CE MÉTIER DE DORMIR

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mardi 3 juin 2008

Empilement des projets = ralentissement du blog

Depuis quelques mois le rythme s'accélère et là cette fois, je n'arrive plus à dégager assez de temps pour écrire ici les billets que je devrais (par exemple à propos des récentes attaques contre la loi Lang sur le prix unique du livre).

Je suis entraîné par l'empilement des projets : des textes pour des revues, la réécriture fastidieuse d'un récit publié hors commerce, ou la mise au clair d'un gros livre en cours d'écriture. C'est pour ça que le blog se ralentit. Possible également que je suspende la chronique mensuelle.

J'aimerais tellement avoir mille bras, mais je n'y arrive pas encore...

samedi 3 mai 2008

Honorer la commande

Ce n'est pas encore signé, mais c'est déjà topé. Mon deuxième livre devrait sortir au premier trimestre 2009, quatre années et une bourse CNL après le premier. C'est un roman inspiré d'une histoire vraie.

Il sera publié par une jeune maison d'édition qui est en train de construire un intéressant catalogue d'auteurs quadragénaires. Elle est bien distribuée (Belles Lettres), me donne un à-valoir, et accepte mes "10% syndical" de droits d'auteur.

Ce qui est intéressant, c'est que cette maison d'édition m'a sollicité par le biais de son directeur de collection. Pour schématiser, on m'a fait une commande. Ça se passait fin 2007 et comme je n'ai jamais publié de roman, c'était une commande flottante : j'écrivais, je donnais à lire au directeur de collection, il refusait ou il acceptait. Le corollaire, c'était que de mon côté, une fois le manuscrit achevé, je ne le proposais pas à un autre éditeur, je respectais ma dette intellectuelle, j'honorais la commande. Ce manuscrit n'aura donc circulé nulle part (seuls l'ont lu mon amoureuse, qui est ma meilleure lectrice, et mon nouvel éditeur).

Je sais quoi dire, mais que je ne sais pas comment le dire. C'est ici que la commande de texte est bienvenue. Ce que j'ai à dire, je le fais passer à l'intérieur du tuyau de la commande. Dans les trois prochains mois, il faut que j'écrive un texte pour une revue avec thème et un autre pour une exposition, et je sais déjà que je ne ferai pas ce qu'on me demande, j'en suis incapable : je ferai ce que j'ai besoin de faire, je composerai le texte dont j'ai besoin pour comprendre qui je suis.

Editeurs, vous pouvez passer commande, en règle générale je dis oui à tout.

lundi 31 mars 2008

Au miroir des auteurs classiques

Parfois, des amis me demandent pourquoi j'écris chaque mois la chronique d'une nouveauté chez les auteurs classiques, malgré le prix que ça me coûte en achats de livres (pour en choisir un, il faut en lire plusieurs), la difficulté à trouver ces rééditions et nouvelles éditions de textes d'auteurs classiques (de plus en plus rares) *, le temps que ça me prend pour lire puis écrire, en cumulant les retards mois après mois (je termine actuellement celle de février, alors que nous sommes en avril demain).


Je fais ça pour passer un texte souvent connu et que souvent je n'avais jamais lu, au filtre de ma vie quotidienne. Ces chroniques sont un journal littéraire : je me projette dans ma lecture. Je lis ce qui a été déjà lu des centaines de milliers de fois par des centaines de milliers de lecteurs et je tente d'y retrouver des traces de ma vie. Je fais comme si Voltaire, Flaubert, Saint-Simon, Michelet, Montaigne, avaient écrit pour le lecteur bizarre que je suis. Je me regarde dans le miroir des classiques. D'ailleurs, c'est une lecture subjectiviste au possible et je déconseille aux internautes de se servir de ces chroniques comme d'un corpus de référence (mieux vaut aller sur Wikipédia).

Le résultat est irrégulier, certains mois c'est presque n'importe quoi, ça a du mal à embrayer, ça se répète. D'autres mois, je fais une trouvaille tordue, je prends le texte par un biais inattendu, j'ai une fulgurance théorique, une étincelle créée par le silex de ce vieux texte.

