CE MÉTIER DE DORMIR

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lundi 31 janvier 2011

Fitzgerald (chronique de janvier)

Sortie d'un livre exceptionnel, le recueil de textes autobiographiques Un livre à soi de Francis Scott Fitzgerald (Les Belles Lettres, 320 p., 13,50 €)*, et c'est la chronique de nouveauté du mois de janvier.

* Voir la présentation du livre sur le site de l'éditeur.

 

vendredi 28 janvier 2011

Les trente ans de Paradis

Il y a 30 ans, en janvier 1981, paraissait aux Éditions du Seuil Paradis* de Philippe Sollers.

La publication de Paradis avait été entamée au printemps 1974, à raison d'une dizaine de pages dans chaque numéro trimestriel de la revue Tel Quel, mais l'événement a été cristallisé par cette publication du texte intégral en un seul volume. En 1986 paraissait Paradis 2. Puis en avril 1990, en ouverture du N° 30 de la revue L'Infini, figurait un texte de deux pages intitulé Paradis III.

Une monumentale édition critique et commentée de Paradis a été établie par Thierry Sudour et les premières pages en ont été publiées en 2002 dans la revue L'Infini N° 79.

Paradis est un des livres qui m'ont le plus influencé dans mon travail d'écrivain et aujourd'hui encore il ne se passe pas un mois sans que je réouvre ce roman que je considère comme fondamental dans l'écriture du Je.

* On trouve toujours sur le marché de l'occasion des exemplaires de l'édition originale de Paradis, disponible dorénavant en poche (Points, 346 p., 7,50 €). Paradis 2 est aussi disponible en poche (Folio, 131 p., 4 €).

 

vendredi 7 janvier 2011

Ressorts cachés (à propos de Dans la peau de Patrick Modiano)

Lecture de Dans la peau de Patrick Modiano (Fayard, 282 p., 19 €) que vient de publier Denis Cosnard.

Denis Cosnard, qui s'occupe depuis des années de l'excellent site web Le Réseau Modiano, a fait une biographie en forme de radiographie, lisant les livres du romancier en en recherchant les ressorts cachés, puisque tous les romans du monde possèdent un ressort caché, une cause à l'écriture et à la publication.

Trente-deux chapitres portant chacun comme titre une phrase de Modiano, le tout écrit dans un style abordable, incroyablement détaillé et précis, avec des mini-biographies de tous les personnages réels qui, sous un autre nom, peuplent les romans de Modiano. La mise au jour du caractère autobiographique (autofictif ?) codé de ses romans est en effet un des apports de cette biographie, et on apprend ici des dizaines de secrets modianesques. Un livre incontournable pour les inconditionnels du romancier, dont je suis.

(Voir les extraits du livre parus dans L'Express)

 

vendredi 31 décembre 2010

Gracian (chronique de décembre)

Sortie d'une nouvelle édition de L'Homme de cour * de Baltasar Gracian (Gallimard, Folio, 656 p., 9,40 €)**, c'est la chronique de nouveauté du mois d'octobre.

* Voir la version numérique gratuite des textes.
** Voir la présentation du livre papier sur le site de l'éditeur.

 

samedi 11 décembre 2010

Ne rien perdre (à propos du Journal de Stendhal)

Lecture, fasciné, d'une nouvelle édition du Journal de Stendhal (Gallimard, Folio, 1280 p., 13,50 €).

Je feuillette au hasard, je lis les pages sur Milan, sur Padoue, sur Venise, la joie de vivre en Italie. Les pages sur ses maîtresses aussi méritent la lecture urgente, la documentation sexuelle qu'il recueille. Les notations politiques, artistiques (peinture, musique), ou tout simplement sur la vie quotidienne, tout nous parle dans ce journal.

C'est le Stendhal d'avant Stendhal, de 1801 à 1823, l'enregistrement quotidien qu'Henri Beyle fait de lui-même, avec la volonté de ne rien perdre de ce qu'il est au présent. Contrairement à beaucoup de diariste, et même s'il s'ennuie lui-même parfois dans son quotidien, l'écriture de Stendhal n'est jamais ennuyeuse, le texte est toujours vivant, captivant, inventif, avec une extraordinaire sincérité que l'on retrouvera cette fois maîtrisée dans ces chefs-d'oeuvres que sont Le Rouge et le Noir (1830) et La Chartreuse de Parme (1839).

