CE MÉTIER DE DORMIR

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mardi 28 octobre 2008

Le champion de ping-pong (à propos de Federman hors limites)

Voilà un gros volume de 260 pages qui paradoxalement nous semble trop court : Federman hors limites (Ed. Argol, 26 €), le livre d'entretien entre Raymond Federman et Marie Delvigne*.

Raymond Federman est un écrivain incontournable, notamment pour toute la série des "surfictions" (c'est-à-dire le dépassement de la simple autofiction) publiées en France au début des années 2000 par les Editions Al Dante (par exemple dans Retour au fumier ou A qui de droit).

La vie et les livres de Federman sont difficiles à regrouper dans un seul volume mais c'est déjà là un bel objet, entre l'entretien et la biographie racontée par son sujet (l'autobiographie parlée). L'ouvrage contient de nombreux extraits de textes (publiés et inédits) et des centaines de photographies d'archive inédites extraites de la collection personnelle de l'auteur. En tout, 13 chapitres pour se raconter, avec une mention spéciale pour le chapitre "Federman is a champion" dans lequel l'écrivain franco-américain (ou américano-français) parle de sa pratique du sport. Federman hors limites, sorte de portrait de l'auteur en champion...

Extraits :

"J'étais tellement fort au ping-pong que personne ne voulait jouer avec moi, alors je jouais tout seul des deux côtés en même temps."(...)

"La plupart des acteurs ne savent pas bien mourir au cinéma. Ca, c'est vrai aussi des chanteurs d'opéra. C'est incroyable comment ils meurent mal sur la scène, sauf peut-être Tosca quand elle saute dans le vide de la tour. Les acteurs et les chanteurs d'opéra, ils savent bien mourir seulement quand ils se droguent dans leurs riches pénates à Hollywood, et aussi quand ils se suicident. Mais dans les films la plupart des acteurs ne savent pas mourir. L'acteur qui savait vachement bien mourir, c'était Marlon Brando." (...)

"Je me demande quel genre d'écrivain je serais devenu si je n'avais pas écrit ma thèse de doctorat sur Beckett, mais plutôt sur Zola ou Balzac, comme mes professeurs insistaient pour que je le fasse." (...)

"J'écris pour être libre. Etre libéré de tout ce qui me fait moins que je ne suis, moins que je ne veux être. J'écris pour démolir toutes les règles qui disent comment il faut écrire. Il est vrai que je semble toujours raconter la même histoire, mais il faut faire attention aux petites variations, aux subtiles contradictions, aux petits mensonges qui s'accumulent pour dire la grande vérité. Mais il faut faire très attention à ce qui se cache derrière mes mots, et aussi, il faut écouter le silence entre mes mots. Finalement, j'écris pour retarder ma mort."

* Marie Delvigne a publié entre autres livres, un roman : Rouge (Ed. Le Bord de l'eau) remarqué à sa sortie par Chloé Delaume.

samedi 27 septembre 2008

Agrandissement de l'espace mental (à propos de Ma solitude s'appelle Brando)

Les écrivains ont des destins tellement singuliers qu'ils sont souvent attirés par ceux de leurs ancêtres qui ont eu des existences à part.

Dans Ma solitude s'appelle  Brando (Ed. Verticales, sortie le 2 octobre), Arno Bertina écrit sur un de ses aïeux, et ce projet improbable, raconter la vie d'un membre de sa famille qu'il a à peine connu, devient un petit livre fulgurant, un hommage à la littérature, et, en quelque sorte, à l'inspiration, à l'étincelle qui fait écrire plutôt que garder le silence.

A l'évidence, Bertina ne connait pas tous les secrets de son héros, il n'a eu connaissance que des grandes dates de sa biographie, la vie en Afrique comme administrateur colonial, le retour en France, l'installation près de Bordeaux, la folie plus ou moins réelle des dernières années, l'énergie permanente, la vigueur, la furie, la causticité, une sorte de vie à l'arrache, ou plutôt, une vie écrite à l'arrache, avec toutes les ressources d'une langue inventée en permanence. Lorsqu'en 1940 le héros se retrouve en Afrique alors que la France bascule, il est livré à lui-même, et Bertina note  : "Ne pas rentrer c'est inventer." (phrase répétée une page plus loin).

