CE MÉTIER DE DORMIR

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jeudi 7 mai 2009

Sortie de "L'homme pacifique" (Ed. Gallimard)

Mise en vente aujourd'hui de L'homme pacifique, Éditions Gallimard, collection L'Infini, 66 pages, 10,50 €.

Il faudrait plus qu'un billet de blog pour raconter l'histoire à rebondissements de ce court texte, les mystères de son écriture, sa destination d'abord privée, sa découverte fortuite par un collègue et grand aîné qui m'incite à le rendre public, son passage à l'état de manuscrit, et enfin sa publication par Philippe Sollers chez Gallimard.

La quatrième de couverture :

    "C'est un homme trop doué pour son espace de vie, né aux pieds d'un immense château-fort au cœur d'une petite ville, et qui subit sans plainte année après année les mauvais coups du sort. Mais il ne cède pas à la colère, il refuse cette guerre que lui font les fantômes. Avec sa femme, il part habiter aux portes de la ville : il construit face à la forêt et s'entoure de secrets.
    Il marche dans la ville, il parle à tous ceux qu'il rencontre, il regarde, il écoute, il parle encore, il entretient sa mémoire, il garde le souvenir des lieux et de leurs habitants, il les connaît tous et il n'oublie jamais rien. Il se cache dans la forêt et envie ces milliers d'arbres qui soutiennent le ciel."

samedi 18 avril 2009

Lenteur

Certains auteurs sont capables d'écrire un livre par an tout en occupant un travail salarié à plein temps; moi, je n'ai pas de deuxième métier et malgré tout je n'arrive pas à écrire à la moitié de cette vitesse.

En ce moment, c'est encore pire : je ne progresse que de quelques mots chaque matin. J'avance pour ainsi dire à reculons. Mon rythme d'écriture est de plus en plus affligeant. Maintenant, pour un livre publié j'en écris trois. Je mets un an à produire un premier jet que je réécris ensuite depuis zéro avant de revenir finalement au premier état. J'écris avec une scandaleuse lenteur.

Cette longueur de temps, ces 22 années exclusivement passées à écrire avant de publier mon (mes) premier(s) roman(s), participe sans doute du choix des sujets et des histoires racontées, des livres écrits. C'est le texte qui aura résisté au temps qui sera publié. Je suis lent. Mais je suis déterminé.

mardi 7 avril 2009

Vie des écrivains classiques, version 1.2

La vie des écrivains classiques, le petit "essai" (je crois qu'essai est le bon terme) donné fin 2007 à Publie.net, est remis en ligne dans une version révisée 1.2 avec nouvelle mise en page et beau caractère Garamond (30 pages, 1,30 € le fichier numérique PDF ou eBook). 

Dans le monde de l'édition papier, il faudrait épuiser la totalité du premier tirage pour pouvoir réviser le texte à l'occasion d'une réimpression - et encore, pas toujours -. Dans le monde du livre numérique, une mise à jour des formats permet, quand l'éditeur a comme ici la délicatesse de le proposer à l'auteur, de relire, corriger, réviser le texte.

Je n'ai fait que de très minimes corrections mais ça m'a permis de relire ce texte à presque deux ans d'intervalle et je continue de l'assumer. Et merci à François d'avoir créé Publie.net, coopérative d'auteurs, content d'en être pour continuer à signifier que je tiens à mon statut d'auteur.

samedi 21 mars 2009

Un blog avec RSS pour le carnet

Petit message de service à propos de mon carnet en ligne.

Il déménage et a désormais son propre blog : http://carnet.marcpautrel.net/ avec flux RSS. Toujours le même hébergement, celui des "Gandiblog" de Gandi.net dont la philosophie me plaît*. Les archives 2007, 2008 et 2009 du carnet restent disponibles à l'ancienne adresse.

(* Pour en savoir plus sur Gandi.net, lire Confessions d'un voleur (Internet : la liberté confisquée) de Laurent Chemla, un de ses fondateurs).

mardi 17 mars 2009

Sortie de "Je suis une surprise" (Ed. Atelier In8)

Mise en vente aujourd'hui de Je suis une surprise, Editions Atelier In8, 128 pages, 12 €.

La quatrième de couverture est en ligne sur le site des inuits.

