CE MÉTIER DE DORMIR

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mardi 11 décembre 2007

Condamnation d'Amazon France et avenir des librairies physiques

Le blog de Lekti nous apprend qu'Amazon France a été condamné sur les frais de port gratuit. La célèbre librairie en ligne ne pourra plus envoyer des livres sans faire payer à l'acheteur les frais de port.

On connaît le "problème" Amazon : ce site web de vente en ligne accélère les difficultés économiques des librairies physiques, or ces librairies physiques sont indispensables aux lecteurs, qui en sont tous conscients (ils savent qu'il n'y a que là qu'ils peuvent feuilleter des livres différents). Mais dans l'absolu, si Amazon est condamné parce qu'il ne facture pas les frais de port sur les livres, toutes les petites librairies pourraient l'être aussi de la même manière puisqu'elles paient leurs frais de port mais ne les répercutent pas (notamment pour les commandes). Ce n'est pas en interdisant à Amazon d'offrir les frais de port que les librairies résisteront à sa montée en puissance. La force d'Amazon est ailleurs : ils sont très rapides et ils ont un fonds énorme.

Rapidité : quand ils ont le livre en stock, ils le fournissent au lecteur en 24 heures (livraison express, certes plus chère) ou en 48 heures (livraison jusqu'ici gratuite). Actuellement, dans une grande ville comme Bordeaux, et sauf erreur de ma part, aucune librairie physique ne peut me fournir pour le lendemain matin un livre qu'ils n'ont pas en magasin (alors que pourtant des entrepôts de distributeurs se situent en banlieue de Bordeaux).

Fonds : quasiment tous les éditeurs se trouvent référencés sur Amazon, parfois contre leur gré, car le site aspire les bases de données de livres comme Dilicom ou Electre, et alors même que certains petits éditeurs refusent de livrer Amazon (par exemple parce qu'ils refusent leur remise). C'est ce large choix apparent qui fait d'Amazon un point central pour chercher et acheter des livres. C'est sur ce point que le "rêve" d'un portail SLF regroupant le fonds en temps réel de toutes les librairies françaises (vous cherchez un livre, on vous dit chez quel libraire proche de chez vous il se trouve actuellement) était une bonne idée.

mercredi 5 décembre 2007

Appel pour un tarif postal livres et revues, suite

Lekti-ecriture fait le point sur l' "Appel pour un tarif postal livres et revues" et propose en PDF un dossier complet sur le sujet. En résumé, depuis le lancement de la pétition il y a quelques mois, les choses semblent progresser dans le bon sens : les parlementaires et la Ministre de la Culture ont réagi plutôt favorablement.

En attendant d'obtenir un tel tarif, tous ceux qui ont des livres à poster doivent savoir que l'autorité chargée des Postes, l'ARCEP, a pris une décision qui oblige les guichets de la Poste a accepter l'envoi au tarif "Lettres" des petits colis, dont les livres (dixit l'ARCEP : "Il est parfaitement légitime que l’opérateur développe des produits orientés vers certains usages (envoi de livres, envois de photos, de bouteilles de vin) mais il ne peut pas contraindre les usagers à y recourir.").
 

jeudi 23 août 2007

Le point sur les 6000 livres vandalisés à Lagrasse

Deux semaines après l'acte de vandalisme qui a vu des inconnus répandre de l'huile de vidange sur plus de 6000 ouvrages lors du salon "Le Banquet du Livre" de Lagrasse, les éditions Verdier, organisateurs de la manifestation, font le point sur les conditions dans lesquelles a pu avoir lieu cet acte, ainsi que sur l'enquête judiciaire en cours, et la question des indemnisations.

On apprend notamment que les chanoines de l'abbaye contiguë aux lieux de la manifestation n'avaient manifesté aucune réserve avant le début du salon et que les protestations ont débuté après un article polémique du journal Le Figaro.

On apprend également que les assurances refuseraient de prendre en charge l'indemnisation du préjudice (environ 70.000 €) au motif que le vandalisme ne faisait pas partie des risques qu'elles couvraient.

