CE MÉTIER DE DORMIR

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samedi 16 juillet 2016

La Baule, Mathias Enard et Olivier Cadiot à Écrivains en bord de mer

Toujours en voisin, j'assistais à la suite des rencontres d'Écrivains en bord de mer, avec notamment Mathias Enard suivi par Olivier Cadiot.

Mathias Enard, très en verve, a parlé de son dernier roman, Boussole (Ed. Actes Sud, Prix Goncourt 2015), de l'évolution de son écriture depuis Zone (Ed. Actes Sud, 2008), puis de l'orientalisme qu'il a mis en regard avec l'actualité la plus récente au Moyen-Orient.

Olivier Cadiot, quant à lui, a d'abord fait une lecture très incarnée de son Providence (Ed. POL, 2015) puis a parlé de son dernier livre, Histoire de la littérature récente (Ed. POL), avant de répondre aux questions de Tanguy Viel, dans un dialogue très drôle et bien sûr de très haut vol entre deux tels auteurs.

Les vidéos des interventions des 27 invités de cette 20e édition d'Écrivains en bord de mer devraient être disponibles en ligne sur le site du festival d'ici quelques semaines, comme chaque année.

 

vendredi 15 juillet 2016

La Baule, François Bon et Catherine Millot à Écrivains en bord de mer

Passage, pour la troisième journée consécutive, au festival Écrivains en bord de mer de La Baule où j'ai assisté aux rencontres successives avec François Bon puis Catherine Millot.

François Bon a présenté, avec son énergie habituelle, la vie et l'œuvre de l'auteur américain Howard Phillips Lovecraft dont il re-traduit les textes depuis plusieurs mois (aux Éditions du Seuil) et sur les traces duquel il est parti lors d'un séjour à Providence aux États-Unis pendant l'été 2015. À noter que François Bon s'est lancé également dans la traduction et la publication (sous son propre nom d'éditeur, faute d'autre éditeur intéressé) en version bilingue du Commonplace Book, le carnet de travail d'H.P. Lovecraft.

Catherine Millot, quant à elle, a répondu, avec beaucoup de douceur et d'émotion, aux questions de Philippe Forest. Elle a parlé de ses nombreux livres, parus pour la plupart aux Éditions Gallimard dans la collection "L'Infini", particulièrement O Solitude et le très beau La vie avec Lacan. À propos du célèbre psychanalyste dont elle a partagé la vie, elle a dit notamment, pour souligner l'importance de sa trace  : "Lacan outre-passait". Elle a également lu les premières pages du livre, d'une profondeur et d'une netteté absolue, comme le reste du volume.

 

jeudi 14 juillet 2016

La Baule, Christian Garcin et Tanguy Viel à Écrivains en bord de mer

Deuxième journée dans le public du festival Écrivains en bord de mer à La Baule, où j'ai cette fois assisté aux lectures de Christian Garcin puis de Tanguy Viel.

Christian Garcin a lu un extrait des Vies multiples de Jeremiah Reynolds (Ed. Stock) puis a répondu aux questions de Guénaël Boutouillet. Grande modestie, toujours, et puissance "architecturale" de Christian Garcin, inépuisable et prolixe auteur, la discussion a balayé tous les aspects du livre et aussi ses projets en cours : documentation et densité du roman, Moby Dick et Melville, sa nouvelle traduction des nouvelles d'Edgar Allan Poe, etc. Passionnant.

Tanguy Viel, lui, nous a donné en primeur des extraits son roman à paraître en janvier 2017, Article 353 du code pénal (Ed. de Minuit) en en lisant deux longs passages. J'ai été assez impressionné à la fois par sa façon de lire, rapide, légère, intense et sincère, et par le texte lui-même, redoutable d'efficacité et en même temps teinté d'une certaine mélancolie, une forme de tristesse. Hâte de lire le livre.

 

mercredi 13 juillet 2016

La Baule, Chloé Delaume et Philippe Forest à Écrivains en bord de mer

Je suis passé, en voisin de villégiature, au festival Écrivains en bord de mer à La Baule, écouter Chloé Delaume suivie de Philippe Forest, qui présentaient chacun des extraits de leur roman respectif à paraître à la rentrée, et répondaient ensuite à quelques questions de Bernard Martin dont le festival fête cette année ses 20 ans d'existence.