Et un remerciement spécial à Claude Chambard, directeur de la collection Alter & Ego qui accueille ce texte, pour m'avoir fait confiance et commandé ce texte dès 2007.

samedi 21 février 2009

Epreuves furtives

Les épreuves de L'homme pacifique étaient perdues ! le livreur express ayant fait son travail en dilettante, pendant trois jours on les a cherchées, et lundi matin j'ai même cru sentir souffler durant quelques secondes une petite brise d'inquiétude rue Sébastien-Bottin.

Finalement, on les a retrouvées, et avec cinq jours de retard j'ai pu les corriger, elles sont reparties chez Gallimard hier. Mais un moment ça m'a privé de sommeil et j'ai découvert à cette occasion combien j'étais attaché viscéralement à ce livre et combien la moindre petite chose qui pouvait menacer sa publication me rendait comme fou.

C'est donc un roman, sortie prévue en mai, la quatrième de couverture sera bientôt en ligne sur le site de l'éditeur.

mardi 10 février 2009

Laboratoire

Comme tous les scientifiques, mathématiciens, biologistes, physiciens, les écrivains ont leur laboratoire de recherche, un coin à part où ils essaient un peu tout et n'importe quoi, où ils se mettent en roue libre pour faire bouger les choses. Mon laboratoire à moi, c'est le carnet.


Je travaille depuis 6 mois sur ce qui sera plus tard mon prochain livre, et bien sûr comme toujours ça se passe mal, j'en suis déjà à la cinquième version et il y a un mois j'ai dû supprimer les deux derniers tiers du texte et commencer à réécrire toute cette partie depuis zéro. Or, chaque soir au coucher, je prends des notes sur un petit carnet et je les stocke en ligne. Ce carnet, c'est mon état d'esprit présent, j'y décris mon sentiment de l’instant.

Il y a quelques jours, j'ai trouvé dans ce carnet de quoi approfondir le futur livre (qui sortira dans longtemps, 2010, peut-être 2011, et si mon éditeur l'accepte). J'ai trouvé soudainement une porte, j'ai découvert parmi les fragments quotidiens du carnet, au milieu des innombrables pistes sans lendemain, quelque chose qui pouvait densifier l'autre texte, lui offrir une nouvelle dimension. Comme quoi, le laboratoire a son utilité, ce carnet mis en ligne chaque jour, immédiatement et sans corrections ultérieures, sert à quelque chose, quand bien même ce ne serait qu'à l'écriture de mes propres livres.

mercredi 14 janvier 2009

Dans le miroir

Comme je l'expliquais l'autre jour, la couverture de mon prochain livre est illustrée avec mon visage.

Je pensais y échapper mais il y a un mois chez l'éditeur on m'a rappelé le principe : "les couvertures de la collection dans laquelle paraîtra votre ouvrage sont illustrées avec l'image de l'alter ego dont il est question dans le roman. En l'occurrence vous." Le premier volume de la collection, Avenue de la mer, une évocation de Marguerite Duras par Michèle Sales, montre effectivement en couverture le visage de l'auteur du Barrage contre le Pacifique.

Dans la collection Alter & Ego, l'auteur parle du grand Autre qu'il connaît depuis longtemps et qui le fascine, par exemple un artiste, un personnage historique, un super-héros, etc. J'ai toujours eu l'impression d'être moi-même un Autre, j'ai donc écrit sur le sentiment de non-appartenance qui s'attache aux souvenirs, j'ai raconté comment mon passé me paraissait appartenir à un autre, et que j'étais redevable à cet autre de la surprise qu'il me procurait.

Hier, In8 m'a envoyé la couverture du livre et c'est quand même un choc. Ca fait très bizarre de se voir ainsi soi-même en couverture, sur le recto du livre. Je sens qu'on va encore me traiter d'autocentré. Du coup, j'ai cherché les auteurs contemporains ayant leur portrait en couverture d'un ouvrage de fiction et je n'en ai pas trouvé tellement (essentiellement Christine Angot et Amélie Nothomb). Peut-être est-ce parce que se regarder soi n'est pas un exercice facile, qu'il faut apprendre à le faire, et même avoir le courage de se regarder les yeux dans les yeux. On devrait ajouter au petit questionnaire qui plaisait tellement à Proust cette question : "Que ressentez-vous lorsque vous vous regardez dans le miroir ?". Moi, je connais ma réponse.

mardi 23 décembre 2008

Épreuves ensoleillées

Les épreuves du prochain livre à paraître chez les "inuits" (Atelier In8) sont là.