Extraits :

"J'ai été dévoré d'ambition tout le matin, au point de ne pouvoir presque lire" (23 sept. 1806)

"Elle ne m'a pas reconnu. Cela m'a fait plaisir. Je me suis remis en lui expliquant que j'étais Beyle, l'ami de Joinville. "C'est le Chinois, quegli è il Chinese", a-t-elle dit à son père qui était là." (1813, chap. XVI du voyage en Italie)

"I go at breakfast time at Palfy's house. Je suis assez naturel et j'ai assez de dignité; je suis content de l'entrevue. Ses yeux semblent s'animer par ma présence. I believe that she thinks me retenu by somewhat, but virtue is ridicul" (3 mai 1810)

"Mon coeur est plein. J'ai éprouvé hier soir et aujourd'hui des sentiments pleins de délices. Je suis sur le point de pleurer." (Milan, le 8 sept. 1811)

"La chose qui me manquera le plus tôt lorsque je vieillirai, ce sera la mémoire" (24 sept. 1813)

 

mardi 30 novembre 2010

Rimbaud (chronique de novembre)

Publication en poche d'une nouvelle édition de Rimbaud sous forme d'Œuvres complètes*/** (Flammarion, GF, 422 p., 4,80 €)***, c'est la chronique de nouveauté du mois de novembre.

À noter la mise en vente presque simultanée, hasards du calendrier éditorial, chez Publie.net d'une version numérique reproduisant le fac-similé des éditions originales d'Une saison en enfer et des Illuminations.

* Voir la version numérique libre et gratuite des textes sur Wikisource.
** Voir la version numérique non verrouillée des textes vendue sur Publie.net.
*** Voir la
version numérique GF verrouillée vendue sur le site Immateriel.

 

dimanche 31 octobre 2010

Villon (chronique d'octobre)

Sortie d'une nouvelle édition des Œuvres complètes* de François Villon (Arléa, 297 p., 17 €)**, un beau volume bilingue texte original / traduction en français moderne (avec typographie bicolore), et c'est la chronique de nouveauté du mois d'octobre.

* Voir la version numérique gratuite des textes.
** Voir la présentation du livre papier sur le site de l'éditeur.

 

dimanche 17 octobre 2010

Souder (à propos des Indes noires)

Sortie d'un nouveau livre de François Bon, directement en numérique, un texte déjà mis en ligne dans une première version il y a quelques mois : Les Indes noires (Ed. Publie.net, 50 p., 2,99 €).

Le narrateur, soudeur par faisceau d'électrons, raconte la découverte de l'Inde, plus précisément de Bombay, où il est envoyé faire des soudures de précision dans un centre atomique. Visions de la pauvreté, de la mégalopole, de la violence, de l'injustice des castes, portraits des ouvriers locaux avec qui il devient ami : Mister Camel, Shimpy, Bailea, Madu. Un livre bref et énergique, avec un final pétrifiant. Superbe.

Extraits :

"J’ai vu comme ça brûler, dans ces quatre mois, par hasard, comme au temps du Londres de bois, un quartier entier : foules qui fuient, rues cernées, et le craquement fou des flammes, le taxi qui vous emmène en expliquant qu’on va prendre une autre route, que cela vaut mieux" (...)

"L'Inde c'est trop fort, ça soûle." (...) "On vous explique que les castes c’est fini, mais chaque étage se venge sur celui d’en dessous de ce qu’il subit d’au-dessus." (...)

"À Bombay, quand j’avais besoin d’un tournevis, j’appelais Bailea Todankar, dit Bill. Je lui racontais ce que je voulais, il penchait la tête un peu de côté, et on prenait la matinée, ensemble, pour aller le fabriquer. Une fois, on n’y arrivait pas, à l’usine. Il m’a dit de l’attendre à l’entrée du Centre atomique, le soir six heures, et on est parti dans les fonds de Trombay, chez un type qui bricolait des moteurs de taxi : un garage en plein air (d’ailleurs, ils dormaient sur place), et là on a bricolé notre clé ou je ne sais plus, pour les besoins du réacteur nucléaire." (...)

"Madu, Madu le polyo. Longtemps après, j’ai reçu une lettre, qu’il avait fait écrire. Que, si je lui trouvais du travail, même dur, il viendrait. Parce que son frère le pêcheur avait dû arrêter, il n’y avait plus la barque, et que son salaire de pointeau ne suffisait pas. Je n’ai pas répondu."

 

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