La première a lu les deux premiers chapitres de son roman Les sorcières de la République (Ed. du Seuil). C'est une grande fresque uchronique et politique, dans laquelle Chloé Delaume s'éloigne de l'autofiction, un texte à la fois très drôle et très engagé, dont l'histoire commence lors de l'élection présidentielle de 2017 et se déroule jusque dans les années 2060.

Philippe Forest, quant à lui, a lu des extraits de son roman Crue (Ed. Gallimard). Le texte décrit, au travers des mutations d'une grande ville, notamment les disparitions successives que subit le narrateur, à commencer par celle énigmatique de son chat. Ambitieux et très intéressant au vu des deux passages livrés ici en avant-première par l'auteur.

 

mercredi 21 octobre 2015

Jérusalem, Aharon Appelfeld à l'Institut Français

Aharon Appelfeld était hier soir à l'Institut Français (Centre Romain Gary) de Jérusalem, en compagnie de sa traductrice française Valérie Zenatti.

La salle de la médiathèque de l'Institut Française était pleine, une centaine de personnes, et ça été une exceptionnelle rencontre et un très beau dialogue entre Aharon Appelfeld, parlant très bas, avec une grande douceur, et Valérie Zenatti qui faisait la traduction. Il a surtout été question de son dernier roman, Les Partisans (Ed. de l'Olivier) et de la lecture philosophique voire métaphysique qu'en faisait son auteur. À la fin de la rencontre, interrogé sur sa foi par une personne du public, Aharon Appelfeld a esquivé la question et répondu seulement en souriant : "Je suis en chemin."

J'ai pris quelques notes rapides au vol. L'auteur d'Histoire d'une vie a notamment dit que même s'il n'a jamais appris le français, il se souvient que quand il était enfant ses parents parlaient français couramment et qu'il lui reste aujourd'hui "un souvenir, une sensation : la façon dont mes parents parlaient le français".

Il a expliqué aussi : "Pendant la guerre, il n'y avait pas que la souffrance physique, il y avait aussi une souffrance spirituelle. (...) On a dit que la Shoah était une destruction, mais il y a eu aussi ensuite mise en place d'une renaissance spirituelle qu'on ne mesure pas assez. Les Hommes ont commencé à se poser la question 'Qui suis-je ? qui étaient mes parents et mes grands-parents?'. Ils se sont demandés : 'À quel point suis-je lié à mes parents ou à quel point suis-je loin d'eux ?' (...) La maison évoquée à la fin du roman ? c'est la maison éternelle : les parents et les grands-parents, qu'ils soient là ou absents. Les parents et les grands-parents sont ce qui donne du sens et de la spiritualité à nos vies."

 

vendredi 17 juillet 2015

La Baule, Yannick Haenel à Écrivains en bord de mer

J'étais à la rencontre avec Yannick Haenel à "Écrivains en bord de mer", qui répondait aux questions de Bernard Martin.

Yannick Haenel a d'abord lu les premières pages (arrivée sous le déluge) de son beau Je cherche l'Italie (Ed. Gallimard), ses carnets de notes de quatre années passées à Florence.

Il a ensuite expliqué le pourquoi de son séjour et du livre. J'ai noté à la volée ces quelques phrases : "Je cherchais un point où la Société s'arrête en nous, je me disais que le point pouvait ressembler à une source et que ce point serait plus facile à rencontrer en Italie." (...) "La Renaissance aujourd'hui, c'est faire recommencer une rencontre entre le Politique et l'Art." (...) "Par la fréquentation des œuvres, et des amis, je cherche à me réveiller. Vivre implique de se réveiller sans cesse."

La rencontre, très dense, habitée par la sincérité et la puissance de vision de l'auteur, s'est achevée par la lecture de la scène finale de la redécouverte de l'Annonciation de Fra Angelico (Couvent San Marco) sous la lumière de l'aube, suivie des longs applaudissements d'une salle comble.

 

mercredi 15 juillet 2015

La Baule, Chloé Delaume à Écrivains en bord de mer

Je suis passé, en voisin de villégiature, écouter Chloé Delaume qui était invitée d'Écrivains en bord de mer.

Chloé a lu un extrait de son nouveau roman, Alienare. Texte excellent, très allumé, un peu SF, alternativement angoissant et drôle (les C.V. commentés des membres de l'équipe; les médicaments affecto-bloquants pour se protéger des histoires d'amour).

Parmi ses réponses aux questions de Guénael Boutouillet qui ont suivi, j'ai noté sur mon calepin notamment ce passage : "Comment s'est passé l'écriture de ce livre ? un cauchemar ! Depuis que j'ai arrêté l'autofiction, tout n'est plus que cauchemar [rire]".

