CE MÉTIER DE DORMIR

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samedi 3 mai 2008

Honorer la commande

Ce n'est pas encore signé, mais c'est déjà topé. Mon deuxième livre devrait sortir au premier trimestre 2009, quatre années et une bourse CNL après le premier. C'est un roman inspiré d'une histoire vraie.

Il sera publié par une jeune maison d'édition qui est en train de construire un intéressant catalogue d'auteurs quadragénaires. Elle est bien distribuée (Belles Lettres), me donne un à-valoir, et accepte mes "10% syndical" de droits d'auteur.

Ce qui est intéressant, c'est que cette maison d'édition m'a sollicité par le biais de son directeur de collection. Pour schématiser, on m'a fait une commande. Ça se passait fin 2007 et comme je n'ai jamais publié de roman, c'était une commande flottante : j'écrivais, je donnais à lire au directeur de collection, il refusait ou il acceptait. Le corollaire, c'était que de mon côté, une fois le manuscrit achevé, je ne le proposais pas à un autre éditeur, je respectais ma dette intellectuelle, j'honorais la commande. Ce manuscrit n'aura donc circulé nulle part (seuls l'ont lu mon amoureuse, qui est ma meilleure lectrice, et mon nouvel éditeur).

Je sais quoi dire, mais que je ne sais pas comment le dire. C'est ici que la commande de texte est bienvenue. Ce que j'ai à dire, je le fais passer à l'intérieur du tuyau de la commande. Dans les trois prochains mois, il faut que j'écrive un texte pour une revue avec thème et un autre pour une exposition, et je sais déjà que je ne ferai pas ce qu'on me demande, j'en suis incapable : je ferai ce que j'ai besoin de faire, je composerai le texte dont j'ai besoin pour comprendre qui je suis.

Editeurs, vous pouvez passer commande, en règle générale je dis oui à tout.

lundi 31 mars 2008

Au miroir des auteurs classiques

Parfois, des amis me demandent pourquoi j'écris chaque mois la chronique d'une nouveauté chez les auteurs classiques, malgré le prix que ça me coûte en achats de livres (pour en choisir un, il faut en lire plusieurs), la difficulté à trouver ces rééditions et nouvelles éditions de textes d'auteurs classiques (de plus en plus rares) *, le temps que ça me prend pour lire puis écrire, en cumulant les retards mois après mois (je termine actuellement celle de février, alors que nous sommes en avril demain).


Je fais ça pour passer un texte souvent connu et que souvent je n'avais jamais lu, au filtre de ma vie quotidienne. Ces chroniques sont un journal littéraire : je me projette dans ma lecture. Je lis ce qui a été déjà lu des centaines de milliers de fois par des centaines de milliers de lecteurs et je tente d'y retrouver des traces de ma vie. Je fais comme si Voltaire, Flaubert, Saint-Simon, Michelet, Montaigne, avaient écrit pour le lecteur bizarre que je suis. Je me regarde dans le miroir des classiques. D'ailleurs, c'est une lecture subjectiviste au possible et je déconseille aux internautes de se servir de ces chroniques comme d'un corpus de référence (mieux vaut aller sur Wikipédia).

Le résultat est irrégulier, certains mois c'est presque n'importe quoi, ça a du mal à embrayer, ça se répète. D'autres mois, je fais une trouvaille tordue, je prends le texte par un biais inattendu, j'ai une fulgurance théorique, une étincelle créée par le silex de ce vieux texte.

Quoi qu'il en soit, et c'est là que je voulais en venir, l'important c'est de lire les auteurs du passé, puis de s'examiner au cours de cette lecture, et enfin d'écrire ce qu'on a vu et ressenti. Les éditeurs qui ont encore le courage de publier ce genre de textes (coup de chapeau en passant à Folio-classiques, GF-Flammarion, ou le Livre de Poche) créent une actualité qu'il faut commenter, objectivement comme un journaliste, mais aussi subjectivement comme un écrivain. L'éditeur procède à une émission, moi je transcris ma réception.

Et pour la question subsidiaire : pourquoi trouve-t-on dans mes chroniques des livres d'auteurs contemporains perdus au milieu des auteurs classiques, la réponse est : ce sont les exceptions qui confirment la règle, et aussi : je les vois comme des futurs classiques.

(*) Ceci est un appel : si vous êtes éditeur et que vous publiez un texte d'un auteur classique (jusqu'au XIXe siècle inclus), je suis intéressé par l'envoi d'un service de presse (éventuellement sous forme de fichier PDF).

jeudi 27 mars 2008

Comment s'écrivent les livres ?

