CE MÉTIER DE DORMIR

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi 4 avril 2008

Bordeaux, lecture des textes d'Hélène Mohone par Sylvie Nève et Valérie Rouzeau chez Olympique

Sylvie Nève et Valérie Rouzeau lisaient ce soir à la librairie Olympique de Bordeaux les textes de l'écrivain Hélène Mohone, dont on a appris la disparition hier. Hélène Mohone était l'auteur de plusieurs livres dont Le coeur cannibale (Ed. William Blake & Co), L'enfant africaine (Ed. L'Amourier), et plus récemment Torpeur (Ed. La Cabane) et De loin (Ed. Atelier de l'Agneau). Plusieurs blogs, dont celui de Florence Trocmé (Poezibao), celui de Claude Chambard, et celui d'Angèle Paoli, ont fait des billets sur cette disparition.


La librairie était pleine et une quarantaine de personnes assistaient à cette lecture d'hommage à l'auteur prévue de longue date, et qui fut très émouvante. Ses amis et ses proches ont ensuite parlé de la personnalité d'Hélène Mohone.

La plus belle chose qu'un auteur puisse faire pour un autre auteur qui vient de disparaître, c'est de faire vivre plus fort ses textes, particulièrement en les lisant en public.

mercredi 19 mars 2008

Bordeaux, Aharon Appelfeld chez Mollat

Venue de Aharon Appelfeld  à la librairie Mollat pour la sortie de son roman La chambre de Mariana (Ed. de l'Olivier). La salle Albert Mollat était comble avec beaucoup de spectateurs debout. L'auteur de L'histoire d'une vie et Badenheim 1939 était interrogé par sa traductrice Valérie Zenatti qui retranscrivait les questions en hébreu et les réponses en français. L'enregistrement devrait être disponible dans les jours qui viennent sur la page podcast de Mollat.


Aharon Appelfeld parle avec douceur et rythme, assez bas, comme s'il racontait une histoire à sa traductrice, à laquelle il s'adresse, ne regardant que rarement le public. Sa voix est très assurée, presque une voix d'homme jeune mais posée. La beauté de l'hébreu ajoute encore à la magie et la totalité de la salle l'écoute dans un silence impressionnant.

Sur la littérature, il explique : "La littérature est, comme la musique, le meilleur substitut à la foi religieuse que nous avons perdue", "la littérature puise sa force dans le silence, c'est en quelque sorte une possibilité de contact entre soi et l'extérieur", "la littérature pure, c'est le retour vers les premières sensations, celles de l'enfance", "l'enfant que j'étais est toujours resté en moi".

Aharon Appelfeld explique : "mon arrivée en Israël a été comme la montée d'un puits de mort vers la vie". Il dit aussi : "j'ai été en contact avec les secrets ou les mystères de la vie : ces secrets ou ces mystères sont le lien que j'entretiens toujours avec mes parents". Et sur leur disparition : "ce n'est pas parce que nous ne voyons plus quelqu'un, qu'il n'est plus là".

A propos de Mariana, l'héroïne de son roman, il dit : "Elle fut pour moi une mère de substitution, une soeur de substitution, une bien-aimée de substitution". Et aussi : "Les mois que j'ai passés avec elle ont été l'école la plus importante de ma vie".

samedi 15 mars 2008

Bordeaux, lecture avec Emmanuelle Pagano au Marché de la Poésie

Emmanuelle Pagano et moi faisions une "lecture croisée" au Marché de la Poésie des Chartrons à Bordeaux : j'ai lu ses textes et elle a lu les miens. Ce fut pour moi, et je crois aussi pour Emmanuelle, un moment d'exception au milieu de nos vies agitées.


Pour préparer cette lecture, nous avions depuis plusieurs semaines relu la totalité de nos livres et textes parus en revue, ainsi que les manuscrits à paraître, afin d'en tirer une trentaine d'extraits, significatifs aux yeux de chacun du travail de l'autre (et ce fut l'occasion de constater tous les deux que les passages préférés de l'auteur n'étaient pas toujours ceux préférés par son lecteur). Emmanuelle avait ensuite effectué le montage des extraits choisis pour rapprocher au mieux les textes. Le "croisement" de nos livres a donc produit ce texte d'une dizaine de pages, très surprenant et que l'on peut télécharger ici.