Quoi qu'il en soit, et c'est là que je voulais en venir, l'important c'est de lire les auteurs du passé, puis de s'examiner au cours de cette lecture, et enfin d'écrire ce qu'on a vu et ressenti. Les éditeurs qui ont encore le courage de publier ce genre de textes (coup de chapeau en passant à Folio-classiques, GF-Flammarion, ou le Livre de Poche) créent une actualité qu'il faut commenter, objectivement comme un journaliste, mais aussi subjectivement comme un écrivain. L'éditeur procède à une émission, moi je transcris ma réception.

Et pour la question subsidiaire : pourquoi trouve-t-on dans mes chroniques des livres d'auteurs contemporains perdus au milieu des auteurs classiques, la réponse est : ce sont les exceptions qui confirment la règle, et aussi : je les vois comme des futurs classiques.

(*) Ceci est un appel : si vous êtes éditeur et que vous publiez un texte d'un auteur classique (jusqu'au XIXe siècle inclus), je suis intéressé par l'envoi d'un service de presse (éventuellement sous forme de fichier PDF).

jeudi 27 mars 2008

Comment s'écrivent les livres ?

Comment s'écrivent les livres ? ou plus exactement comment s'écrivent mes livres ? Je ne suis pas capable d'écrire des romans structurés, avec un début et une fin, avec des personnages et une forte cohérence. Moi, je suis quelqu'un d'incohérent. Et pourtant quelque chose tourne ! il se passe une rencontre entre le langage et la pensée, j'ai la vision d'un paysage de pensée et je le peins.


On peut parfaitement écrire des livres avec une succession de paysages que seule relie une continuité biographique. Jean Echenoz l'avait fait dans son Ravel, et un an avant lui Patrick Modiano avait publié Un pedigree. Ces deux romans font peu de révélations sur le musicien français et sur l'auteur-romancier, ils parlent d'autre chose, ils jouent une double partition. C'est un peu comme si le Nouveau Roman avait enfin découvert la poésie.

J'écris mes livres avec des morceaux, des morceaux de plus en plus petits, et pourtant les tableaux sont de plus en plus vivants. Parlant de Chardin, le peintre aux natures mortes, son contemporain Denis Diderot écrivait : "c'est la nature même ; les objets sont hors de la toile et d'un vérité à tromper les yeux". C'est mon objectif. Si j'osais, je dirais à mes lecteurs : "en me lisant vous n'avez pas voyagé ? vous n'étiez pas dedans ? alors je vous rembourse; satisfait ou remboursé" (je connais un libraire qui le fait avec ses clients).

Pour écrire mes livres, je dois vivre, voyager et rencontrer de nouvelles personnes qui me fassent changer. Je n'ai pas besoin de faire quoi que ce soit d'autre, même pas de prendre des notes : ma très mauvaise mémoire, qui oublie l'essentiel pour se concentrer sur l'accessoire, filtre la vie pour moi. Plus tard, il suffit de raconter ce qui s'est passé, ce qui s'est passé et rien d'autre, sans jugement postérieur ni interprétation.

Mais vivre prend beaucoup de temps et use la carcasse qui est aussi celle qui sera ensuite chargée d'écrire. Et on n'est pas certain qu'on aura assez de temps pour le faire.

PS : au final, ce que j'écris est tellement curieux que tout le monde voudrait me publier (trois éditeurs récemment : "je fais suivre", "je vois et je vous dis", "compliqué à éditer") mais que personne ne le fait.

lundi 10 mars 2008

Merci de ne pas m'envoyer de manuscrit

A mesure que la fréquentation de ce blog augmente, je reçois de plus en plus de mails d'auteurs qui cherchent à publier et qui me demandent des conseils. Certains m'adressent également en fichier attaché des manuscrits. S'il vous plaît, ne m'envoyez pas de manuscrit.


J'ai longtemps cherché à publier et aujourd'hui encore j'ai des manuscrits qui circulent sans trouver aucun éditeur, donc je comprends parfaitement la situation de l'auteur non publié et qui essaie par tous les moyens de trouver une prise sur la paroi (la littérature, parfois, c'est un peu de la varappe), une petite aide, un conseil.