Superbe portrait d'un solitaire dévoré par l'absolu et qui aurait pu aussi bien devenir écrivain. Quand il glisse dans une semi folie, à la fin de sa vie, le médecin qui le suit dit un jour à son épouse : "Son espace mental s'est encore agrandi."

Il y a dans ce livre un imprévu stylistique qui ne retombe jamais. Arno Bertina est un écrivain qui agrandit notre espace mental. C'est aussi un auteur dont l'oeuvre mute, qui change son corps à chaque nouveau livre, qui creuse sans cesse le sol. Il est en quête. Il court. Vite, très vite, plus vite que la plupart des autres auteurs.

Extraits :

"Mais tout en affirmant avoir un souvenir très net de l'administrateur et de son épouse, ce dont attestait la rapidité avec laquelle elle avait superposé les noms du neveu présent et de l'oncle décédé, elle ne lui dit presque rien et il en fut quitte pour imaginer." (...)

"Il découvrira tardivement l'existence de Marlon Brando, en feuilletant un livre de photographies, par hasard. Du haut de sa province ça le fascine et, à quatre-vingt ans, il se met à penser beaucoup à Hollywood, bouffant du simulacre. Mais il ne peut voir aucun film de Brando. Il se renseigne alors au téléphone, on lui conseille d'acheter un lecteur. Il note "lecteur", s'efforce d'écouter la suite mais ne comprend pas les explications que lui donne la voix."

NB : à propos de Ma solitude s'appelle Brando, voir aussi le billet de Claro : Des bulles sous la banquise et celui de Didier da Silva : Une certaine qualité de vert.

mercredi 3 septembre 2008

Les mots sont vivants (à propos de Le cactus car il capte)

On n'ose pas se l'avouer, mais souvent, les livres qu'on aime racontent une histoire.

Ils sont tenus par une continuité temporelle, chronologique ou pas, ils vont et viennent sur les rails du temps. Avec Le cactus car il capte, (Publie.net, 90 p., 5,50 €), Denis Montebello ne nous propose pas seulement un abécédaire, il nous offre une histoire à partir d'un dictionnaire, depuis A jusqu'à Z.

Est-ce le mot qui entraine la définition, et créé donc le livre ? ou bien est-ce le livre qui suscite ses mots, incontournables ? L'auteur pose la question : "OEUF : C’est comme l’oeuf et la poule, on ne sait par où ça commence, si l’archéologue fait la trace ou la trace l’archéologue." 

Les mots sont vivants, ils bougent : "MONTRE : La couleur cache, le mot montre. Prenez le mot montre, regardez-le, écoutez-le : il donne l’heure."

La longueur des définitions varie, parfois une phrase, parfois une page qui raconte un souvenir d'enfance de l'auteur. La palette est vaste. Mystérieux, inquiétant  : "QUELQU'UN : Derrière la porte il y a quelqu’un que je ne peux pas voir. Quelqu’un que je déteste." Mis en abime : "FIN : Le spectateur entre dans le film. Comme le train dans le tunnel. Il ne connaîtra jamais le mot fin. " 

Ma définition préférée ? celle du mot SABLE : "Des « pépins de mémoire », c’est ainsi que Pauline appelait les grains de sable. Quand elle pensait à la plage. Et que cela tombait, disait-elle, de son cerveau. "

mardi 20 mai 2008

Mélanger ses jours (à propos de Désordre, un journal)

Je suis actuellement plongé dans la lecture du gros livre de Philippe De Jonckheere, Désordre, un journal (Publie.net, 424 p., PDF, 5,50 €). Les journaux ne me passionnent pas toujours, mais celui-là est différent.