Concernant le Marché de la Poésie de Bordeaux 2008, voir également des vidéos d'entretiens avec, notamment, Jean-Paul Brussac (organisateur de la manifestation et patron de la Librairie Olympique), les éditeurs de poésie Jacques Brémond (Ed. J. Brémond) et Franck Pruja (Ed. de l'Attente), l'éditrice de beaux livres Marie-Christine Moreau (Ed. La Part des Anges) et l'éditrice de littérature générale Delphine Montalant (Ed. Delphine Montalant).

samedi 8 mars 2008

Le pourcentage de droits d'auteur c'est 10%, pas 8%

Légère surprise en tombant sur la page 6 du petit dépliant didactique "De l'auteur au lecteur : la réalité du livre" que l'ARPEL vient de publier : un camembert intitulé "Le prix du livre, ce qui revient à chacun" indique que les droits d'auteur sont de 8% (le graphique précise "Ces chiffres sont donnés à titre indicatif, il s’agit de moyennes professionnelles").


Non, les droits d'auteurs ne sont pas de 8%, ils sont de 10%. Il y a une tendance des éditeurs à vouloir baisser à 8% ces droits d'auteur, nous devons refuser cette tendance. Il faut rester à 10%. La règle a été, et reste encore pour les auteurs installés, entre 10% et 11%, avec augmentation progressive à 12% à partir de 5000 exemplaires vendus, et 14% à partir de 10000.

Je signe mes contrats d'édition à 10%, point. L'à-valoir on peut toujours le négocier, mais le pourcentage de droits d'auteurs c'est minimum 10% du prix de vente hors taxe. Question de principe.

Si vous êtes éditeur et que vous avez un de mes manuscrits en lecture, inutile de me contacter pour me proposer un contrat à 8% non-négociable : je refuserai la publication et j'expliquerai publiquement sur ce blog les raisons de mon refus.

Il faut être ferme. Nous les auteurs, nous travaillons dur, nous créons, nous avons droit à nos 10%.

vendredi 15 février 2008

Bordeaux, Michel Deguy chez Mollat

Michel Deguy, de passage à à Bordeaux, était à la librairie Mollat pour présenter le Grand cahier Michel Deguy (Ed. Le Bleu du ciel), Réouverture après travaux (Ed. Galilée) et Michel Deguy, L'allégresse pensive (Ed. Belin).



Si on oublie les trop longues questions avec introduction du meneur des débats (la plus longue question a duré douze minutes, autant de temps enlevé hélas à l'invité), c'était une rencontre réussie, très intense, avec un Michel Deguy électrique, fulgurant, plein d'humour. Deguy a raconté notamment qu'il remettait souvent discrètement des anciens poèmes dans ses nouveaux livres, pour insister sur le propos, et que presque personne ne s'en rendait compte (rires dans la salle). L'intégralité de la rencontre a été enregistrée et est disponible en fichier sonore MP3 sur la page podcast du site web de Mollat.

J'ai noté, au milieu de la dérive brillante de son propos : "Le roman cache la prose française"; "La réponse à laquelle doit répondre tout artiste est : 'Comment envisage-tu le menaçant ?' "; "Le poème fait passer au ralenti la langue en parole : le poème ralentit la prose"; "La brièveté caractérise essentiellement la poésie".

Tout un passage sur la différence et sur le même : "la division du même contre lui-même"; "le voile de l'homonymie" (exemple du travail : "pour les uns le travail est temps perdu, aliéné, pour les autres comme nous les intellectuels, le travail c'est toute la vie : on travaille tout le temps car la pensée ne s'arrête pas".

Egalement, un passage sur la fusée éclairante : "Une fusée de feu d'artifice, c'est ce qui redescend en éclairant. Que fait le poème ? il montre l'exemple. Il ne faut pas toujours tout attendre d'en haut, les choses ne tombent pas du ciel. La fusée, elle ne vient pas du ciel : il s'agit de tirer soi-même son feu d'artifice".

