalem, en résidence d'auteur avec l'Institut Français de Jérusalem (Centre Romain Gary).

Je suis hébergé à l’École Biblique et Archéologique Française, celle-là même qui a créé la Bible de Jérusalem (sans doute ma traduction préférée de la Bible). Ci-dessous, quelques photos des lieux, le couvent dominicain Saint-Étienne, situé près de la vieille ville.

Au programme de ces deux mois : vivre à Jérusalem, lire à Jérusalem, dormir à Jérusalem, écrire à Jérusalem...

(Comme d'habitude, tous les jours je mettrai en ligne sur Instagram des instantanés photographiques de ma résidence)

 

samedi 25 avril 2015

Fondation des Treilles, journal de résidence (extrait)

Mon séjour à la Fondation des Treilles, à Tourtour dans le Var, vient de s'achever.

Ça a été deux mois magnifiques, avec beaucoup d'avancées littéraires, de rencontres intellectuelles et de bouleversements divers. Le lieu, avec son cadre méditerranéen d'oliviers, de cyprès et de pins, est de toute beauté, et les personnes qui travaillent ici sont fantastiques, une disponibilité et une gentillesse absolues, bref de quoi travailler au-delà de ce qui paraissait possible avant.

Voici un court extrait de mon journal de résidence :

"28.III.2015

Tout à l'heure, en me promenant dans le silence et le calme du samedi, j’ai soudain croisé un chevreuil. Il était au bas à flanc de coteau et j’arrivais sur la route proche, il a bondi pour grimper, seule voie libre pour lui, mais la pente était si raide qu’il s’est arrêté au bout d’un bond et s’est retourné pour voir qui j’étais. Dès la seconde où il avait bougé en me tournant le dos pour grimper, je m’étais figé et je suis resté immobile. Alors le chevreuil, magnifique, a regardé dans ma direction il a plongé ses yeux dans les miens mais j’étais absolument immobile et je l’observais. Je l’admirais. Il était si beau, si libre, avec son poil roux, ras, ses minuscules bois sur la tête, ses pattes fines, ses flancs musclés, la majesté de sa tête, ses yeux, son cou, on aurait dit une grande antilope. Je l’ai regardé longuement pendant qu’il me regardait lui aussi, ne parvenant pas à voir un danger dans ce qui n’était qu’un bloc fixe avec un blouson vert clair et des lunettes de soleil, une statue de marbre patinée par le temps, recouverte par la mousse et la poussière des saisons passées. Je savais que si je bougeais le chevreuil partirait et je ne pourrais plus m’extasier devant sa beauté et sa liberté, je savais que si je trahissais mon admiration par le moindre mouvement, aussi humain et aussi sincère soit-il, il bondirait et disparaîtrait. Mais j’ai dû finir par bouger, je ne suis pas une statue, je ne suis pas un mort, et le chevreuil s’est enfui, grimpant en deux sauts extraordinaires le reste de la pente et disparaissant sous les arbres."

 

jeudi 26 mars 2015

La magie des Treilles

La semaine dernière, discutant avec une des personnes qui travaillent ici, je m'extasie sur le fonctionnement perpétuellement parfait des choses, et elle me répond aussitôt en souriant : "Oui, c'est la magie des Treilles". Elle ne plaisantait qu'à moitié, les Treilles sont un lieu presqu'en dehors du monde rationnel.

Il y a l'animation et l'énergie permanente de cette mini-ville, la présence quasi-continue de scientifiques en séminaires, notamment des biologistes, et la trace de tous ceux déjà passés ici (dont plusieurs prix Nobel). Il y a aussi le rayonnement mystérieux des œuvres d'art et des documents très particuliers abrités par la bibliothèque. Il y a enfin la topographie, un ensemble de collines culminant à 600 mètres, avec la perfection paysagère, oliviers, cyprès et pins, et la présence des animaux, chevreuils, sangliers, écureuils, salamandres et moutons, carpes koï et rouges-gorges. Sans parler des conditions d'accueil et de la disponibilité divines offertes aux invités.

Et donc des choses se passent, des théories se bâtissent, des virages se négocient, des rencontres interviennent, des échanges se font, des décisions très chinoises se prennent, et toutes sont plus incroyables les unes que les autres. La magie des Treilles opère sur moi comme sur tous ceux qui séjournent ici. Plus de détails dans les mois et les années qui viennent... 

 

mardi 24 février 2015

À Tourtour, en résidence d'auteur à la Fondation des Treilles

Je suis arrivé hier à la Fondation des Treilles, en Provence, où je suis accueilli pour une résidence d'auteur de deux mois.

La Fondation des Treilles a été créée en 1964 par la mécène Anne Gruner Schlumberger (1905-1993), notamment pour "encourager et favoriser la création dans les domaines des sciences, des lettres et des arts", et est située sur la commune de Tourtour (Var).

Il serait trop long d'entrer dans les détails, je dirai seulement que le lieu est plus que magnifique et que les conditions d'accueil des résidents sont tout bonnement parfaites.

