Chloé Delaume vient de mettre en ligne ce qui sera
peut-être le début de son futur roman, Le livre des
morts (très bon titre, tibéto-égytien). Elle commente le rythme de
l'écriture de ce nouveau livre :
"J'ignore encore comment organiser ces histoires. Je voudrais une apnée,
tout de suite. Mais j'ai jusqu'à dimanche pour conclure avec ça [un autre
chantier]."
Oui, une apnée. C'est comme ça que dans l'idéal il faudrait écrire les
livres. Je l'ai fait une fois, fin 2006, pour un livre privé non publié. J'en
avais parlé
ici. Le problème, c'est que dans mon cas le résultat est inégal.
Construire un livre, c'est l'enfer, purement et simplement. Lire, écrire, c'est
facile. Construire, c'est impossible. Un plan ? je ne le respecte pas, je
mélange tout. Pas de plan ? je perds le fil, je dérive et m'éloigne du sujet.
L'autre souci, c'est que le texte mute, sans cesse il évolue, en fait il vit,
comme une bactérie.
Le maillage de la construction doit peut-être, finalement, être le plus fin
possible : seule la phrase, seul le mot. Après avoir échoué dans les romans (je
crois que je peux mettre au défi quiconque de ma génération, d'avoir fini par
publier après autant de lettres de refus d'éditeurs, j'en aurai reçu des
centaines, j'étais blacklisté partout, dix-huit années de refus, oui, vous avez
bien lu : 18), après avoir échoué dans le roman, j'ai réduit le maillage. Je
suis arrivé à une unité narrative plus petite, par trois ou quatre pages à
chaque fois, et ça a donné des
récits, ou des nouvelles, appelez ça comme vous voulez. Puis depuis huit
mois j'ai encore réduit, cette fois au minimum, maillage le plus fin possible,
une véritable soie, fil à fil, des simples phrases, celles du Carnet, construction par
sédimentation. Je suppose que dans un an, je n'écrirais plus que des mots.
Mais je ne désespère pas : le Formation de
Pierre Guyotat est très instructif, le Modiano arrive (et je connais par coeur
mon Pedigree),
et je peux aussi fouiller Jean Santeuil et Casanova.
Les expériences vont continuer dans la laboratoire.