Et aussi, à la fin, cette remarque sur Rimbaud, à l'occasion d'une question du public : "Chaque fois qu'on recommence à relire Rimbaud, on ne comprend rien".

vendredi 1 février 2008

Bordeaux, Alberto Manguel chez Mollat

Passage d'Alberto Manguel à Bordeaux, venu présenter son Livre des éloges (Ed. L'Escampette) à la librairie Mollat.


L'auteur d'Une histoire de la lecture conseille "la lecture à l'aveugle" (comme parfois on déguste les vins à l'aveugle, sans connaître le nom du cru). Egalement, il dénonce "une éducation de la stupidité qui vise à faire croire aux gens qu'ils ne sont pas assez intelligents pour jouir de la lecture". Alberto Manguel a aussi rendu hommage aux libraires indépendants, attaqués ces derniers temps par Amazon.fr et ses soutiens : "le libraire doit enseigner au lecteur ses passions, et un peu comme au bordel, lui procurer des partenaires amoureux". On peut écouter le podcast de la rencontre sur le site de Mollat (classé à la date du 1er février 2008).

Au passage, j'ai appris que Borges (dont Manguel a été l'aide) n'avait que 500 à 600 livres dans sa bibliothèque et qu'il n'y était pas attaché, les donnant volontiers à ses visiteurs. Plus triste : Alberto Manguel a indiqué que les Editions Actes Sud arrêtaient (pour raisons financières) la collection "Le cabinet de lecture d'AM" qu'il dirigeait chez eux.

vendredi 25 janvier 2008

L'écrivain est le puits de pétrole

A lire sur le site des Editions de l'Atelier In8, L'artiste au centre, une longue tribune de Claude Chambard (auteur notamment de La vie de famille (Ed. Bleu du ciel) et La dormition (Ed. Atelier In8), et également chargé de la vie littéraire à l'ARPEL).

C'est une excellente synthèse de la situation actuelle, qui personnellement me conforte dans l'idée qu'une politique d'aide à la littérature doit d'abord aider l'écrivain, avant l'éditeur, avant le libraire, avant la bibliothèque, puisque sans l'écrivain rien de nouveau ne se créé. Bref, l'écrivain est le puits de pétrole, et pourtant il reste le plus pauvre de tous les acteurs culturels.

Extrait de la tribune de Claude Chambard :

"La moyenne hebdomadaire de travail d’un écrivain à plein temps est de 21 h d’écriture + 14 h de lecture.
La moyenne hebdomadaire de travail d’un écrivain qui fait un travail en plus est de 14h d’écriture + 14h de lecture + 35 h (et +) de travail en plus (travailler plus pour ne pas gagner plus… Je rassure, les maigres droits d’auteur (lorsque qu’il y en a) passent en papier, imprimante, encre, stylos, envois postaux, ordinateur…).
(...)
L’écrivain n’a pas de statut. Il n’est intermittent de rien du tout. Un écrivain l’est 24h sur 24. C’est comme ça. Et il est bien mal rémunéré pour ce faire. 65% des écrivains contemporains vivent avec l’équivalent du RMI alors que dans le même temps la facilité – proximité, politiques publiques se passant les patates chaudes, réflexions sur la création réduites au degré zéro – le moindre comédien qui lit des textes (en général sans autorisation et sans reverser le moindre droit d’auteur alors que c’est la loi) se fait payer sur le dos du créateur. Que l’on commence donc par demander aux auteurs contemporains de venir lire leur travail, en parler, plutôt que d’embaucher des acteurs en mal de contrat.
Les opérateurs culturels (quelle vilaine expression) sont sans nul doute nécessaires ; en tous cas la politique culturelle, depuis Jack Lang, les a mis en place. Il serait louable qu’ils continuent d’avancer des propositions de développement culturel multimédia, sans devenir des tourneurs d’écrivains et autres artistes, ce qui est bien souvent le cas.
On en arrive à la situation paradoxale dans laquelle les artistes crèvent de faim alors que les intermédiaires entre eux et les publics, à défaut de vivre bien, s’en sortent souvent mieux qu’eux."