C'est un de mes moments préférés dans ce métier d'écrivain, celui où on voit son texte préparé : la typographie (ici, un caractère Didot, c'est culotté comme choix et vraiment ça a beaucoup d'allure) et la mise en page (ici, de grandes marges, un texte tout en hauteur, grand confort de lecture), toute la maquette du livre tel qu'il sera disponible dans quelques semaines.

Pour mon premier livre, il y a quatre ans, je corrigeais les épreuves au même moment de l'année, fin décembre, et je me souviens que le temps était couvert, maussade, humide et très froid. Cette année, grand soleil sur les pages et vaste vent d'hiver, je vois bien que les choses ont changé dans ma vie.

Le livre sortira le 17 mars seulement, mais il est imprimé dès janvier. C'est un texte de commande pour la collection Alter & Ego dont le directeur, Claude Chambard, m'a parlé dès juin 2007, texte ensuite écrit fin 2007 début 2008 : une sorte d'OVNI, un texte souverainement bordelais au sens où il se situe dans le prolongement de Montaigne ("Que sais-je ?"). Un journal du sud-ouest l'a présenté la semaine dernière comme "une histoire un peu schizophrène", et pourquoi pas, en effet. Ca s'appelle Je suis une surprise, et la surprise pour moi, ça a été de savoir qu'en outre, le visage présent sur la couverture serait le mien...

La quatrième de couverture :

"On trouvera ici, une table de ping-pong, une grosse enveloppe de la NASA, un fusil, une part de flan renversée, de nombreuses heures de colle, des diapositives du Sahara, un crâne humain exhumé et brisé, plusieurs vélos, un hôpital psychiatrique, un petit carnet décrivant la planète Mars, un voyage éclair à Bruges et un autre à Venise, des pins parasols, un immense bateau et un minuscule voilier. Et aussi, sans cesse, partout sous les pieds du narrateur, des caves sombres pleines de bouteilles. Autant d’étranges souvenirs que Marc Pautrel interroge pour nous dire : “Je est un autre, je est une surprise… j’écris, je suis une surprise.”

mardi 4 novembre 2008

Où je vais

Je décélère quelques semaines avant de repartir à plein régime pour une nouvelle année qui sera assurément riche.

Je dois publier deux livres au premier semestre 2009. Cela fera quatre ans que je n'avais plus sorti aucun ouvrage papier (depuis 2005). Le premier livre, un roman, sortira en mars 2009 chez Atelier in8 (Pau); le deuxième, également un roman, sortira en mai 2009 chez Gallimard.

Jusqu'ici ma vie profesionnelle hantée par les difficultés éditoriales avait dévoré ma vie personnelle, espérons que les choses vont s'inverser, que ma vie personnelle aura enfin raison de ma vie professionnelle. Ecrire des livres, c'est magnifique, c'est délicieux, mais ça n'est pas une vie suffisante, ça n'est pas la vie intégrale.

mardi 14 octobre 2008

J'ai un nouvel éditeur

Heureuse surprise ce matin, entre le travail acharné sur un nouveau manuscrit et les obligations pénibles de la précarité : une grande maison d'édition accueille un de mes textes qui deviendra livre en mai 2009.

Plus de détails dans quelques jours. Très belle journée, donc, et d'ores et déjà très belle année 2008...

lundi 4 août 2008

Monter, descendre

Eté studieux à écrire et corriger.

Je suis dans une petite ville du sud, en face de la montagne, et dans laquelle on passe son temps à monter et descendre le long des petites ruelles. Devant la fenêtre, il y a un très joli dôme qui surplombe la ville et la vallée.

Je lis également des livres que j'aurais dû lire depuis des années, comme le superbe R. de Céline Minard (Ed. Comp'Act, 2004) emprunté à la bibliothèque municipale (au catalogue remarquable). Dans cette épopée, entre autres morceaux de bravoure, Céline Minard écrit par exemple : "plongé encore dans le ravissement que m'avait procuré en rêve une partie de musique extraordinaire" (p.19), ou encore : "écoutez un coeur si plein qu'un rien le pourrait faire éclater" (p.55).

lundi 14 juillet 2008

Où j'en suis

Ces six derniers mois ont donc été incroyables. 


