CE MÉTIER DE DORMIR

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mercredi 9 mars 2011

Bordeaux, Hubert Lucot et Claude Chambard chez Mollat

Dans le cadre du Printemps des poètes 2011, la librairie Mollat accueillait au 91 rue Porte-Dijeaux deux poètes contemporains, Hubert Lucot et Claude Chambard, interrogés l'un après l'autre par Didier Vergnaud devant une salle quasiment pleine.

Hubert Lucot a parlé de son dernier livre, Le Noyau de toute chose (Ed. POL). Sur sa façon particulière de pratiquer l'exercice du journal, il a expliqué : "Le travail de la langue amène à romancer le réel. (...) Je suis de plus en plus libre par rapport à ce journal, dans la double perspective intime du roman et du poème". Hubert Lucot a aussi fait une lecture de deux passages troublants, l'un dans lequel l'auteur vient faire une rencontre à l'intérieur d'une prison, l'autre relatant le suicide par défenestration d'une voisine de son immeuble.

Claude Chambard a de son côté présenté son nouveau livre, Carnet des morts (Ed. Le bleu du ciel) qui paraît ce mois-ci, dont il a fait une longue lecture. Il a expliqué que ce volume était le quatrième* d'un ensemble qui en comptera douze, chacun des douze livres comprenant lui-même douze chapitres. Il est aussi revenu sur une de ses marques de fabrique : l'utilisation dans tous ses textes, même en revue, de l'esperluette "&" en lieu et place de la conjonction de coordination "et".

Le podcast est en ligne sur le site de Mollat.

 * Après La vie de famille (2002), Ce qui arrive (2004), et Le chemin vers la cabane (2008), tous aux Éditions Le bleu du ciel.

 

mardi 1 février 2011

Bordeaux, Christine Angot chez Mollat

Passage de Christine Angot chez Mollat, venue présenter son nouveau roman, Les Petits (Ed. Flammarion).

Passionnante rencontre (modérée par l'universitaire Jean-Michel Devésa), qui a permis à Christine Angot d'exposer en profondeur la portée politique de son travail romanesque et de détailler la construction et le style de ce nouveau livre.

J'ai noté au vol sur mon calepin quelques passages.

À propos de la société et de la politique : "Je travaille par rapport à un regard social sur tel personnage ou tel autre. Mon ambition, c'est d'entrer dans cette réalité, c'est d'empiéter sur elle qui croit qu'elle est toute seule, qui croit qu'on ne la voit pas." (...) "J'ai voulu montrer qu'un appartement n'est pas un espace privé, que la violence du monde arrive à passer les murs, que tout ce qu'on connaît et qu'on appelle public, et violence politique, se prolongeait à l'intérieur, par le couple. (...) Les enfants, même touts petits, sont déjà au cœur de ce qui les attend plus tard." (...) "L'esclavage : ça paraît fou que dans l'Histoire quelqu'un ait dit : cet homme, cette femme, m'appartient. Comment une personne a regardé une autre et s'est dit : lui, il est à moi. Ici, je montre comment cette femme met cet homme à son service, comment il lui appartient".

À propos du style : "Qui s'intéresse à quelque chose dit de manière traditionnelle ? fait de manière traditionnelle, oui, c'est de l'artisanat, mais dit ? Il n'y a que le roman qui permet de dire de manière non traditionnelle et d'être sur une brèche politique". (...) "Je pense au son de la phrase en la confrontant à ce qu'on entend dans le réel." (...) "Quand vous écrivez, il faut être juste et exagéré, si vous n'exagérez pas le trait, rien ne sera vu".

Enfin, à une personne du public qui expliquait avoir été mise mal à l'aise par la lecture du livre dont les phrases lui semblaient 'sèches' et 'courtes', Christine Angot a répondu : "Ce qui vous a mis mal à l'aise, ce ne sont pas les 'phrases sèches', elles ne le sont pas, ce ne sont pas les 'phrases courtes', qui ne le sont pas non plus; ce qui vous a mis mal à l'aise, c'est ce qui est dit."