lundi 24 décembre 2007

Disparition de Julien Gracq

Julien Gracq, né Louis Poirier en 1910, s'est éteint avant-hier près de son domicile de Saint-Florent-le-Vieil. Il était l'auteur de livres essentiels, notamment Le Rivages des Syrtes, En lisant en écrivant, Au château d'Argol, la plupart publiés aux éditions José Corti. Il avait aussi fait partie des rares écrivains français à avoir été publiés de leur vivant dans la collection de la Bibliothèque de la Pléiade.

jeudi 6 décembre 2007

Bordeaux, Pascal Quignard à la Bibliothèque Mériadeck

Escale à Bordeaux de Pascal Quignard, venu présenter son livre La nuit sexuelle (Flammarion) à la Bibliothèque Mériadeck. La salle de conférences de 250 places était pleine et un rapide coup d'oeil montrait que des lecteurs aux goûts les plus divers avaient fait le déplacement. Pendant qu'étaient projetées sur le mur des reproductions géantes des peintures du livre, les fameuses "scènes indécentes", l'auteur a donné la lecture des passages les commentant.


Pascal Quignard a également, en introduction de sa lecture, mis en garde contre la nouvelle forme de censure qui apparaît : l'autocensure, celle des éditeurs et des auteurs. Il est revenu aussi sur le saccage de livres commis en août 2007 à Lagrasse, lors du "Banquet du livre" consacré à La nuit sexuelle (de l'huile de vidange avait été répandue par des inconnus sur plus de 6000 livres de la librairie installée pour le salon). Il a expliqué que ce vandalisme avait en quelque sorte réveillé sa combativité : "Cela m'a rempli de fierté d'avoir écrit ce livre, et face à la censure, je me suis dit que j'allais justement aller de ville en ville pour le défendre. Le périple se termine bientôt, je suis épuisé mais très fier."

Quignard a aussi rapporté sa réaction lorsqu'il est entré au matin dans la librairie saccagée : "Les rétroprojecteurs très coûteux : pas touchés par les vandales, le piano très cher installé là exprès pour la soirée : pas touché. Seuls les livres ont été touchés. Le symbole d'une liberté très individuelle, voilà ce qui a été touché." Au milieu du désastre, il a remarqué que les livres de Saint Augustin avaient été souillés, et pas ceux de Sade, comble d'ironie.

La lecture a été ouverte et refermée par quelques minutes d'un morceau du compositeur anglais baroque John Blow, écouté avec un impressionnant recueillement par Pascal Quignard, et ce fut pour toute la salle un moment très intense.

mardi 20 novembre 2007

Le rectorat de Grenoble veut-il censurer les auteurs enseignants ?

Dénoncée par Emmanuelle Pagano ("Ecrire avec l'autorisation du recteur"), une circulaire du rectorat de Grenoble datée du 12 novembre 2007 et réglementant le cumul d'activité des enseignants, institue une obligation d'autorisation préalable pour "la production des oeuvres de l'esprit", c'est-à-dire notamment l'écriture de romans (l'écriture et non simplement la publication). Auparavant, ces activités étaient traditionnellement exemptées de toutes autorisation, ne serait-ce que parce que naturelles aux enseignants, qu'il s'agisse d'ouvrages scientifiques ou de travaux littéraires. Une raison plus large était bien évidemment les droits fondamentaux que sont la liberté d'expression, d'opinion et de pensée.

Excès de zèle du rectorat de Grenoble ? Sans doute, car la modification législative récente de la loi de 1983, modification sur laquelle s'appuie la circulaire, semble pourtant claire : "La production des oeuvres de l’esprit au sens des articles L. 112-1, L. 112-2 et L. 112-3 du code de la propriété intellectuelle s’exerce librement" (art.25, III).


En attendant que le rectorat revienne sur sa circulaire ou qu'elle soit déférée devant le tribunal administratif, les auteurs enseignants résidant dans l'académie de Grenoble, et ils sont nombreux, et certains sont parmi les plus brillants écrivains français, devront demander une autorisation préalable d'écrire. Comme si toute une région, soudain, se transformait en une zone de non-droits dans laquelle pour tout fonctionnaire de l'Education nationale l'activité de penser par écrit devait être autorisée préalablement.