J'ai écrit tout d'abord un premier texte, Je suis une surprise, manuscrit de forme libre et plus ou moins romanesque, qui paraîtra en 2009 aux Éditions Atelier In8 dans la collection Alter & Ego (dirigée par Claude Chambard). Puis j'ai écrit un deuxième texte, très complexe, qui nécessite encore un long travail, mais changera totalement de ce que je faisais auparavant. J'ai également mis en forme les fragments du Carnet de 2007 et la moitié du manuscrit qu'ils constituent maintenant est parue sous le titre Le seul fou dans le N° 3.4 de la revue d'Henri Poncet Passages à l'Act. Toujours dans les revues, deux autres textes doivent paraître à la rentrée 2008, dont un à sujet imposé : le corps.

Comme la vie est démesurée, j'ai aussi fait une rencontre amoureuse, et chose inimaginable pour moi jusque là, cette femme est un écrivain, et un de mes auteurs préférés. Les écrivains sont doués pour la vie, je l'ai toujours su, j'en ai confirmation chaque minute.

Normalement, là où j'en suis, il faudrait souffler, se poser un peu, mais au contraire les choses s'accélèrent et les projets littéraires se multiplient, suscités par le contact avec de nouvelles personnes et de nouveaux paysages. Et tout cela, bien sûr, un jour je le raconterai.

lundi 30 juin 2008

Nuage du carnet

Pour le dernier jour de juin, petit jeu : inclusion du texte du Carnet dans la machine à fabriquer des "nuages de mots" : Wordle. Il en ressort ce nuage de carnet, très révélateur :

En version intégrale, on obtient ça.

Et merci à François Bon, qui sait toujours tout avant les autres, et nous a fait découvrir Wordle sur son blog|journal du matin.

mardi 3 juin 2008

Empilement des projets = ralentissement du blog

Depuis quelques mois le rythme s'accélère et là cette fois, je n'arrive plus à dégager assez de temps pour écrire ici les billets que je devrais (par exemple à propos des récentes attaques contre la loi Lang sur le prix unique du livre).

Je suis entraîné par l'empilement des projets : des textes pour des revues, la réécriture fastidieuse d'un récit publié hors commerce, ou la mise au clair d'un gros livre en cours d'écriture. C'est pour ça que le blog se ralentit. Possible également que je suspende la chronique mensuelle.

J'aimerais tellement avoir mille bras, mais je n'y arrive pas encore...

lundi 5 mai 2008

Il y a quelque chose pour moi dans ce livre-là

C'est un livre que j'ai déjà lu, et peut-être même deux fois. Je m'étais replongé dedans par hasard il y a quelques semaines.


Je l'ai lu une nouvelle fois ces jours derniers. En quelques secondes, au bout de deux phrases, j'ai vu qu'était cachée dans ses pages une carte au trésor qui menait à une idée déposée là exprès pour moi (chaque lecteur passé et à venir bénéficie de la même chance). Il y a quelque chose pour moi dans ce livre-là.

Pendant que je lis les pages de cet ouvrage, je vois une personne, de sexe indéterminé, qui me regarde et sourit en pointant du doigt la tranche du volume. Elle veut me délivrer un message : je dois trouver ce que j'ai à écrire, je dois entrer dans le corps du texte et le fouiller à pleine main pour saisir entre mon pouce et mon index le diamant, non pas le diamant du livre (c'est une rivière de diamants, un fleuve de diamants, un incommensurable diamant liquide) mais celui qui m'est destiné, l'étincelle de mots qui a été écrite pour moi. Lorsque je l'aurai trouvée (et je sais que je ne suis plus très loin), il me suffira d'écrire d'une traite, en deux mois, ce que j'ai vu, d'expliquer les choses le plus simplement et méthodiquement possible, comme un convive lors d'un dîner raconte une anecdote qui lui est arrivée : il était une fois.

Et je crois que l'auteur de ce livre déjà écrit adore ça, je crois qu'il a publié son ouvrage pour ça, pour être exploré et faire naître d'autres livres à sa suite.

samedi 3 mai 2008

Honorer la commande

Ce n'est pas encore signé, mais c'est déjà topé. Mon deuxième livre devrait sortir au premier trimestre 2009, quatre années et une bourse CNL après le premier. C'est un roman inspiré d'une histoire vraie.

