Les Editions du Seuil lancent une nouvelle collection,
"Déplacements", présentée aujourd'hui au
Salon du Livre de Paris. Elle est dirigée par François Bon.
Le projet est ambitieux et la lecture de la longue
présentation mise en
ligne sur le site Tiers Livre de François Bon, passionnante. Ce dernier
présente ainsi la collection :
"Il y a, dans les revues qui s’ouvrent à l’expérimentation et aux nouvelles
voix, dans ce qui circule de création littéraire sur Internet, des indices qui
ne trompent pas : des textes hors roman, des récits brefs, qui questionnent le
réel et l’image, appellent souvent la voix, la performance. C’est pour cette
inscription hors genre que nous avons pris à Henri Michaux l’intitulé de cette
collection : Déplacements.
(...)
Jamais ce qui touche au livre n’a été rejoint par un bouleversement si rapide.
Ces écritures neuves interrogent ces ruptures, du livre et du monde. C’est
parce que nous participons nous-mêmes de ce bouleversement, qu’il y a urgence à
entendre ces voix neuves, se mettre à l’écoute de comment ceux qui entrent
aujourd’hui en écriture se saisissent du récit et du monde."
Les six premiers livres annoncés et à paraître jusqu'en février prochain sont
signés Béatrice Rilos, Pascale Petit, Jérôme Mauche, Michèle Dujardin, Arnaud
Maisetti, et Lise Beninca.
Il s'agit à l'évidence pour Le Seuil de renouer avec l' "avant-garde"
littéraire, pour reprendre un terme qu'on utilisait jadis. La collection devra
restaurer le prestige littéraire qui était celui de la maison de la rue Jacob à
l'époque de la collection "Ecrire" de Jean Cayrol et surtout "Tel Quel" de
Philippe Sollers dont la réputation dépassa les frontières de l'Europe. Dans le
même temps, "Déplacements" fait penser à un nouveau "Verticales" (cette
dernière collection étant passée chez Gallimard lors du rachat du Seuil par La
Martinière).
Ma réaction en tant qu'auteur, donc intéressé par un futur éditeur ? Il y a des
choses qui me plaisent, d'autres moins.
Ce qui me plaît le moins, d'abord : les couvertures, plus ou moins copiées sur
celles de "Verticales". Mon avis personnel, c'est que quand un texte est un
texte d'avant-garde, mieux vaut ne pas éloigner le lecteur par une couverture
d'avant-garde, mais au contraire l'attirer avec une couverture très classique,
avec un cartonnage et un papier traditionnels (c'était ce que faisait par
exemple
farrago : typographie,
vignette dessinée par André Masson, carton vergé; ou tout simplement "Tel Quel"
: la couleur marron substituée à celle rouge du Seuil et au bas du cadre une
mention 'Collection Tel Quel'). Autre impression mitigée, plus globalement
cette fois : une certaine austérité d'ensemble, notamment dans les titres et
les photos d'auteur (seule Béatrice Rilos sourit).
Ce qui me plaît, maintenant : apparemment pas de contraintes commerciales sur
le sujet et la forme stylistique des livres, Le Seuil semble laisser carte
blanche au directeur de collection, François Bon. Espérons que ça dure à l'ère
La Martinière et avec toutes les
menaces
pesant ces temps-ci sur Le Seuil. Autre bon point : le refus revendiqué des
romans avec narration suivie (le roman-roman, plaie actuelle chez beaucoup
d'éditeurs). Enfin, et, finalement c'est le principal : la vraie littérature
semble au rendez-vous (à lire les courts extraits). J'ajoute aussi : mon
intuition qu'il y a d'ores et déjà dans cette collection un livre fascinant :
Manière d'entrer dans un cercle & d'en sortir, de Pascale Petit,
sortie le 3 mai (j'ai aussi une curiosité pour
Balayer fermer partir
de Lise Beninca, sortie prévue en février 2008).
NB : à noter aussi une initiative surprenante et
bienvenue, voire une première éditoriale : chaque livre contient une postface
de l'auteur dans laquelle il "revient sur ses intentions, sur son mode
d’écriture, sur sa façon d’interroger le monde", ce qui fait entrer le lecteur
dans l'atelier de l'artiste (et même, pour prolonger la métaphore picturale,
offre une visite guidée du musée par le peintre en personne).
MàJ : lire aussi dans
Livres-Hebdo de la semaine dernière l'interview
de François Bon qui comme à son habitude joue la transparence en racontant les
détails de la naissance de la collection et en donnant même le montant de
l'à-valoir versé aux auteurs (1500 €).