CE MÉTIER DE DORMIR

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lundi 12 septembre 2011

L'espace vide (à propos des Oiseaux de paradis)

Je viens de lire Les oiseaux de paradis (Ed. Joëlle Losfeld, 126 p., 13,50 €) de Lise Benincà, très beau livre sur la mort, sur l'absence du compagnon décédé accidentellement, racontée par celle qui reste seule.

L'annonce du décès, l'incinération, puis l’apprentissage de l'existence après, la description de cet espace vide qu'est l'absence définitive, et aussi une méditation sur la condition d'êtres vivants temporaires (Buffon est souvent cité, le Muséum d'histoire naturelle est très présent). La veuve, sa sœur, la sœur du défunt, la mère du défunt, plusieurs femmes réagissent à ce décès (des femmes, mais jamais d'hommes ou presque). Beaucoup de distance, de force poétique, de fausse simplicité et de grande complexité dans ce livre de Lise Benincà, qui avait déjà signé en 2008 Balayer fermer partir. Pour ce deuxième ouvrage, sa voix s'approfondit et développe davantage encore son mystérieux toucher. Le meilleur livre que j'ai lu pour l'instant dans cette rentrée littéraire.

Extraits :

"Je vis et je dors contre l'espace vide de Samuel, sa place dans le lit laissée vide, sa place dans l'appartement laissée vide, sa place dans le monde laissée vide aussi." (...)

"Le silence inhabituel du soir, les deux oreillers, les placards pas encore vidés, la radio le matin qui ne s'allume plus toute seule, c'était lui, quand je me levais, les informations qu'il écoutait avant de partir, les deux brosses à dents, je n'arrive pas à jeter sa brosse à dents ai-je dit à Flavie" (...)

"Elle dit : Dites-moi qu'il reviendra je vous en supplie dites-moi qu'il reviendra je vous en supplie dites-le moi" (…)

"Donner de petites gorgées d'eau à l'oiseau, des miettes de pain imbibées de jaune d'œuf déposées dans le creux de son bec, observer, la vie qui palpite en lui et qui peut-être choisira de rester. Qui n'a pas mis un jour tous ses espoirs dans la survie d'un oiseau ?"


 

mercredi 31 août 2011

Proust (chronique d'août)

Sortie d'une nouvelle édition de Du côté de chez Swann* de Marcel Proust (Point deux, 864 p., 9,90 €)**, dans une reliure surprenante mais finalement pratique, et c'est la chronique de nouveauté du mois d'août.

* Voir la version numérique gratuite du texte.
** Voir la présentation du livre papier sur le site de l'éditeur.

 

samedi 30 juillet 2011

Céline (chronique de juillet)

Sortie en poche des Lettres à la N.R.F.* de Céline (Gallimard, Folio, 247 p., 5,70 €)*, c'est la chronique de nouveauté du mois de juillet.

* Voir la présentation du livre papier sur le site de l'éditeur.

 

vendredi 22 avril 2011

Déployer sa colère (à propos de Ce que j'appelle oubli)

Lecture du nouveau livre de Laurent Mauvignier, Ce que j'appelle oubli (Ed. de Minuit, 62 p., 7 €).

Ce livre est librement inspiré d'un fait divers survenu à Lyon en décembre 2009 : après avoir volé une bière dans un supermarché, un homme avait été interpellé par les vigiles qui l'avaient battu à mort. Ce fait divers effroyable avait beaucoup choqué (voir notamment ce texte de François Bon).

Ce que j'appelle oubli est un livre exceptionnel, un hommage à cet homme rejeté par la société et lâchement assassiné, un tombeau au sens artistique du terme. Laurent Mauvignier se fait l'avocat littéraire de cet homme, il lui rend la parole et transcrit ses derniers instants dans cette sorte de lettre adressée au petit frère de la victime. Le livre est écrit dans un souffle, une seule phrase parfaitement équilibrée, jamais ni trop rapide ni trop lente, qui balaie toute la vie et toutes les pensées de cet homme, mais aussi de ceux qu'il a croisés, en pivotant d'une voix à l'autre pour mêler alternativement les monologues intérieurs de chacun.