Philippe De Jonckheere tient le journal d’une vie qui semble se déliter en permanence malgré l’amour qui l’entoure. Il brosse le portrait d’un homme à la fois étonné et épuisé par sa vie de famille. L’auteur se présente lui-même, avec une voix particulière, mi-neutre, mi-désespérée : "Alors voilà ma biographie. Philippe De Jonckheere. Né le 28 décembre 1964 à Paris, le jour de la 1964ème commémoration du massacre des innocents. (...) En 1993, à la suite d’un deuil, je commence à écrire, force est de constater que je ne sais pas écrire, mais je m’obstine, comme en toutes choses. (...)  En 1998, retour en France, je vis désormais dans une famille avec ma compagne et ses deux enfants. Nous allons avoir trois autres enfants. Je ne fais plus de photographie, presque plus, je continue d’essayer d’écrire, je fais des petits progrès. Nous habitons à la campagne."

Un auteur de journal est censé additionner les jours mais ici il les mélange comme un peintre mélange ses couleurs et au final De Jonckheere (qui dans son autre métier est un informaticien) créé des couleurs jusqu’ici inédites. C'est un journal avec un niveau de discours intime vraiment particulier au milieu des autres journaux.

A propos de son fils Nathan, il écrit : "Ce profond sentiment de détresse quand je suis monté et que j’ai pu voir que Nathan ne dormait toujours pas, qu’il était très agité, qu’il combattait je ne sais quelle chimère toute droit venue de son imagination trop prolixe, qu’il avait dépiauté entièrement un livre et que son lit était jonché de confettis, de papier peint arraché, que c’est précisément ce genre de comportements qui me découragent le plus, à la fois le fait que tout finisse par s’abîmer entre ses mains, mais aussi que ces comportement exhaustifs traduisent bien le malaise profond de cet enfant."

A la fin de ce volume, Philippe De Jonckheere confie son angoisse devant l’emprise que la littérature va avoir – a déjà – sur lui, et qu’il découvre en préparant le livre, et il remarque : "Après un an de bloc-notes, j’avais essayé le fichier global, j’avais tout recollé bout à bout, et l’imprimante m’en avait recraché 500 pages aux lignes serrées. J’avais pris peur."

vendredi 29 février 2008

Mon corps est une maison (à propos de Balayer fermer partir)

Je suis complètement dépassé actuellement, et même plus : physiquement épuisé, mais je veux à tout prix parler d'un petit livre merveilleux : Balayer fermer partir, de Lise Benincà (Seuil, 109 p., 13 €), qui vient de paraître dans la collection "Déplacements" de François Bon. Ce livre m'a envoûté, je suis tombé sous son charme, et ce charme c'est d'abord celui d'une couleur, celle de Lise Benincà, auteur précieux et prometteur (c'est son premier livre : bravo au Seuil de l'avoir dorénavant sous contrat).

Je ne suis pas très doué pour résumer les histoires, mais il s'agit du décès du père de la narratrice, qui lui laisse en héritage une maison qu'elle met en vente, et il s'agit également de l'appartement occupé par la narratrice, de sa disposition et de son contenu, de ses pièces, notamment une pièce vide (inspiration de Georges Perec, cité en exergue du livre). La narratrice est seule quelques jours dans son appartement, son compagnon étant parti en voyage. Elle se demande : qu'est-ce qu'une maison ? et aussitôt : que suis-je pour les autres ? que sont-ils pour moi ?

Lise Benincà possède un oeil particulier qui lui fait dire des choses différentes, par exemple : "Marchant au matin sur le boulevard, l'immeuble dans mon dos, les voitures me dépassent et me dépassent" ou encore : "on s'est penchées au-dessus de l'eau, par-dessus la balustrade rouillée, on a regardé les poissons. Ils ne sont pas bien gros, a dit ma grand-mère" et plus loin : "Je pense à cette page sur laquelle l'institutrice avait écrit Bravo dans la marge". A propos de la vie, Lise Benincà dit : "J'assiste au spectacle. J'ai payé mon billet, j'attends le dénouement".

Une maison, c'est un réceptacle pour les corps. Mais un corps ressemble lui-même à une maison. La maison héritée du père, celle que la narratrice est en train de vendre, avait été construite entièrement par le père. Notre corps aussi, c'est notre père qui l'a construit. "Le corps est mon lieu. Y suis-je enfermée ? Les oreilles sont des portes d'entrée. La bouche est une porte de sortie (...) Le corps construit par le père, à son image, sans avoir l'air d'y toucher. La couleur des cheveux, la couleur des yeux. Les fondations." Elle s'interroge indirectement sur le déterminisme de la naissance, sur les limites que nos père et mère nous imposent, ou veulent nous imposer, par la génétique (les murs qu'ils ont bâtis) : "Y a-t-il un certain nombre de mètres carrés au-delà desquels l'espace est supérieur à ma capacité de présence ?". Phrase à méditer. Tout le livre est à méditer.