(J'essaierai de faire chaque jour des instantanés photographiques du lieu, à suivre ici : https://instagram.com/marcpautrel)

 

lundi 29 septembre 2014

Maison Julien Gracq, journal de résidence (extrait)

Ma résidence d'auteur à la Maison Julien Gracq, en partenariat avec Écla, vient de s'achever.

J'ai donc passé le mois de septembre à Saint-Florent-le-Vieil, dans la maison qu'a occupé toute sa vie Julien Gracq et qu'il a légué à la commune en demandant expressément qu'elle n'abrite pas un musée mais au contraire un lieu de résidence pour les auteurs. Grâce à sa situation en bord de Loire et grâce à l'organisation sans faille de la directrice de la maison, Cathie Barreau, et son assistant Etienne B., et même si la comparaison entre les différents lieux est difficile, la Maison Julien Gracq est, parmi toutes les résidences que j'ai fréquenté jusqu'ici, une des plus confortables et propices au travail.

On marche longuement au bord de la Loire, sur un chemin auquel la commune a donné le nom du romancier, on croise les "plates", ces barques à fond plat, ou les "gabarres", ces petits bateaux de marchandise, et aussi les pêcheurs, parfois plus immobiles que des pierres, ainsi que les hérons cendrés qui lentement vont et viennent d'une rive à l'autre. On escalade les rues jusqu'au Mont-Glonne qui au sommet de la ville abrite l'abbaye mauriste dans laquelle un centre culturel, un amphithéâtre, un cinéma, des salles et des salles d'exposition de conférences, ont remplacé les religieux. On redescend, on fait quelques courses à l'hypermarché en limite de ville, puis retour pour lire dans un des immenses appartements ou un des grands bureaux de travail avec canapé qui fait face à la Loire. Le soir, pas un bruit, et la commune de Saint-Florent est si paisible qu'elle éteint ses éclairages publics à 23h, de sorte que si on renverse la tête vers le ciel on voit de ses propres yeux, enfin, après des années de grande ville aveuglante, le velours de la Voie Lactée au milieu d'une voute remplie de milliards d'étoiles. Si l'écriture c'est des vacances, alors ici on passe de très grandes vacances.

Voici un court extrait de mon journal de résidence :

"09.IX.2014

Ce matin, écriture (lente). Cet après-midi, j'ai été marcher sur la Promenade Julien Gracq au bord de la Loire. J'étais à peine parti que je suis tombé sur une cinquantaine de personnes âgées en fauteuils roulants poussée chacune par un accompagnateur du même âge mais valide. Curieusement, ils avançaient à un bon rythme et j'ai dû vraiment forcer le pas pour pouvoir les dépasser. La promenade est assez longue mais finit par s'éloigner progressivement de la Loire pour la longer en parallèle à dix mètres de distance. Je me suis arrêté une ou deux fois pour prendre des photos et observer attentivement le paysage et aussitôt des bruits de conversation sont réapparus au loin et j'ai vu que les fauteuils roulants se rapprochaient à nouveau. Je devais repartir si je ne voulais pas être absorbé par cette petite foule. Déjà, tout à l'heure, en les dépassant, je m'étais retrouvé au milieu de toutes ces personnes âgées et j'avais remarqué comment ils m'avaient tous dévisagé avec surprise, se demandant qui j'étais et ce que je faisais parmi eux. Enfin, au bout de la promenade, je suis arrivé sur une route départementale peu fréquentée par les voitures et j'ai atteint presqu'aussitôt la commune de Notre-Dame du Marillais, qui jouxte Saint-Florent. Il y a là une église curieuse dont le clocher et la façade sont rayées de bandes horizontales sombres, comme le sont je crois les églises orthodoxes, et qui la fait ressembler à une grande guêpe de pierre."

 

vendredi 19 septembre 2014

Maison Julien Gracq, les bords de Loire

La Maison Julien Gracq étant construite devant les anciens quais de Saint-Florent-le-Vieil et surplombant légèrement la Loire, une résidence d'auteur ici, c'est, lorsque la météo le permet comme actuellement, une ballade permanente le long du fleuve, matin, midi et soir.

À cet endroit de son cours, comme elle est séparée en deux par la grande et verte Île Batailleuse qui fait face à Saint-Florent, la Loire est plus calme et moins large qu'ailleurs. Quelques "plates", des petits barques à fond plat, sont amarrées le long du rivage. Des hérons cendrés passent d'une rive à l'autre. Sur deux ou trois kilomètres, en amont et en aval du village, un chemin étroit mais aménagé (dénommé "Promenade Julien Gracq" depuis la disparition de l'écrivain) longe les eaux.

Avec l'été indien, c'est le parcours parfait pour un auteur qui vient d'écrire une ou deux heures et a besoin de remettre ses jambes en mouvement : de l'eau, des arbres, des poissons, des barques, des oiseaux, quelques cumulus au milieu du ciel bleu, et soudain les bords de Loire deviennent une vraie machine à écrire.

 

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