Il peut m'arriver de donner mon avis à des (modestes) éditeurs ou responsables de (modestes) revues que je connais quand ils me font part de leur enthousiasme sur un manuscrit. Mais je ne suis pas du tout la personne qu'il faut pour les sélectionner, les faire retravailler, ou les défendre. Je ne suis pas éditeur, je ne dirige pas de collection, je ne suis pas "lecteur", je ne suis ami ni avec X. ni avec Y. (au passage : inutile de me demander comment contacter "directement" le célèbre auteur dirigeant la revue parisienne dans laquelle ont été publiés certains de mes textes, faites comme moi : écrivez ou téléphonez).

Martin Winckler a mis en ligne sur son blog une page intitulée "Pourquoi il ne faut pas m’envoyer votre manuscrit... ". Les raisons qu'il donne sont à peu près les mêmes que les miennes.

Pour résumer, merci de ne pas m'envoyer de manuscrit, tout simplement parce que

  • je n'ai pas le temps de les lire
  • je ne suis pas bon juge (pas éditeur)
  • l'écriture est une chose trop intime pour autoriser les conseils

Le mieux à faire pour ceux dont les manuscrits sont refusés par les éditeurs, c'est de mettre des textes en ligne, sous une forme adaptée à Internet, en ouvrant par exemple un blog. La chaîne des lecteurs se créera d'elle-même si les textes possèdent leur force.

dimanche 10 février 2008

J'écris plus vite que je ne publie

Je suis gavé de travail, actuellement. Je termine à peine un manuscrit, dont on m'a suggéré l'écriture sans rien me promettre, et je plonge à nouveau dans un autre projet, là encore sollicité, même si complètement différent.

Depuis un an, je n'ai plus arrêté, j'ai accumulé les travaux et pourtant bizarrement je n'ai rien publié (*). Le manuscrit d'une version remaniée du Carnet, bouclé en décembre. Puis ce manuscrit que je viens de terminer. Puis ce nouveau projet, encore flou mais qui se dessine d'heure en heure. J'enchaîne les manuscrits les uns après les autres sans avoir le temps de me refroidir, et j'oublie de consacrer du temps à les publier.

"Ecrire est reposant, publier est crevant"
note Philippe Sollers dans ses Mémoires. C'est vrai, je n'ai plus le courage de me battre pour être publié. Voici donc le paradoxe : je me désintéresse progressivement de la publication traditionnelle parce qu'elle m'a épuisé par ses hésitations. Je l'ai raconté : trouver un éditeur papier, c'est pire que faire un Voyage jusqu'à la planète Mars. Un collègue me dit : "Ecris des romans, c'est l'indispensable compromis". A quoi je lui réponds : "On écrit ce qu'on sait écrire". Ma vie ce n'est pas la publication, ma vie c'est l'écriture. Alors je vis.

(*) "Publié" au sens livre papier, puisque fin décembre 2007 Publie.net a publié en livre numérique ma
Vie des écrivains classiques.

mardi 1 janvier 2008

Voeu pour 2008 : ajouter un jour de plus

Plein de voeux pour 2008 à tous, en particulier à ceux qui lisent ce blog depuis le bout du monde, je souhaite :

1. l'amour,

2. la littérature,

3. la santé,

4. la richesse

(moi je fonctionne dans cet ordre-là, modifiez si vous voulez).

Et aussi, un autre souhait, à exaucer comme un voeu : que 2008 contienne un jour de plus que 2007 (qui, à mon humble avis, en contenait déjà un de plus que 2006), histoire de faire durer toujours plus longtemps les choses...

PS : petit tour des voeux des blogs amis : Berlol, François Bon, Lignes de fuite, Laure Limongi...

dimanche 23 décembre 2007

Perso : publication de "La vie des écrivains classiques" sur Publie.net

Mise en ligne sur Publie.net de mon texte inédit La vie des écrivains classiques, 32 pages, vendu 1,30 € en PDF (collection "formes brèves").