Mauvignier a toujours cette impressionnante capacité à déployer sa colère, à tenir la phrase assez haute pour ça, afin de pouvoir imprimer cette colère sur les lecteurs, donc sur le monde. Et toujours cette profusion de détails, qui s'accumulent comme des flashs, incroyable technique d'écriture servie par un style abrupt, mais d'une verticalité multiple.

Extraits :

"car alors que lui était vide de tout ils ont pris son corps pour le remplir et le gaver des défauts dont ils voulaient se débarrasser, eux, comme un sac à remplir de pierres, de gravats, de déchets, et il s'est retrouvé gros et difforme de leurs mensonges"  (...)

"alors je ne me plains de rien sauf d'avoir glissé trop vite, si vite, dans la mort, de ne pas avoir su résister un peu, mais, je te l'ai dit, toujours cette connerie d'espoir qui me fait croire que ça va s'arranger"

 
NB : À lire impérativement, pour les amateurs de Laurent Mauvignier, l'excellent dossier que lui consacre la revue Décapage dans son N°43 Printemps-Été 2011.
    
 

lundi 28 février 2011

Kafka (chronique de février)

Parution en poche des Lettres à Max Brod * de Franz Kafka (Ed. Rivages, Poche, 473 p., 10,50 €) et c'est la chronique du mois de février.

* Voir la présentation sur le site de l'éditeur.

 

lundi 14 février 2011

Flotter dans les livres (à propos de Où s'arrête la terre)

Sortie en livre numérique de Où s'arrête la terre de Michèle Dujardin (Ed. Publie.net, 32 p., 3,49 €).

Des souvenirs d'enfance dans une ville-monde, jamais citée mais dans laquelle on reconnaît Marseille, présence obsédante de la mer et des livres, primat du corps et des sensations sur tout le reste.

Un texte vraiment magnifique, simplicité, grande force de vision, poésie continue, à la fois très accessible et d'une densité rare. À lire d'urgence.

Extrait :

"on aime les livres, on vit dedans – on flotte – ça traverse les murs, les livres – ça traverse le temps – le bruit des livres, qui entre par les yeux – toutes ces voix, les unes après les autres, qui se répondent – chacune à son étage, de son balcon – des voix qui peignent, qui montrent – des choses comme des campagnes, avec des saisons – de l’herbe grasse et des fleurs des champs – des automnes rouges, des cours de ferme – de la neige et des feux de bois – des sources où boivent des biches, et des forêts – on aime ça, les vaches tranquilles dans le pré, qui paissent librement –" 

NB : Michèle Dujardin est notamment l'auteur d'Abadôn, paru en 2007 aux Éditions du Seuil.
 
MàJ 2012/11/23 : le texte est aussi disponible en livre relié chez Publie Papier.
 

lundi 31 janvier 2011

Fitzgerald (chronique de janvier)

Sortie d'un livre exceptionnel, le recueil de textes autobiographiques Un livre à soi de Francis Scott Fitzgerald (Les Belles Lettres, 320 p., 13,50 €)*, et c'est la chronique de nouveauté du mois de janvier.

* Voir la présentation du livre sur le site de l'éditeur.

 

vendredi 28 janvier 2011

Les trente ans de Paradis

Il y a 30 ans, en janvier 1981, paraissait aux Éditions du Seuil Paradis* de Philippe Sollers.

La publication de Paradis avait été entamée au printemps 1974, à raison d'une dizaine de pages dans chaque numéro trimestriel de la revue Tel Quel, mais l'événement a été cristallisé par cette publication du texte intégral en un seul volume. En 1986 paraissait Paradis 2. Puis en avril 1990, en ouverture du N° 30 de la revue L'Infini, figurait un texte de deux pages intitulé Paradis III.

Une monumentale édition critique et commentée de Paradis a été établie par Thierry Sudour et les premières pages en ont été publiées en 2002 dans la revue L'Infini N° 79.