Il y a aussi dans ce livre la palette des couleurs, posées chacune de façon nominale, à la Rimbaud, et pourtant si présentes dans leur énumération, palpables. Et toujours, ce décalage, ce glissement émotif, cette poésie que Perec a toujours cherché à atteindre et que Lise Benincà semble posséder comme un don naturel.

lundi 17 décembre 2007

Une vie de fous (à propos de Transhumances)

Nous menons une vie de fous, de la naissance à la mort, c'est juste une transhumance, comme un troupeau guidé par de très inquiétants bergers.

Chloé Delaume, qui voit tout, a observé le manège. Dans Transhumances (è®e éditions, 13 €), elle nous montre quatre personnages en pleine action, deux hommes et deux femmes. Ils errent dans une sorte de forêt. Autant vous le dire tout de suite : ils sont probablement échappés de l'asile. Et ils sont épiés, surveillés même. Le personnage de Tahar, tout seul dans sa cabane, qui intrigue et agace au début, devient vite, non pas attachant (faut pas pousser), mais au moins fascinant, hypnotique : "J'avais juste moi. C'est-à-dire un grand corps avec nous tous dedans". Léonore est délicieuse, Gilles comique jusqu'à la fin, Françoise impeccable, Charles courageux.

D'habitude je déteste le théâtre, mais là j'ai vraiment aimé ce livre. Je l'ai déjà offert deux fois, et je pense que je vais continuer.

Extrait :

"Léonore

J'ai jamais vu un truc pareil. Pourtant les murs, j'ai l'habitude. Mais ils étaient très différents.

Charles

Je me demande ce qu'il y a derrière.

Léonore

Celui-là il fait un peu peur. Je ne le sens pas du tout, ce mur.

Françoise

Ca sonne comment ?

Léonore

Bah j'en sais rien.
(Elle tente de grands coups contre la paroi.)
C'est tellement épais que c'est difficile de jauger si c'est creux ou plein.
(Elle recommence)
En tout cas, à force, ça m'a fait saigner."

vendredi 23 novembre 2007

Majesté de Valérie Rouzeau

J'ai beau savoir qu'un nouveau livre de Valérie Rouzeau est toujours un événement, et qu'à sa lecture je vais être bouleversé, je le suis à chaque fois davantage que prévu.


Les éditions Wigwam publient Apothicaria, de Valérie Rouzeau (*). C'est une histoire qui se passe autour d'une pharmacie. C'est peut-être une histoire triste, peut-être un chagrin d'amour, je ne sais pas, mais malgré tout éblouissante, un éblouissement de saison, de début d'hiver, avec ces énormes croix laïques, verdâtres, qui clignotent de plus en plus tôt chaque soir. Comment rentrer chez soi ? comment se retrouver ?

Extrait :

"Je me souviens de ce bouquet d'anémones
J'avais cru que le coeur de mon amant était dedans
La croix verte de la pharmacie clignote en plein jour énormément
Robert n'est qu'un ami et mon amant m'oublie"

Parfois, à la réponse : quel grand écrivain auriez-vous voulu être, je brûle de répondre : Valérie Rouzeau ! Et en levant les yeux, je vois l'oie qui vole très haut dans le ciel (vous comprendrez si vous lisez le livre).


(*) l'objet lui-même est magnifique, une plaquette de seize pages, numérotée et imprimée en typographie, avec en quatrième de couverture la reproduction d'un extrait manuscrit de la main de l'auteur; disponible uniquement sur commande chez l'éditeur, 4,60 €.

vendredi 16 novembre 2007

Brise de Bible (à propos de Abadôn)

Quelques mots sur Abadôn de Michèle Dujardin (Seuil, coll. Déplacements).