Le podcast intégral de la rencontre est disponible sur le site de Mollat.

 

mardi 30 novembre 2010

Bordeaux, Michel Houellebecq à la librairie Mollat

Escale assez inattendue de Michel Houellebecq à Bordeaux pour une séance de dédicace éclair, sans lecture ni rencontre, à la librairie Mollat.

Houellebecq est un auteur dont j'admire le classicisme du style et la force de vision poétique (sur ce point, je suis en opposition avec la quasi totalité de mes amis et collègues auteurs). Affluence des grands jours dans la librairie et attente d'une heure trente pour les lecteurs. Grande courtoisie du Prix Goncourt 2010, mais aussi l'impression d'un immense éloignement de sa part, et toujours cette concentration immobile (le fameux délai de réponse, déjà observé à la télévision et à la radio).

 

jeudi 25 novembre 2010

Bordeaux, Bernard Noël au festival Ritournelles

Venue de Bernard Noël à Bordeaux, avec une lecture programmée ce matin à la Bibliothèque Mériadeck dans le cadre du festival Ritournelles qui a lieu ici jusqu'au 27 novembre.

L'auteur du Château de Cène, qui a fêté ses 80 ans la semaine dernière, a prêté sa voix, d'une manière magnifique, à ses textes, donnant une lecture lente et très douce.

Bernard Noël a aussi débattu en compagnie de Mathieu Riboulet et Aurélie Loiseleur autour du thème de la journée, "Le corps écrit", remarquant notamment : "Quand on écrit un poème, on n'écrit pas sur une page, on écrit dans un volume".

 

vendredi 15 octobre 2010

Bordeaux, Philippe Forest chez Mollat

Passage de Philippe Forest chez Mollat, venu présenter son nouveau roman, Le siècle des nuages (Ed. Gallimard).

Passionnant échange avec un auteur volubile et décontracté, balayant l'histoire de l'aviation et de la littérature, évoquant incidemment d'autres auteurs, comme Blaise Cendrars, Louis Aragon ou Antoine de Saint-Exupéry.

J'ai noté à la volée sur mon calepin quelques phrases : "Il y a une volonté de ma part de m'affronter au genre de l'épopée" (...) "C'est un roman sur le temps, l'Histoire, mais aussi l'espace" (...) "Saint-Exupéry est un très grand styliste, je m'en suis aperçu en essayant de décrire ce qu'on voit d'un avion, Saint-Exupéry y parvient de façon remarquable."

Évoquant l'expérience singulière de pilote de ligne qui était celle de son père, il explique : "On flotte à la fois dans l'espace et le temps. Par exemple, quand nous lui demandions l'heure, mon père avait sa montre réglée en GMT, sur le Méridien de Greenwich, donc du coup il n'était pas dans le même temps que nous. Cela produit un rapport père-fils fait de relativité."

Sur la littérature et l'existence en général, Philippe Forest a aussi dit : "Toute vie est un roman, la liberté à laquelle nous pouvons accéder consiste à devenir le romancier de sa propre vie. Mentalement il s'agit de réinventer sa vie en la transformant en un roman dont on produise le sens" (...) "Pour un romancier, l'imaginaire investit tout espace vide, on se retrouve exproprié de sa propre vie à travers l'imaginaire qui s'infiltre partout" (...) "Il faut que le roman soit tourné vers l'avenir, il faut laisser le livre ouvert."

Le podcast de la rencontre est disponible sur le site de la librairie Mollat.

 

vendredi 8 octobre 2010

Bordeaux, Maylis de Kerangal chez Mollat

Passage de Maylis de Kerangal chez Mollat pour présenter son dernier livre, Naissance d'un pont (Ed. Verticales).

Maylis de Kerangal a donné pendant plus d'une heure des explications détaillées et enthousiastes sur sa démarche romanesque puis elle a terminé par une belle lecture d'un extrait du livre.