Alienare paraîtra sous forme d'application iOS (livre numérique avec animations, vidéos et musique) aux Éditions du Seuil le 3 septembre prochain.

 

mardi 2 juin 2015

Bordeaux, Julia Kristeva chez Mollat

Julia Kristeva était de passage ce soir à la librairie Mollat pour présenter son roman L'Horloge enchantée (Ed. Fayard).

Très grande rencontre, du début à la fin de cette heure et demie, et une discussion d'une intelligence étourdissante, un incroyable mélange de virtuosité et de douceur, certainement l’essayiste la plus passionnante que j'ai jamais vu ici, et qui plus est, en improvisation, sans notes, et pourtant bâtissant une sorte de plan d'ensemble qui a donné à son intervention une cohérence impressionnante, quasiment tout un livre déjà construit, depuis sa première parole jusqu'à la dernière. La France, les Lumières, le Temps, les femmes, le langage, la psychanalyse, ont été les sujets qu'elle a évoqués en les reliant les uns aux autres.

J'ai noté quelques passages sur mon calepin, même s'il faut regarder la totalité de la vidéo de l'entretien. Julia Kristeva a notamment dit ceci : "Je ne peux pas ne pas évoquer l'émotion que j'ai de parler devant des bordelais. À mon arrivée en France, j'ai été accueillie par une famille bordelaise, les Joyaux, la famille de mon mari. C'est cette France-là, extrêmement classique, fière de son passé, de ses origines, de sa culture, mais aussi très accueillante, c'est l'image de cette France que j'essaie de palper dans une autre dimension, qui est cette France des Lumières que je mets en scène dans ce roman." (...) "J'ai eu le sentiment, à un certain moment de ma vie, qui s'approche de son dernier tiers, qu'il fallait que je dise mes dettes vis-à-vis de ce pays, je l'avais fait avec mes livres précédents sur Proust, Sarraute, mais je me disais que ce serait encore plus direct si j'installais ce roman dans la Cour de Louis XV, quelques années avant la Révolution Française, où le pays vit des crises comparables à ce qu'on vit aujourd'hui."

Et aussi : "Les femmes d'aujourd'hui tiennent debout car elles parviennent à partager par la parole." (...) "Mon héroïne est une folle car elle s'identifie à tout ce qu'elle aime. C'est spécifique d'une fragmentation d'aujourd'hui, mais sa capacité d'en parler lui permet d'en faire une totalité romanesque qui la tient debout. Cela renvoie à la nature du roman (...) Le roman est l'histoire de la recomposition de la pensée, c'est une polyphonie, le roman comme composition de différents types de discours. C'est ce que je fais comme psychanalyste, je demande à mes patients de me raconter et ils me font leur roman." (...) "La vision des Lumières, c'est qu'on peut calculer l'infini." (...) "Mon maître Emile Benveniste, à la fin de sa vie, quand je l'ai visité sur son lit d'hôpital, a écrit le mot THEO sur ma poitrine. (...) J'ai mis du temps à comprendre ce qu'il voulait dire par là : le langage est infini, l'infinie recréation du langage dans la rencontre entre deux personnes, et 'Theo', c'est ce dialogue, c'est cette divinité-là." (...) "Le besoin d'infini est essentiel à la dimension psychique. Quand je dis que les Lumières ne sont pas achevées, c'est parce qu'il faut donner à la pensée cet enchantement-là : l'infini." (...) "Nous sommes tous des singuliers incommensurables. Il faut accentuer cette singularité."

 

samedi 31 mai 2014

Bordeaux, Christine Angot chez Mollat

Christine Angot était de passage hier soir à la librairie Mollat pour présenter son dernier livre, La petite foule (Ed. Flammarion), et ça a été un beau moment avec une grande qualité d'écoute du public.

La rencontre a commencé avec une lecture par l'auteur d'un des récits du volume, "Les deux cousines", moment très fort qui a idéalement introduit les débats en faisant une métaphore non seulement de l'écrivain mais de chacun de nous : qu'avons-nous fait de nos promesses d'enfants ?