Comment s'écrivent les livres ? ou plus exactement comment s'écrivent mes livres ? Je ne suis pas capable d'écrire des romans structurés, avec un début et une fin, avec des personnages et une forte cohérence. Moi, je suis quelqu'un d'incohérent. Et pourtant quelque chose tourne ! il se passe une rencontre entre le langage et la pensée, j'ai la vision d'un paysage de pensée et je le peins.


On peut parfaitement écrire des livres avec une succession de paysages que seule relie une continuité biographique. Jean Echenoz l'avait fait dans son Ravel, et un an avant lui Patrick Modiano avait publié Un pedigree. Ces deux romans font peu de révélations sur le musicien français et sur l'auteur-romancier, ils parlent d'autre chose, ils jouent une double partition. C'est un peu comme si le Nouveau Roman avait enfin découvert la poésie.

J'écris mes livres avec des morceaux, des morceaux de plus en plus petits, et pourtant les tableaux sont de plus en plus vivants. Parlant de Chardin, le peintre aux natures mortes, son contemporain Denis Diderot écrivait : "c'est la nature même ; les objets sont hors de la toile et d'un vérité à tromper les yeux". C'est mon objectif. Si j'osais, je dirais à mes lecteurs : "en me lisant vous n'avez pas voyagé ? vous n'étiez pas dedans ? alors je vous rembourse; satisfait ou remboursé" (je connais un libraire qui le fait avec ses clients).

Pour écrire mes livres, je dois vivre, voyager et rencontrer de nouvelles personnes qui me fassent changer. Je n'ai pas besoin de faire quoi que ce soit d'autre, même pas de prendre des notes : ma très mauvaise mémoire, qui oublie l'essentiel pour se concentrer sur l'accessoire, filtre la vie pour moi. Plus tard, il suffit de raconter ce qui s'est passé, ce qui s'est passé et rien d'autre, sans jugement postérieur ni interprétation.

Mais vivre prend beaucoup de temps et use la carcasse qui est aussi celle qui sera ensuite chargée d'écrire. Et on n'est pas certain qu'on aura assez de temps pour le faire.

PS : au final, ce que j'écris est tellement curieux que tout le monde voudrait me publier (trois éditeurs récemment : "je fais suivre", "je vois et je vous dis", "compliqué à éditer") mais que personne ne le fait.

lundi 10 mars 2008

Merci de ne pas m'envoyer de manuscrit

À mesure que la fréquentation de ce blog augmente, je reçois de plus en plus de mails d'auteurs qui cherchent à publier et qui me demandent des conseils. Certains m'adressent également en fichier attaché des manuscrits. S'il vous plaît, ne m'envoyez pas de manuscrit.

J'ai longtemps cherché à publier et aujourd'hui encore j'ai des manuscrits qui circulent sans trouver aucun éditeur, donc je comprends parfaitement la situation de l'auteur non publié et qui essaie par tous les moyens de trouver une prise sur la paroi (la littérature, parfois, c'est un peu de la varappe), une petite aide, un conseil.

Il peut m'arriver de donner mon avis à des (modestes) éditeurs ou responsables de (modestes) revues que je connais quand ils me font part de leur enthousiasme sur un manuscrit. Mais je ne suis pas du tout la personne qu'il faut pour les sélectionner, les faire retravailler, ou les défendre. Je ne suis pas éditeur, je ne dirige pas de collection, je ne suis pas "lecteur", je ne suis ami ni avec X. ni avec Y. (au passage : inutile de me demander comment contacter "directement" le célèbre auteur dirigeant la revue parisienne dans laquelle ont été publiés certains de mes textes, faites comme moi : écrivez ou téléphonez).

Martin Winckler a mis en ligne sur son blog une page intitulée "Pourquoi il ne faut pas m’envoyer votre manuscrit... ". Les raisons qu'il donne sont à peu près les mêmes que les miennes.

Pour résumer, merci de ne pas m'envoyer de manuscrit, tout simplement parce que

  • je n'ai pas le temps de les lire
  • je ne suis pas bon juge (pas éditeur)
  • l'écriture est une chose trop intime pour autoriser les conseils

Le mieux à faire pour ceux dont les manuscrits sont refusés par les éditeurs, c'est de mettre des textes en ligne, sous une forme adaptée à Internet, en ouvrant par exemple un blog. La chaîne des lecteurs se créera d'elle-même si les textes possèdent leur force.

 

dimanche 10 février 2008

J'écris plus vite que je ne publie

Je suis gavé de travail, actuellement. Je termine à peine un manuscrit, dont on m'a suggéré l'écriture sans rien me promettre, et je plonge à nouveau dans un autre projet, là encore sollicité, même si complètement différent.