J'ai noté sur mon calepin quelques phrases de son intervention : "Dans mes livres, ce sont les lieux qui commandent tout, la question du paysage a été centrale ici." (...) "Les ouvriers sont de passage, mais les structures vont se fixer dans le paysage, elles vont rester." (...) "Ce n'est pas un livre où les personnages sont traités pour eux-mêmes, le héros c'est le pont, le pont conduit tout. Les personnages sont rivés à un poste, rivés à un travail, ils ont une fonction dans le chantier." (...) "J'ai mis 4 ans pour écrire ce livre. J'ai dû passer par deux autres livres [Dans les rapides (Ed. Naïve) et Corniche Kennedy (Ed. Verticales)] pour pouvoir le reprendre, j'ai dû faire des réglages dans mon écriture." (...) "La langue, c'est ce qu'il y a de plus consubstantiel à l'auteur, c'est son corps."

À propos de l'autofiction, elle a dit aussi : "Ca ne m'intéresse pas car je ne suis pas le sujet sur quoi j'écris. Je préfère être colonisé par un sujet. (...) Ce n'est pas de l'autofiction, c'est la fiction qui s'empare de moi."

Le podcast de la rencontre est disponible sur le site de Mollat.

 

vendredi 17 septembre 2010

Bordeaux, Jean-Pierre Spilmont chez Olympique

Passage de Jean-Pierre Spilmont à la librairie Olympique pour parler de ses livres, notamment de son dernier ouvrage, Sébastien (Ed. La Fosse aux ours, 139 p., 16 €).

Spilmont a parlé de ses textes et de son parcours de vie. Il a notamment confié qu'il a fait la guerre d'Algérie où il a vu des choses horribles. Beaucoup d'énergie et de colère sublimée chez cet auteur qui a publié pas moins de cinq livres durant les deux dernières années*. Et aussi une belle et longue lecture du début de Sébastien qui m'a vraiment impressionné.

* À noter que Jean-Pierre Spilmont est l'auteur 2010 du petit livre annuel de la librairie Olympique, avec un texte intitulé Le message (Ed. Librairie Olympique, 23 p., 6,50 €).

 

mercredi 8 septembre 2010

Bordeaux, Mathias Enard chez Mollat

Passage de Mathias Enard à la librairie Mollat, pour présenter son nouveau roman Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants (Ed. Actes Sud).

L'auteur de Zone a beaucoup parlé d'Histoire, il est revenu sur l'idée de ce livre, qui lui a été donnée lors de son séjour à Rome à la Villa Medicis, en feuilletant dans une bibliothèque une biographie de Michel-Ange où était rapporté que le Sultan Bajazet lui avait proposé de construire un pont qui enjamberait la Corne d'Or. Il a parlé du portrait qu'il fait de Michel-Ange dans son roman : "J'envisage un Michel-Ange tellement passionné par la beauté qu'il n'arrive pas à l'atteindre. Ce qui l'intéresse est au-delà. (...) Ce désir de mettre de la beauté dans le monde l'éloigne de la perfection que nous sommes et qui est l'altérité".

À propos des différences de longueur et de construction dans ses deux derniers livres, Mathias Enard précise : "Chaque sujet a sa forme, et la forme d'un livre est donnée par l'histoire. J'avais quelques petites choses à raconter, ce que j'ai fait, et j'ai donné à ce livre la forme d'un conte. C'est une nuit des Mille et une nuits." J'ai noté également ceci, sur l'idée de pont qui est le sujet du roman : "Le livre aimerait être un pont disparu, un pont à construire." Pour finir, Mathias Enard explique : "Je ne suis pas pessimiste. Il y a des constats terrifiants sur l'histoire du XXe siècle et il y a l'avenir. On utilise l'Histoire pour projeter une volonté d'avenir, il y a ces deux aspects : un aspect de constat et un aspect de projection".

Le podcast de la rencontre est disponible sur le site de Mollat.

 

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