Parmi les multiples réactions et condamnations de cet acte dont la violence terrifie, et qui ressemble à un autodafé, on peut lire cette note de Philippe Sollers :

"Des crétins sont allés verser de l’huile de vidange sur des livres, dans une librairie de province. Le prétexte ? Un colloque sur « la nuit sexuelle », titre d’un livre publié bientôt de Pascal Quignard. Il y avait aussi, pour chauffer les esprits fragiles, des projections de films d’Oshima et de Pasolini. Le problème est que tout ça avait lieu dans une moitié d’abbaye, l’autre moitié étant occupée par des moines. Une pollution nocturne des moines ? Impossible. Un commando intégriste situationniste ? Qui sait ? Après tout, Dieu a ses dévots, souvent commandés par le Diable."

Voir aussi la réaction de François Bon, qui à propos de ces vidangeurs, exprime "tristesse et rage" (avec des liens vers d'autres réactions), et également dans l'hebdomadaire Le Point le témoignage d'une journaliste présente sur place.

mardi 17 juillet 2007

Qui a peur d'Internet ?

A lire d'urgence, sous la plume de François Bon, un billet intitulé Vers un Internet de littérature, qui synthétise les grandes questions récentes de l'actualité éditoriale, notamment la question des frais de port gratuit pour les librairies en ligne, mais aussi celle de l'autonomie de l'auteur vis-à-vis de l'économie de l'édition telle qu'on l'a connue depuis des décennies.

La question qu'on peut finalement se poser, à la lumière des évolutions très rapides qu'amène le Net, c'est : qui en a peur ? qui a peur d'Internet ? réponse : tout le monde, sauf l'auteur. L'auteur a tout à y gagner. Mieux : de plus en plus, son travail apparaîtra d'abord sur le Net, sur son site personnel, ou sur un site collectif, soit sous forme de notes de travail sur un roman en cours (le billet d'Emmanuelle Pagano s'interrogeant sur son nouveau roman pour lequel elle a déjà un projet de titre), soit sous la forme d'une oeuvre in progress et d'une sorte totalement nouvelle (la poésie de Fred Griot).

Les oeuvres littéraires seront de plus en plus disponibles d'abord sur le web, en quelque sorte en exclusivité, et qui plus est gratuitement, et ne seront ensuite que validitées par la reconnaissance du papier, éditeurs traditionnels, et grande presse. Le dernier roman de François Bon publié en 2006 chez Fayard, ''Tumulte'' (texte dense, complexe, traversé de visions, très cohérent malgré sa forme séquentielle), a d'ailleurs été intégralement écrit d'abord pour une mise en ligne sur le site de l'auteur.

Reste, dans cette évolution, trois ou quatre acteurs du monde du livre qui ont du souci à se faire en effet, et dont on peut comprendre la peur : les libraires, actuellement les plus exposés; puis les diffuseurs et distributeurs, dont la place prééminente sera rapidement maintenant remise en cause; les éditeurs, qui ne sont plus les découvreurs qu'ils étaient, parce que n'étant plus à la pointe de la nouveauté et premiers lecteurs de l'oeuvre comme jadis; et enfin les journalistes, dont le rôle prescripteur est diminué par les blogs, notamment ceux de certains petits libraires (par exemple Litote en tête).

Ces libraires, diffuseurs, éditeurs, et journalistes feraient bien de très vite surmonter leur peur d'Internet et l'investir sereinement, dans l'esprit d'ouverture et d'échange (voire de gratuité) qui a toujours été, et restera - c'est une intuition - l'esprit d'Internet.

mardi 26 juin 2007

La Poste et les livres

Le décision de justice interdisant aux librairies en ligne de pratiquer les frais de ports gratuits (interdiction pour cause d'infraction à la loi Lang) continue de provoquer des dégâts en cascade. François Bon suit l'affaire au jour le jour et relaie aujourd'hui le billet pessimiste de Lekti-ecriture qui craint de devoir stopper brutalement son activité, pourtant remarquable et innovante, de vente en ligne des livres de nombreux éditeurs de création. Les sites web de vente en ligne de Mollat, Sauramps, Ombres Blanches sont aussi touchés par l'interdiction des frais de port gratuits.