Il sera publié par une jeune maison d'édition qui est en train de construire un intéressant catalogue d'auteurs quadragénaires. Elle est bien distribuée (Belles Lettres), me donne un à-valoir, et accepte mes "10% syndical" de droits d'auteur.

Ce qui est intéressant, c'est que cette maison d'édition m'a sollicité par le biais de son directeur de collection. Pour schématiser, on m'a fait une commande. Ça se passait fin 2007 et comme je n'ai jamais publié de roman, c'était une commande flottante : j'écrivais, je donnais à lire au directeur de collection, il refusait ou il acceptait. Le corollaire, c'était que de mon côté, une fois le manuscrit achevé, je ne le proposais pas à un autre éditeur, je respectais ma dette intellectuelle, j'honorais la commande. Ce manuscrit n'aura donc circulé nulle part (seuls l'ont lu mon amoureuse, qui est ma meilleure lectrice, et mon nouvel éditeur).

Je sais quoi dire, mais que je ne sais pas comment le dire. C'est ici que la commande de texte est bienvenue. Ce que j'ai à dire, je le fais passer à l'intérieur du tuyau de la commande. Dans les trois prochains mois, il faut que j'écrive un texte pour une revue avec thème et un autre pour une exposition, et je sais déjà que je ne ferai pas ce qu'on me demande, j'en suis incapable : je ferai ce que j'ai besoin de faire, je composerai le texte dont j'ai besoin pour comprendre qui je suis.

Editeurs, vous pouvez passer commande, en règle générale je dis oui à tout.

lundi 31 mars 2008

Au miroir des auteurs classiques

Parfois, des amis me demandent pourquoi j'écris chaque mois la chronique d'une nouveauté chez les auteurs classiques, malgré le prix que ça me coûte en achats de livres (pour en choisir un, il faut en lire plusieurs), la difficulté à trouver ces rééditions et nouvelles éditions de textes d'auteurs classiques (de plus en plus rares) *, le temps que ça me prend pour lire puis écrire, en cumulant les retards mois après mois (je termine actuellement celle de février, alors que nous sommes en avril demain).


Je fais ça pour passer un texte souvent connu et que souvent je n'avais jamais lu, au filtre de ma vie quotidienne. Ces chroniques sont un journal littéraire : je me projette dans ma lecture. Je lis ce qui a été déjà lu des centaines de milliers de fois par des centaines de milliers de lecteurs et je tente d'y retrouver des traces de ma vie. Je fais comme si Voltaire, Flaubert, Saint-Simon, Michelet, Montaigne, avaient écrit pour le lecteur bizarre que je suis. Je me regarde dans le miroir des classiques. D'ailleurs, c'est une lecture subjectiviste au possible et je déconseille aux internautes de se servir de ces chroniques comme d'un corpus de référence (mieux vaut aller sur Wikipédia).

Le résultat est irrégulier, certains mois c'est presque n'importe quoi, ça a du mal à embrayer, ça se répète. D'autres mois, je fais une trouvaille tordue, je prends le texte par un biais inattendu, j'ai une fulgurance théorique, une étincelle créée par le silex de ce vieux texte.

Quoi qu'il en soit, et c'est là que je voulais en venir, l'important c'est de lire les auteurs du passé, puis de s'examiner au cours de cette lecture, et enfin d'écrire ce qu'on a vu et ressenti. Les éditeurs qui ont encore le courage de publier ce genre de textes (coup de chapeau en passant à Folio-classiques, GF-Flammarion, ou le Livre de Poche) créent une actualité qu'il faut commenter, objectivement comme un journaliste, mais aussi subjectivement comme un écrivain. L'éditeur procède à une émission, moi je transcris ma réception.

Et pour la question subsidiaire : pourquoi trouve-t-on dans mes chroniques des livres d'auteurs contemporains perdus au milieu des auteurs classiques, la réponse est : ce sont les exceptions qui confirment la règle, et aussi : je les vois comme des futurs classiques.

(*) Ceci est un appel : si vous êtes éditeur et que vous publiez un texte d'un auteur classique (jusqu'au XIXe siècle inclus), je suis intéressé par l'envoi d'un service de presse (éventuellement sous forme de fichier PDF).

jeudi 27 mars 2008

Comment s'écrivent les livres ?