Le projet Publie.net "le texte numérique contemporain", lancé par François Bon, est la première maison d'édition numérique consacrée aux auteurs contemporains de langue française. Il accueille déjà des dizaines de textes inédits de première importance, notamment d'Eric Chevillard, Olivier Rolin, ou Jacques Ancet. Je reviendrai bientôt ici dans un billet détaillé sur ce projet ambitieux qui fait beaucoup parler de lui parmi les auteurs, et semble-t-il également parmi les éditeurs.

lundi 8 octobre 2007

Divers : signature de la pétition "Touche pas à mon ADN"

Pour information, j'ai signé hier la pétition "Touche pas à mon ADN" demandant au Parlement de ne pas autoriser le recours aux tests ADN pour prouver une filiation lors d'un regroupement familial. Cette association des mots "ADN" et "immigration" est à mes yeux purement et simplement raciste.

lundi 1 octobre 2007

Mécénat pour tous

Je viens d'ajouter en bas de la page du Carnet cette phrase :

"Vous aimez ce Carnet ? vous pouvez le soutenir en faisant un don par Paypal..."

L'idée n'est pas de moi, je l'ai empruntée à François Bon qui a mis en place il y a déjà quelques semaines une page "Soutenir le site" contenant elle aussi un bouton Paypal. Ce bouton permet d'effectuer un don du montant de son choix, soit à l'aide de son compte Paypal, soit à l'aide de sa carte bancaire.

D'une certaine façon, c'est l'arrivée du mécénat pour tous. Ce que fait tel auteur me plaît ? hop, je lui fais un don. C'est quelque chose qui se pratiquait déjà depuis des années dans le monde du logiciel libre (autour de Linux). Alors, pourquoi pas dans le monde de l'Art ?

Regrettons, au passage, que les dons soient bloqués, d'après ce que j'ai compris, à un minimum de 5 €, là où nous aurions envie de faire des micro-dons, par exemple 0,20 € en remerciement de cette phrase de tel ou tel auteur qui nous a rendu heureux, ou simplement plus lucide.

vendredi 28 septembre 2007

Ecrire un livre comme une apnée

Chloé Delaume vient de mettre en ligne ce qui sera peut-être le début de son futur roman, Le livre des morts (très bon titre, tibéto-égytien). Elle commente le rythme de l'écriture de ce nouveau livre :

"J'ignore encore comment organiser ces histoires. Je voudrais une apnée, tout de suite. Mais j'ai jusqu'à dimanche pour conclure avec ça [un autre chantier]."

Oui, une apnée. C'est comme ça que dans l'idéal il faudrait écrire les livres. Je l'ai fait une fois, fin 2006, pour un livre privé non publié. J'en avais parlé ici. Le problème, c'est que dans mon cas le résultat est inégal.


Construire un livre, c'est l'enfer, purement et simplement. Lire, écrire, c'est facile. Construire, c'est impossible. Un plan ? je ne le respecte pas, je mélange tout. Pas de plan ? je perds le fil, je dérive et m'éloigne du sujet. L'autre souci, c'est que le texte mute, sans cesse il évolue, en fait il vit, comme une bactérie.


Le maillage de la construction doit peut-être, finalement, être le plus fin possible : seule la phrase, seul le mot. Après avoir échoué dans les romans (je crois que je peux mettre au défi quiconque de ma génération, d'avoir fini par publier après autant de lettres de refus d'éditeurs, j'en aurai reçu des centaines, j'étais blacklisté partout, dix-huit années de refus, oui, vous avez bien lu : 18), après avoir échoué dans le roman, j'ai réduit le maillage. Je suis arrivé à une unité narrative plus petite, par trois ou quatre pages à chaque fois, et ça a donné des récits, ou des nouvelles, appelez ça comme vous voulez. Puis depuis huit mois j'ai encore réduit, cette fois au minimum, maillage le plus fin possible, une véritable soie, fil à fil, des simples phrases, celles du Carnet, construction par sédimentation. Je suppose que dans un an, je n'écrirais plus que des mots.