Paradis est un des livres qui m'ont le plus influencé dans mon travail d'écrivain et aujourd'hui encore il ne se passe pas un mois sans que je réouvre ce roman que je considère comme fondamental dans l'écriture du Je.

* On trouve toujours sur le marché de l'occasion des exemplaires de l'édition originale de Paradis, disponible dorénavant en poche (Points, 346 p., 7,50 €). Paradis 2 est aussi disponible en poche (Folio, 131 p., 4 €).

 

vendredi 7 janvier 2011

Ressorts cachés (à propos de Dans la peau de Patrick Modiano)

Lecture de Dans la peau de Patrick Modiano (Fayard, 282 p., 19 €) que vient de publier Denis Cosnard.

Denis Cosnard, qui s'occupe depuis des années de l'excellent site web Le Réseau Modiano, a fait une biographie en forme de radiographie, lisant les livres du romancier en en recherchant les ressorts cachés, puisque tous les romans du monde possèdent un ressort caché, une cause à l'écriture et à la publication.

Trente-deux chapitres portant chacun comme titre une phrase de Modiano, le tout écrit dans un style abordable, incroyablement détaillé et précis, avec des mini-biographies de tous les personnages réels qui, sous un autre nom, peuplent les romans de Modiano. La mise au jour du caractère autobiographique (autofictif ?) codé de ses romans est en effet un des apports de cette biographie, et on apprend ici des dizaines de secrets modianesques. Un livre incontournable pour les inconditionnels du romancier, dont je suis.

(Voir les extraits du livre parus dans L'Express)

 

vendredi 31 décembre 2010

Gracian (chronique de décembre)

Sortie d'une nouvelle édition de L'Homme de cour * de Baltasar Gracian (Gallimard, Folio, 656 p., 9,40 €)**, c'est la chronique de nouveauté du mois d'octobre.

* Voir la version numérique gratuite des textes.
** Voir la présentation du livre papier sur le site de l'éditeur.

 

samedi 11 décembre 2010

Ne rien perdre (à propos du Journal de Stendhal)

Lecture, fasciné, d'une nouvelle édition du Journal de Stendhal (Gallimard, Folio, 1280 p., 13,50 €).

Je feuillette au hasard, je lis les pages sur Milan, sur Padoue, sur Venise, la joie de vivre en Italie. Les pages sur ses maîtresses aussi méritent la lecture urgente, la documentation sexuelle qu'il recueille. Les notations politiques, artistiques (peinture, musique), ou tout simplement sur la vie quotidienne, tout nous parle dans ce journal.

C'est le Stendhal d'avant Stendhal, de 1801 à 1823, l'enregistrement quotidien qu'Henri Beyle fait de lui-même, avec la volonté de ne rien perdre de ce qu'il est au présent. Contrairement à beaucoup de diariste, et même s'il s'ennuie lui-même parfois dans son quotidien, l'écriture de Stendhal n'est jamais ennuyeuse, le texte est toujours vivant, captivant, inventif, avec une extraordinaire sincérité que l'on retrouvera cette fois maîtrisée dans ces chefs-d'oeuvres que sont Le Rouge et le Noir (1830) et La Chartreuse de Parme (1839).

Extraits :

"J'ai été dévoré d'ambition tout le matin, au point de ne pouvoir presque lire" (23 sept. 1806)

"Elle ne m'a pas reconnu. Cela m'a fait plaisir. Je me suis remis en lui expliquant que j'étais Beyle, l'ami de Joinville. "C'est le Chinois, quegli è il Chinese", a-t-elle dit à son père qui était là." (1813, chap. XVI du voyage en Italie)

"I go at breakfast time at Palfy's house. Je suis assez naturel et j'ai assez de dignité; je suis content de l'entrevue. Ses yeux semblent s'animer par ma présence. I believe that she thinks me retenu by somewhat, but virtue is ridicul" (3 mai 1810)

"Mon coeur est plein. J'ai éprouvé hier soir et aujourd'hui des sentiments pleins de délices. Je suis sur le point de pleurer." (Milan, le 8 sept. 1811)

"La chose qui me manquera le plus tôt lorsque je vieillirai, ce sera la mémoire" (24 sept. 1813)

 

mardi 30 novembre 2010

Rimbaud (chronique de novembre)

Publication en poche d'une nouvelle édition de Rimbaud sous forme d'Œuvres complètes*/** (Flammarion, GF, 422 p., 4,80 €)***, c'est la chronique de nouveauté du mois de novembre.