Voir aussi les billets de Laure Limongi, Dominique Fromentin, François Bon.


MàJ 05/12/2007 : Emmanuelle Pagano signale que "le rectorat reconnaît son erreur" et va modifier sa circulaire.

samedi 17 novembre 2007

Les 35 heures des écrivains

Il y a quelques temps, Emmanuelle Pagano avait fait un billet sur son "organisation en béton" de mère de famille écrivain (Mardi jour d'écriture). Dans ses Mémoires, Philippe Sollers détaille son emploi du temps quotidien (8h30-14h : écriture à la maison; l'après-midi : chez Gallimard; 22h30-minuit : lecture). Si je réfléchis bien, de mon côté, je ne fais à peu près rien d'autre que lire ou écrire. Combien d'heures par semaines ?


Tous les matins, 9h-12h : écriture. C'est-à-dire vraiment écriture : premier jet à la main, ou correction à la main sur un tapuscrit, ou dactylographie correctrice d'un premier jet, et tout ça sans se lever de son siège pour faire autre chose que du café (ma drogue légale). Impossible d'écrire plus de 3 heures, et pour dire vrai, après 2h on est épuisé. Donc : si ça a bien marché : 4 pages en 2h, et si ça a mal marché : 1 page en 3h.


Chaque après-midi, 14h : la paperasse administrative, les coups de téléphone à passer, bref les emmerdements en cours (nombreux, comme tout le monde), sans oublier les manuscrits à imprimer/relier/glisser dans l'enveloppe, poster. 15h-17h : les amis au café, rigolade, potins locaux. 17h30-19h30 : lecture, avec prise de notes (trouver le livre qui, à ce moment de ma vie, me touchera au point que j'en ferai une chronique du mois). Éventuellement, saut de puce chez Mollat, à La Machine à Lire, chez Olympique, ou chez Georges, si un auteur que je veux entendre passe par là, ou bien vernissage (notamment si le CAPC organise une exposition importante, ce qui arrive parfois). 21h30-23h30 : écriture du Carnet du lendemain. 23h30 : lecture rapide puis longue séance de projection de rêves jusqu'au matin.


Deux heures d'écriture le matin, une heure de lecture l'après-midi, deux heures d'écriture le soir, cinq heures sept jours par semaine, 7 x 5 = 35 heures. Je ne vous dis pas combien je gagne (zéro), puisque de toutes façons je ne fais pas ça pour l'argent.

samedi 10 novembre 2007

Disparition de Norman Mailer

Norman Mailer vient de disparaître, à l'âge de 84 ans, à New York. Il avait notamment publié Les nus et les morts (Ed. Albin Michel, 1950) et plus récemment Harlot et son fantôme (Ed. Robert Laffont, 1992). Voir le New York Times et les blogs de Dominique Hasselmann et de Jean-Louis Kuffer.

mercredi 7 novembre 2007

Bordeaux, Philippe Sollers chez Mollat

Passage de Philippe Sollers à Bordeaux à la librairie Mollat pour présenter Un vrai roman, Mémoires (Ed. Plon) et Guerres secrètes (Ed. Carnets Nord).


Très forte affluence, la salle est comble une demi-heure avant le début de la rencontre. J'ai rarement vu autant de monde pour une rencontre avec Philippe Sollers, des lecteurs et lectrices anonymes mais également beaucoup de têtes connues du milieu intellectuel bordelais. On dirait que la ville a compris l'importance de ce livre et qu'est rendu, ainsi, une sorte d'hommage silencieux à l'écrivain de passage dans cette cité qu'il appelle d'entrée "ma ville natale". Philippe Sollers, encore plus enjoué que d'habitude, est interrogé par Jean-Claude Simoën sur le mode du tutoiement et avec un certain ton de confidence.