Voici un livre de poésie pure et presque brute, un livre de colère et de libération, écrit par un auteur dont on sait très peu de choses si ce n'est que selon la BNF elle a publié un premier ouvrage en 1983. Ce qu'on entend, à la lecture de ce livre (lecture qui se fait préférablement à voix haute), c'est non seulement un superbe lyrisme (et lyrisme est l'autre nom de poésie) mais aussi un souffle prophétique et océanique, la rencontre d'Homère et des Prophètes. Il souffle une brise de Bible dans ces pages.

Abadôn (qui ne contient aucun point du début à la fin) contient des passages d'une extrême rareté qui scotchent le plus exigeant lecteur. Ainsi, il s'agit là de "parler bleu" pour "saisir la nuit par les ailes", le poème est "la table ancestrale où se dressent les lois", et il est possible d'approcher "la lumière, celle qui est dans ta bouche, qui pulvérise le silence des pierres, et qui parle ta parole, toujours la même, je suis, je serai, je suis, pour toujours".

La langue est si violente, si rapide, que le lecteur voit après coup, comme en décalage, ses propres souvenirs de lectures. Ainsi "elle enfante ces nénuphars qui rongent les poumons de l'éternité" me fera penser à L'Ecume des jours et son héroïne Chloé, ce qui me fait immédiatement penser que l'écrivain Chloé Delaume a lu et aimé Abadôn, comme quoi le monde est petit (*); ou plus loin "quand nous jouions dans la rivière, la rivière qui ne revient jamais, mère, entre les mêmes pierres" qui me fait penser à Héraclite (on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve).

Le style de Michèle Dujardin est extraordinaire, souvent très soutenu, et entre mille phrases, je garde près de moi celle-ci : "je sais qu'il n'y a lieu de repos où que je me tourne".

Il faut lire d'une traite le dernier chapitre, un chapitre exceptionnel de bout en bout, qui referme (ou ouvre) ce qui est aussi une déclaration passionnée : "demain peut-être mon amour et seulement si demain a tes yeux".

Extrait :

"la mer tu la connais, l'ombrageuse toujours vierge, la nocturne aux larges mains, elle qui offre, sur les plages des grandes feuilles à vif dans la résille des blancs, l'accès aux révélations des fous derrière leur vitre, et transmet, dans le même instant, la vision unique de la beauté parfaite des choses, celle qui est là, parfaitement cachée sous la transparence de sa nudité, de son évanouissement, de sa vie de fantôme coulé dans le silence même des choses, vision unique, immédiate, dressée sur le socle de la mort, à midi dans la lumière dure, aux yeux du solitaire élu, du condamné, du poète" (p. 96)

(*) Voir aussi le billet de Lignes de fuite, et celui de Dominique Dussidour sur remue.net, ainsi que des extraits du livre sur Poezibao et sur le site web de la collection "Déplacements".

dimanche 28 octobre 2007

Une autobiographie de Philippe Sollers

Je suis en train de lire le nouveau Philippe Sollers, intitulé Un vrai roman, Mémoires (Plon).

Un conseil : oubliez toute la presse au sujet de ce livre, les bonnes feuilles, et autres extraits sur telle ou telle célébrité rencontrée par Sollers. Lisez plutôt en continuité ce gros volume (352 pages écrites serré), notamment les passages consacrés à la jeunesse, les chemins bizarres par lesquels le narrateur s'éveille à la conscience, la nécessité très vite de se défendre. Il y aura beaucoup à dire sur ce livre, un livre important.

mercredi 10 octobre 2007

Jérôme Mauche immunise

Depuis le 6 mai 2007, je ne regarde plus les actualités télévisées et je ne lis quasiment plus le journal. Je pense qu'inconsciemment j'ai peur de la dictature que pourrait, dans mes pires cauchemars, mettre en place le demi-fou.