Mais cette décision de justice est aussi le révélateur d'un autre problème : l'augmentation récente des tarifs d'expédition de la Poste qui, pour cause de privatisation et maximisation du profit, interdit dorénavant l'envoi des livres au tarif "Lettre" (devenu "Lettre prioritaire" depuis peu) et impose le tarif "Colissimo". On est ainsi passé de 2,90 € à 5,10 € pour un livre de 300 g. Les actionnaires de la Poste seront ravis mais les amateurs de livres beaucoup moins.

Proposition : et si le gouvernement légiférait par décret et imposait à la Poste d'aider le livre ? et si était créé un tarif "Livre" applicable à tous, particuliers, éditeurs, librairies, et particulièrement bas, conçu comme une aide au livre ? Par exemple, 1,50 à 2 € pour un ouvrage de moins de 300 g et de dimensions 14 x 21 cm.

Le livre doit pouvoir voyager librement : pour se faire, il doit pouvoir être envoyé par la Poste, à un tarif préférentiel. Le tarif actuel (enveloppe PosteLivre à 4,70 €) ne l'est pas.

Avec un tarif "Livre" à moins de 2 €, le paiement des frais de port redeviendrait possible et la librairie en ligne pourrait vivre et même offrir des frais de ports lorsqu'ils sont inférieurs à 5 % du prix du livre (taux de remise maximal autorisé par la loi Lang).

C'est ce que demande déjà une pétition lancée par les éditions de l'Atelier du Gué.

MàJ 26/06/2007 : sur l'affaire des frais de port gratuits, lire le billet d'Hubert Guillaud sur La Feuille qui remarque judicieusement que lorsqu'un client commande un livre dans une librairie, ce client ne paie pas les frais de port (particulièrement vrai pour les petites librairies qui souffrent de frais importants d'envois de livres).

dimanche 27 mai 2007

Les librairies en ligne face à la condamnation des frais de ports gratuits

Lu sur le blog de Lekti-ecriture : la condamnation d'Alapage dans l'affaire des frais de ports gratuits sur les librairies en ligne :

"La société Alapage, assignée en justice par le Syndicat de la Librairie Française, a été condamnée en appel (le premier jugement date de 2005), en raison de la politique affichée d'offrir les frais de port, quelque soit le montant de la commande.

Offrir les frais de port, en partie ou en totalité, comme l'indique clairement le jugement, est considéré comme une vente à prime, illégale dans le cadre de la loi sur le prix unique du livre (loi Lang)."


Cette décision, assez logique, est un coup dur pour les Amazon, Alapage, Chapitre.com, et autres FNAC, et risque de ralentir leur expansion. Ajouter au prix du livre 3 ou 5 euros fait réfléchir et le lecteur aura tendance à plutôt aller voir son "vrai" libraire au coin de la rue. Pourtant, est-ce que ça arrêtera pour autant le phénomène de déplacement des achats du magasin physique vers le magasin en-ligne ?

Sur la nouveauté du mois, pas de souci, la librairie physique est avantagée car le lecteur peut feuilleter.

Mais sur la commande du livre non disponible (sur le fonds), attention : le nerf de la guerre, c'est la rapidité. Quand une grosse librairie ne peut pas se faire livrer un ouvrage de moins d'un an en 48h, la plus performante des librairies en ligne (devinez de laquelle je parle) respecte scrupuleusement les délais qu'elle annonce et, moyennant un frais de port de 10 €, vous livrera le lendemain matin avant 13h tout livre que vous commanderez ce jour jusqu'à 15h (si tant est bien sûr que le livre soit annoncé disponible en 24h).

Les librairies traditionnelles doivent donc raccourcir leurs délais de livraison sur les commandes. Les livres de plus d'un an, ceux que les librairies en ligne ne vous livrent qu'en "11 à 13 jours" doivent pouvoir être reçus chez votre libraire au coin de la rue en 3 ou 4 jours. C'est sur ce délai qu'il faut agir, avec des formules-choc et des grandes campagnes marketing, pourquoi pas, comme "Commandé le mercredi, chez votre libraire le samedi".

Une grande société de vente par correspondance a mis au point il y a quelques années un service "48h chrono" qui livre dans un point de vente près de chez soi tout produit commandé dans le catalogue; pourquoi les librairies traditionnelles sont incapables de le faire pour tout le stock Hachette, SODIS ou Volumen ?