 


On pourra écouter dès demain le podcast intégral de la discussion (je vous conseille, à environ 50 minutes du début, une imitation très réussie de François Mauriac faisant le portrait du jeune Sollers). J'ai retenu quelques passages : "C'est un livre de combat, ce sont des mémoires de combat"; "Je suis un écrivain espagnol de langue française"; à propos de l'amour : "La société a horreur des rencontres amoureuses. La société a horreur de ça, le diable a horreur de ça"; et aussi, toujours à propos de la société, cette expression lucide : "Mes soi-disant semblables".

lundi 5 novembre 2007

A propos du roman : "L'histoire des formes continue"

A voir absolument : le documentaire de Jean-Michel Mariou Les nouveaux malfaiteurs (émission "Qu'est-ce qu'elle dit Zazie ?", FR3, 1998) exhumé par François Bon, dans lequel on assiste notamment à un repas épique entre Pierre Michon, Jean Echenoz et Jean-Baptiste Harang, qui discutent de ce que recouvre aujourd'hui la notion de roman.


On découvre un Pierre Michon volubile (surprise pour ceux qui ne l'ont jamais rencontré personnellement), qui explique, à propos précisément de ce que a été, est, serait, sera, le roman : "L'histoire des formes continue."


Voir aussi le commentaire de ce documentaire par François Bon, qui apparaît dans le film, tout comme Pierre Bergounioux et Pascal Quignard.

dimanche 21 octobre 2007

Disparition de Edouard Levé

J'apprends à l'instant la triste nouvelle par le mail d'une amie, mais Libération l'avait annoncé mercredi : l'écrivain Edouard Levé s'est donné la mort lundi dernier à l'âge de 42 ans. Il était photographe et surtout l'auteur d'un livre vraiment troublant : Autoportrait (P.O.L, 2005). Il avait publié quatre ouvrages chez P.O.L et venait de remettre à son éditeur Paul Otchakovsky-Laurens le manuscrit de son prochain livre intitulé Suicide.


En juillet dernier, une autre jeune écrivain, Lisa Bresner, s'est suicidée. J'ai toujours pensé que notre travail d'écrivain était, malgré les apparences, un travail dangereux.


MàJ :
voir l'hommage de Laure Limongi et de Lignes de fuite.

samedi 13 octobre 2007

Bordeaux, Nathalie Quintane au festival Ritournelles

Suite du festival Ritournelles à Bordeaux au Concept Store Michard Ardillier, avec la présence de Nathalie Quintane.



Discrète et toute en force modulée, elle a lu des extraits de son prochain livre (à paraître début 2008) au milieu d'une trentaine de personnes en cercle dans la Galerie Bordelaise. Des passages de Faux-barrage avaient été imprimés sur la vitrine du magasin accueillant l'événement. Au milieu de sa lecture, je retiens cette phrase : "J'ai toujours faim, je digère très bien, et je dors comme une pierre".


jeudi 11 octobre 2007

Bordeaux, Julien Blaine et autres, au festival Ritournelles

Festival Ritournelles à Bordeaux au Loft privé le 10 octobre, avec comme invités les auteurs des éditions Inventaire/Invention. Belle performance de Julien Blaine lisant avec sa voix caverneuse mais néanmoins à l'accent marseillais, son enragé Cuba-Cola (Ed. Inventaire/Invention, 2006).


Julien Blaine

Egalement : Jean-Michel Espitallier, très drôle et bien sûr très logique avec lui-même. Et aussi des lectures de Patrick Bouvet et Philippe Adam. Grosse affluence (salle pleine), chouette ambiance, excellent vin.

mardi 9 octobre 2007

Travailler sans s'occuper des autres

Je découvre avec tristesse via le blog de Pierre Assouline, décidément toujours aux aguets, les soucis d'Alina Reyes. Cette dernière accuse un auteur Gallimard de l'avoir plagiée. Quand on connaît le travail de l'auteur en question, l'ampleur de ses recherches poétiques, la rigueur de sa démarche intellectuelle (parfois jusqu'à l'austérité, cf. la revue qu'il a créée avec un collègue), on ne peut pas s'empêcher de s'interroger sur les raisons d'une telle accusation, et même de soupirer. Pourquoi tant de jalousie de la part d'Alina Reyes ?