Le journal, qu'il soit télévisé ou papier, est devenu intrusif et anxiogène, et non plus informatif et réflexif. Avec son nouveau livre, La loi des rendements décroissants (Seuil, coll. Déplacements) Jérôme Mauche propose une immunisation. Mauche a écrit son livre en lisant le journal, ou plutôt en dé-lisant le journal, en démontant puis remontant les pièces du puzzle. Il a compris notamment que la pensée économique a imbibé la totalité des sujets. Alors il déchiffre à l'envers, il joue aux dominos, il découpe, il recolle. Il suffit de lire un des 202 fragments qui composent ce livre pour comprendre la force et l'efficacité de sa prose :

"L'économie a trait au service de la vérité plus qu'à la vérité, et moins encore via l'indéniable vieillissement de la population croissante active dont le pathétisme entend voir fructifier, maintenant, et sans plus attendre sa dernière heure l'investissement fait, au prorata du nombre d'heures, puis de décades de travail impressionnant consacrées. Mais, avant-gardiste encore et toujours, prompte à prélever le concept pourvu qu'il fasse jeune, elle zappe de sa revendication à sa contemplation et, mue par le plus activiste regret d'une vie, en effet, dévolue au labeur et à la tâche, elle parvient à se convaincre que, malgré les apparences, elle n'a rien foutu et qu'il est donc plus que normal qu'elle n'ait aucune retraite."

Un extrait d'un autre fragment :

"La rose de la formation continue est sans pourquoi, mais non sans épines, pour qui s'y frotte. Et ce ne sera ce petit groupe de derniers stagiaires qui, après un semestre intensif, inversera la tendance, horriblement européocentriste, c'est à craindre, avec son coeur, ses pétales et sa tige toute hérissée. (...)"

Dans ce livre comme dans les précédents (notamment Electuaire du discount, Ed. Le Bleu du ciel, 2004) Jérôme Mauche est un auteur comique au sens noble du terme, jamais cynique, jamais triste, juste joyeusement objectif (éventuellement passagèrement déprimant si vous êtes vraiment dans une période noire, mais à peine). Il est aussi rempli de références "classiques" pour qui sait le lire, clins d'oeil à la bibliothèque. Sa Loi des rendements décroissants qui sort ce 11 octobre est un livre politique, le bon livre au bon moment pour contrer la bizarre actualité sociale-économico-politicienne de la période actuelle.


Voilà, ce sera en ce qui me concerne le programme de lecture de cet hiver qui chez moi s'annonce déjà particulièrement rude : marcher "au" Mauche. Posologie ? un fragment après le déjeuner, un fragment avant le coucher. Augmenter la dose en cas de nouvelle exposition prolongée à la folie Spectaculaire ambiante. Effets secondaires possibles ? impression de plaisir et de contentement, sourires pouvant aller jusqu'au fou-rires.


(Voir
d'autres extraits du livre de Jérôme Mauche sur le site web de François Bon, directeur de la collection Déplacements.)

jeudi 4 octobre 2007

L'Infini sort son numéro 100

Sortie de la livraison d'Automne 2007 de la revue L'Infini. Sa couverture indique : 百 mais aussi 100 mais aussi CXX (soit 120 dans le calendrier de Nietzsche - ceux qui ne savent pas pourquoi pourront lire Une vie divine de Philippe Sollers -).

Le numéro 100 d'une revue trimestrielle de littérature est toujours un événement. A fortiori pour L'Infini, revue fondée en 1983 pour prendre la suite de la revue Tel Quel (fondée en 1960 mais dont les Editions du Seuil arrêtaient la parution et refusaient de céder le nom) et pilotée depuis l'origine par Philippe Sollers et Marcelin Pleynet. J'ai toujours adoré cette revue, son incroyable diversité et son caractère imprévisible, et ce, bien avant d'avoir la joie de me retrouver un jour au sommaire. Je me souviens, en 1987, étudiant en Droit, je profitais de ma carte de Bibliothèque Universitaire pour pénétrer dans la partie réservée aux étudiants en Lettres et aller lire les numéros de L'Infini disponibles en libre-accès sur les rayonnages.

Dans ce numéro, belle galerie de photos ("roman-photos" précise le sommaire) de Philippe Sollers, Julia Kristeva, Marcelin Pleynet, et d'autres. En ouverture : portrait d'Antoine Gallimard et Philippe Sollers à New-York en 1982.

Parmi les contributions de ce numéro 100, superbe texte de Jacqueline Risset, Les Instants les éclairs, mettant en scène ses rêves.

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