Mais je ne désespère pas : le Formation de Pierre Guyotat est très instructif, le Modiano arrive (et je connais par coeur mon Pedigree), et je peux aussi fouiller Jean Santeuil et Casanova. Les expériences vont continuer dans la laboratoire.


jeudi 30 août 2007

Ecrire une variation sur un texte

En fouillant dans mes dossiers, je tombe sur trois cents mots écrits il y a juste quatre ans.

Le nouveau livre d'un romancier pour lequel j'ai une immense admiration venait de sortir (*). J'avais été estomaqué par ses trois livres précédents, il avait publié coup sur coup trois chefs-d'oeuvres et je m'étais précipité sur son nouveau roman en espérant y trouver un nouvel exploit littéraire. Mais j'étais reparti un peu déçu, je n'avais pas réussi à entrer dans ce nouveau livre, j'étais passé à côté (ensuite, ce célèbre auteur a publié un autre chef-d'oeuvre, donc tout va bien pour lui). Le début de son roman, surtout, m'ennuyait. Alors, sans réfléchir, je l'avais réécrit. Ca me semblait évident : si la perfection littéraire signifie qu'un livre ne peut pas être retouché, que tout y est parfait, alors si quelque chose cloche, on doit tenter d'y remédier en retouchant.

Je ne sais pas dans quelle mesure les mots qui suivent sont, en 2007, légalement publiables sur Internet, mais à priori le passage étant court, ce doit être autorisé par le droit de citation, et à tout le moins il s'agit là d'un exercice littéraire à visée intellectuelle et sans but lucratif. J'appelle donc ça une variation  sur un texte, et tout le monde devrait avoir le droit d'en écrire :

"Une nuit, j'avais à peine vingt ans, j'étais en train de traverser la place de la Concorde, une voiture a surgi de nulle part. Elle m'a heurté légèrement et je suis tombé. La voiture a fait une petite embardée, a ralenti, puis s'est immobilisée contre un mur. Je ressentais une violente douleur à la cheville. La voiture avait roulé sur mon pied gauche. Je me suis relevé en boitant. Une femme sortait du véhicule en titubant un peu.

Les deux portiers du grand hôtel arrivèrent en courant. Le premier passa mon bras sur son épaule et m'aida à marcher jusqu'au hall d'entrée. Le second s'assurait que la conductrice n'avait rien et l'aidait également à atteindre l'hôtel. On me fit asseoir sur une banquette. La jeune femme était légèrement blessée au visage. Elle saignait au front et à la pommette. Je fus frappé par sa beauté et la somptuosité de ses vêtements.

Les gens de l'hôtel avaient déjà appelé les secours, mais avant même que l'ambulance soit arrivée, un brun massif aux cheveux courts est entré. Il semblait connaître la conductrice et il ne paraissait pas surpris par l'accident. Il me fit l'impression d'un cinéaste qui sitôt la scène terminée entre dans le champ pour faire des remontrances aux acteurs et leur expliquer pour la centième fois  comment il fallait jouer. L'inconnu avait l'allure d'un truand, d'un homme de main, d'un policier en civil oeuvrant pour un service secret incontrôlable.

A l'extérieur, d'autres hommes, vêtus de costumes sombres identiques à celui du brun massif, tournaient autour de la voiture accidentée. L'un d'eux, accroupi devant une roue, notait quelque chose sur un petit carnet.

L'ambulance est arrivée et les pompiers nous ont aidé à monter dans leur fourgon. J'étais étourdi. La jeune femme avait le visage moins blanc que tout à l'heure, elle avait repris des couleurs et semblait en meilleure forme que moi. Nos regards s'étaient croisés mais nous étions restés tous les deux silencieux. Nous nous sommes assis côte à côte face à un pompier. Je me suis alors aperçu que j'avais égaré ma chaussure gauche. Pour une raison qui m'échappait, j'éprouvais une légère honte à me trouver ainsi dehors avec un pied en chaussette."


(*) Il s'agit d'Accident nocturne, de Patrick Modiano; je n'ai pas relu ce roman depuis - j'ai tort, je devrais -.