Alina Reyes traverse peut-être une période difficile, je ne sais pas. Elle a récemment décidé d'abandonner son nom de plume pour retrouver son nom d'Etat-civil, Aline Nardone. Elle s'en explique sur son blog en parlant d'Alina Reyes à la trois personne. Je ne l'ai pas lue depuis longtemps mais je me souviens d'un écrivain plus que doué; j'essaierai de lire son dernier livre, et s'il me plaît je le défendrai.


Ma première réaction devant cette affaire c'est donc la tristesse, mais aussitôt après la solidarité avec la solitude d'Alina Reyes, tout en répétant que je ne crois ni à son plagiat ni à un complot contre elle et ses livres. Chez les écrivains, nous en sommes tous là : nous sommes tous des dépressifs. Ecrire des livres, décider de modifier le monde avec ses mots, ça n'est pas un boulot de tout repos. La plupart échouent. La majorité souffre. Quelques miracles arrivent, au hasard des siècles. Le jour où, en tant qu'auteur, vous réalisez que le Ciel accompagne vos confrères mais vous a négligé, ce doit être horrible.


Une seule solution : travailler sans s'occuper des autres. Lire essentiellement les écrivains morts et parmi les vivants ne lire que vos amis (peu à peu, on découvre qu'on éprouve de l'affection pour certains écrivains vivants, parfois très talentueux, qu'on a eu la chance de rencontrer). Inutile de se rebeller, l'Art souffle où il veut. Travaille, travaillons, travaillez, le futur s'écrira de lui-même.

samedi 6 octobre 2007

Une agence littéraire fait suspendre un blog

Les bras nous en tombent : une "agence littéraire" se proposant de vendre aux écrivains en devenir ses services d'agent littéraire, a fait fermer le blog La Lettrine d'Anne Sophie Demonchy en raison d'un article déplaisant (mais aucunement diffamatoire, le cache Google et l'archive du flux RSS le montrent). Le blog, suspendu par l'hébergeur sans explication ni conciliation préalable, n'a pu être réouvert qu'après de profondes modifications du fameux billet renommé Comment payer pour trouver un éditeur. Et quid de la législation en vigueur, protectrice de la liberté d'expression ?


Toute la subtilité pour cette "agence littéraire" aura consisté à jouer du fait que le titre du billet dénonçait sous un qualificatif dévalorisant un type de services nouveaux, dits de "fourniture d'agent littéraire", et que cette agence utilise précisément comme nom commercial le même nom générique. A partir de là, critiquer le type de service, c'est critiquer l'entreprise...


Ce sera ici l'occasion de rappeler le b.a-ba de la recherche de publication : ne payez jamais pour trouver un éditeur, ni pour être publié (si vous voulez publier à compte d'auteur, allez chez Lulu.com). Et demandez conseils aux associations de défense des écrivains (pour ceux ayant déjà publié), ou aux associations de défense des écrivains à compte d'auteur (pour ceux cherchant encore publication).

Voir aussi les billets de
François Bon, de Mandor, de Tache aveugle et de La Feuille sur cette affaire.


MàJ 2007/10/10
: sur le contrat d'agent littéraire proposé, voir l'analyse de Marc Autret.

vendredi 21 septembre 2007

Des conseils pour publier un premier livre, par Chloé Delaume

Chloé Delaume (dont je viens de terminer l'excellent Transhumances, que je vous recommande, j'en reparlerai peut-être plus tard si j'ai le temps) donne sur son blog des conseils pour publier un premier livre, plus précisément concernant le manuscrit. Extrait :

"3. Votre manuscrit sera observé dans l'ordre suivant : début et fin, puis pages pris au hasard au milieu. C'est seulement après avoir passé ce test qu'il sera éventuellement lu en intégralité. Si votre morceau de bravoure se cache, peu de chance qu'il soit extrait et qu'on vous propose de retravailler dans ce sens. D'où la nécessité de ne pas jouer à l'amateur avide de conseils. Les éditeurs sont des gens très occupés."

A lire absolument. Y compris par les gens qui ont déjà publié un livre (là je parle aussi pour moi).

- page 1 de 2