Comment s'écrivent les livres ? ou plus exactement comment s'écrivent mes livres ? Je ne suis pas capable d'écrire des romans structurés, avec un début et une fin, avec des personnages et une forte cohérence. Moi, je suis quelqu'un d'incohérent. Et pourtant quelque chose tourne ! il se passe une rencontre entre le langage et la pensée, j'ai la vision d'un paysage de pensée et je le peins.


On peut parfaitement écrire des livres avec une succession de paysages que seule relie une continuité biographique. Jean Echenoz l'avait fait dans son Ravel, et un an avant lui Patrick Modiano avait publié Un pedigree. Ces deux romans font peu de révélations sur le musicien français et sur l'auteur-romancier, ils parlent d'autre chose, ils jouent une double partition. C'est un peu comme si le Nouveau Roman avait enfin découvert la poésie.

J'écris mes livres avec des morceaux, des morceaux de plus en plus petits, et pourtant les tableaux sont de plus en plus vivants. Parlant de Chardin, le peintre aux natures mortes, son contemporain Denis Diderot écrivait : "c'est la nature même ; les objets sont hors de la toile et d'un vérité à tromper les yeux". C'est mon objectif. Si j'osais, je dirais à mes lecteurs : "en me lisant vous n'avez pas voyagé ? vous n'étiez pas dedans ? alors je vous rembourse; satisfait ou remboursé" (je connais un libraire qui le fait avec ses clients).

Pour écrire mes livres, je dois vivre, voyager et rencontrer de nouvelles personnes qui me fassent changer. Je n'ai pas besoin de faire quoi que ce soit d'autre, même pas de prendre des notes : ma très mauvaise mémoire, qui oublie l'essentiel pour se concentrer sur l'accessoire, filtre la vie pour moi. Plus tard, il suffit de raconter ce qui s'est passé, ce qui s'est passé et rien d'autre, sans jugement postérieur ni interprétation.

Mais vivre prend beaucoup de temps et use la carcasse qui est aussi celle qui sera ensuite chargée d'écrire. Et on n'est pas certain qu'on aura assez de temps pour le faire.

PS : au final, ce que j'écris est tellement curieux que tout le monde voudrait me publier (trois éditeurs récemment : "je fais suivre", "je vois et je vous dis", "compliqué à éditer") mais que personne ne le fait.

lundi 10 mars 2008

Merci de ne pas m'envoyer de manuscrit

À mesure que la fréquentation de ce blog augmente, je reçois de plus en plus de mails d'auteurs qui cherchent à publier et qui me demandent des conseils. Certains m'adressent également en fichier attaché des manuscrits. S'il vous plaît, ne m'envoyez pas de manuscrit.

J'ai longtemps cherché à publier et aujourd'hui encore j'ai des manuscrits qui circulent sans trouver aucun éditeur, donc je comprends parfaitement la situation de l'auteur non publié et qui essaie par tous les moyens de trouver une prise sur la paroi (la littérature, parfois, c'est un peu de la varappe), une petite aide, un conseil.

Il peut m'arriver de donner mon avis à des (modestes) éditeurs ou responsables de (modestes) revues que je connais quand ils me font part de leur enthousiasme sur un manuscrit. Mais je ne suis pas du tout la personne qu'il faut pour les sélectionner, les faire retravailler, ou les défendre. Je ne suis pas éditeur, je ne dirige pas de collection, je ne suis pas "lecteur", je ne suis ami ni avec X. ni avec Y. (au passage : inutile de me demander comment contacter "directement" le célèbre auteur dirigeant la revue parisienne dans laquelle ont été publiés certains de mes textes, faites comme moi : écrivez ou téléphonez).

Martin Winckler a mis en ligne sur son blog une page intitulée "Pourquoi il ne faut pas m’envoyer votre manuscrit... ". Les raisons qu'il donne sont à peu près les mêmes que les miennes.

Pour résumer, merci de ne pas m'envoyer de manuscrit, tout simplement parce que

  • je n'ai pas le temps de les lire
  • je ne suis pas bon juge (pas éditeur)
  • l'écriture est une chose trop intime pour autoriser les conseils

Le mieux à faire pour ceux dont les manuscrits sont refusés par les éditeurs, c'est de mettre des textes en ligne, sous une forme adaptée à Internet, en ouvrant par exemple un blog. La chaîne des lecteurs se créera d'elle-même si les textes possèdent leur force.

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