À noter la mise en vente presque simultanée, hasards du calendrier éditorial, chez Publie.net d'une version numérique reproduisant le fac-similé des éditions originales d'Une saison en enfer et des Illuminations.

* Voir la version numérique libre et gratuite des textes sur Wikisource.
** Voir la version numérique non verrouillée des textes vendue sur Publie.net.
*** Voir la
version numérique GF verrouillée vendue sur le site Immateriel.

 

dimanche 31 octobre 2010

Villon (chronique d'octobre)

Sortie d'une nouvelle édition des Œuvres complètes* de François Villon (Arléa, 297 p., 17 €)**, un beau volume bilingue texte original / traduction en français moderne (avec typographie bicolore), et c'est la chronique de nouveauté du mois d'octobre.

* Voir la version numérique gratuite des textes.
** Voir la présentation du livre papier sur le site de l'éditeur.

 

dimanche 17 octobre 2010

Souder (à propos des Indes noires)

Sortie d'un nouveau livre de François Bon, directement en numérique, un texte déjà mis en ligne dans une première version il y a quelques mois : Les Indes noires (Ed. Publie.net, 50 p., 2,99 €).

Le narrateur, soudeur par faisceau d'électrons, raconte la découverte de l'Inde, plus précisément de Bombay, où il est envoyé faire des soudures de précision dans un centre atomique. Visions de la pauvreté, de la mégalopole, de la violence, de l'injustice des castes, portraits des ouvriers locaux avec qui il devient ami : Mister Camel, Shimpy, Bailea, Madu. Un livre bref et énergique, avec un final pétrifiant. Superbe.

Extraits :

"J’ai vu comme ça brûler, dans ces quatre mois, par hasard, comme au temps du Londres de bois, un quartier entier : foules qui fuient, rues cernées, et le craquement fou des flammes, le taxi qui vous emmène en expliquant qu’on va prendre une autre route, que cela vaut mieux" (...)

"L'Inde c'est trop fort, ça soûle." (...) "On vous explique que les castes c’est fini, mais chaque étage se venge sur celui d’en dessous de ce qu’il subit d’au-dessus." (...)

"À Bombay, quand j’avais besoin d’un tournevis, j’appelais Bailea Todankar, dit Bill. Je lui racontais ce que je voulais, il penchait la tête un peu de côté, et on prenait la matinée, ensemble, pour aller le fabriquer. Une fois, on n’y arrivait pas, à l’usine. Il m’a dit de l’attendre à l’entrée du Centre atomique, le soir six heures, et on est parti dans les fonds de Trombay, chez un type qui bricolait des moteurs de taxi : un garage en plein air (d’ailleurs, ils dormaient sur place), et là on a bricolé notre clé ou je ne sais plus, pour les besoins du réacteur nucléaire." (...)

"Madu, Madu le polyo. Longtemps après, j’ai reçu une lettre, qu’il avait fait écrire. Que, si je lui trouvais du travail, même dur, il viendrait. Parce que son frère le pêcheur avait dû arrêter, il n’y avait plus la barque, et que son salaire de pointeau ne suffisait pas. Je n’ai pas répondu."

 

jeudi 30 septembre 2010

Baudelaire (chronique de septembre)

À côté des Fleurs du mal, il y a aussi Le Spleen de Paris* du même Charles Baudelaire (Folio, 177 p., 3,50 €)**, c'est la chronique de nouveauté du mois de septembre.

* Voir la version numérique gratuite du texte.
** Voir la présentation du livre papier sur le site de l'éditeur.

 

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