Depuis un an, je n'ai plus arrêté, j'ai accumulé les travaux et pourtant bizarrement je n'ai rien publié (*). Le manuscrit d'une version remaniée du Carnet, bouclé en décembre. Puis ce manuscrit que je viens de terminer. Puis ce nouveau projet, encore flou mais qui se dessine d'heure en heure. J'enchaîne les manuscrits les uns après les autres sans avoir le temps de me refroidir, et j'oublie de consacrer du temps à les publier.

"Ecrire est reposant, publier est crevant"
note Philippe Sollers dans ses Mémoires. C'est vrai, je n'ai plus le courage de me battre pour être publié. Voici donc le paradoxe : je me désintéresse progressivement de la publication traditionnelle parce qu'elle m'a épuisé par ses hésitations. Je l'ai raconté : trouver un éditeur papier, c'est pire que faire un Voyage jusqu'à la planète Mars. Un collègue me dit : "Ecris des romans, c'est l'indispensable compromis". A quoi je lui réponds : "On écrit ce qu'on sait écrire". Ma vie ce n'est pas la publication, ma vie c'est l'écriture. Alors je vis.

(*) "Publié" au sens livre papier, puisque fin décembre 2007 Publie.net a publié en livre numérique ma
Vie des écrivains classiques.

mardi 1 janvier 2008

Voeu pour 2008 : ajouter un jour de plus

Plein de voeux pour 2008 à tous, en particulier à ceux qui lisent ce blog depuis le bout du monde, je souhaite :

1. l'amour,

2. la littérature,

3. la santé,

4. la richesse

(moi je fonctionne dans cet ordre-là, modifiez si vous voulez).

Et aussi, un autre souhait, à exaucer comme un voeu : que 2008 contienne un jour de plus que 2007 (qui, à mon humble avis, en contenait déjà un de plus que 2006), histoire de faire durer toujours plus longtemps les choses...

PS : petit tour des voeux des blogs amis : Berlol, François Bon, Lignes de fuite, Laure Limongi...

lundi 8 octobre 2007

Divers : signature de la pétition "Touche pas à mon ADN"

Pour information, j'ai signé hier la pétition "Touche pas à mon ADN" demandant au Parlement de ne pas autoriser le recours aux tests ADN pour prouver une filiation lors d'un regroupement familial. Cette association des mots "ADN" et "immigration" est à mes yeux purement et simplement raciste.

 

vendredi 28 septembre 2007

Ecrire un livre comme une apnée

Chloé Delaume vient de mettre en ligne ce qui sera peut-être le début de son futur roman, Le livre des morts (très bon titre, tibéto-égytien). Elle commente le rythme de l'écriture de ce nouveau livre :

"J'ignore encore comment organiser ces histoires. Je voudrais une apnée, tout de suite. Mais j'ai jusqu'à dimanche pour conclure avec ça [un autre chantier]."

Oui, une apnée. C'est comme ça que dans l'idéal il faudrait écrire les livres. Je l'ai fait une fois, fin 2006, pour un livre privé non publié. J'en avais parlé ici. Le problème, c'est que dans mon cas le résultat est inégal.


Construire un livre, c'est l'enfer, purement et simplement. Lire, écrire, c'est facile. Construire, c'est impossible. Un plan ? je ne le respecte pas, je mélange tout. Pas de plan ? je perds le fil, je dérive et m'éloigne du sujet. L'autre souci, c'est que le texte mute, sans cesse il évolue, en fait il vit, comme une bactérie.


Le maillage de la construction doit peut-être, finalement, être le plus fin possible : seule la phrase, seul le mot. Après avoir échoué dans les romans (je crois que je peux mettre au défi quiconque de ma génération, d'avoir fini par publier après autant de lettres de refus d'éditeurs, j'en aurai reçu des centaines, j'étais blacklisté partout, dix-huit années de refus, oui, vous avez bien lu : 18), après avoir échoué dans le roman, j'ai réduit le maillage. Je suis arrivé à une unité narrative plus petite, par trois ou quatre pages à chaque fois, et ça a donné des récits, ou des nouvelles, appelez ça comme vous voulez. Puis depuis huit mois j'ai encore réduit, cette fois au minimum, maillage le plus fin possible, une véritable soie, fil à fil, des simples phrases, celles du Carnet, construction par sédimentation. Je suppose que dans un an, je n'écrirais plus que des mots.


Mais je ne désespère pas : le Formation de Pierre Guyotat est très instructif, le Modiano arrive (et je connais par coeur mon Pedigree), et je peux aussi fouiller Jean Santeuil et Casanova. Les expériences vont continuer dans la laboratoire.


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