J'ai ensuite noté au vol sur mon calepin quelques propos de Christine Angot qui répondait aux questions sur son livre. Par exemple : "Un écrivain, ce n'est pas quelqu'un qui voit mieux que les autres, mais c'est quelqu'un qui veut dire ce qu'il voit" (...) "C'est une science qu'on fait tout seul, la perception par la littérature ne peut se faire que seul." (...) "On ne pense pas tous pareil, chacun pense d'une manière différente, dans ce livre il n'y en a pas un qui pense comme l'autre. Même si on est différent, on a tous normalement le moyen à l'intérieur de soi de comprendre tout le monde. Il y a toute sorte de gens, il n'y a pas que nous. Par exemple dans le texte elle pleure quand elle pense aux animaux, moi je pleure quand je pense à la littérature. On pleure pour ce qu'on aime."

Et aussi, sur les oiseaux, très importants dans La petite foule, et qui concluent le livre : "Quand on entend un chant d'oiseaux, on n'a aucune difficulté à percevoir ce qu'il y a de très grand dans ce chant. C'est au-dessus de nous et ça ne nous écrase pas. L'Art, la littérature, ça devrait être comme ça."

L'enregistrement sonore intégral de la rencontre est disponible en ligne sur le site de Mollat.

 

jeudi 27 mars 2014

Bordeaux, Pierre Michon chez Mollat

Pierre Michon était de passage ce soir à la librairie Mollat pour parler de son œuvre à l'occasion de la sortie de Pierre Michon, la Lettre et son ombre (Actes du colloque de Cerisy-la-Salle) (Ed. Gallimard) et du colloque bordelais qui lui est consacré à la bibliothèque Mériadeck ce week-end.

Salle archi-comble dans le petit espace du 91 rue Porte-Dijeaux et très belle prestation de Pierre Michon, tour à tour drôle (riant beaucoup), prolixe, érudit, modeste, hésitant, avec de longs moments de silence, le tout avec une concentration et une intensité de parole impressionnantes.

J'ai noté au vol sur mon calepin quelques phrases de l'auteur des Onze : "J'ai écrit beaucoup de textes sur les peintres, je ne sais pas pourquoi." Sur le tableau des Onze d'un peintre imaginaire, un tableau qui n'a jamais existé : "C'est un tableau que je ne décris jamais et pourtant beaucoup de gens disent 'Je vois bien ce tableau'. C'est le fait que rien ne soit décrit qui fait qu'on le voit. La description poussée des choses oblitère la vision que l'on peut en avoir en littérature." (...) "À la vérité, je ne vois rien. On me dit : Bordeaux c'est très beau; j'opine, mais je ne vois pas bien. Je ne suis pas un grand observateur". (...) "Peut-être que les forces, toutes les forces, sont de politique, depuis Lascaux jusqu'à la Révolution." Sur la littérature : "Sans doute que c'est un usage de la langue qui n'apporte pas ce que la langue est censée apporter. C'est peut-être par défaut de savoir convaincre l'autre qu'on se réfugie dans la littérature. La littérature est une forme de mantra. C'est un refuge dans la magie. C'est abracadabra !" (...) "On ment toujours en littérature, par démagogie, par volonté de séduire, de capter". Et aussi, à propos des Vies minuscules : "Les écrivains ne font jamais autre chose qu'écrire des vies."

L'enregistrement sonore de la rencontre est disponible en ligne sur le site de Mollat.

 

jeudi 13 février 2014

Bordeaux, Philippe Sollers chez Mollat

Philippe Sollers était de passage à la librairie Mollat pour présenter son nouveau roman, Médium (Ed. Gallimard).

Grande affluence dans deux salles, le salon Albert Mollat à l'étage, et la salle du 91 au rez-de-chaussée où un écran vidéo projetait la conférence, conférence également retransmise en direct sur Internet. Philippe Sollers était en grande forme, ironique, combatif, drôle, dénonçant la politique "en scooter", ou l'argent fou des marchés financiers qui l'espace d'un claquement de doigts font disparaître des milliards. Parlant de la situation actuelle, il a précisé : "Après la 'France moisie', je propose maintenant la 'France gâteuse'."

Au cours de la rencontre, le beau film de G.K. Galabov et Sophie Zhang a également été projeté dans sa version intégrale de 30 minutes; il s'ouvre sur un discours de la Reine d'Angleterre, précédé du God Save The Queen qui a donc de nouveau résonné très logiquement à Bordeaux, ville anglaise (anglaise et espagnole) s'il en est.

J'ai noté à la volée sur mon calepin quelques remarques de l'auteur de Femmes. Par exemple : "L'Angleterre, c'est mon drapeau", "Ce livre est un manuel de contre-folie avec des preuves et la façon de se comporter", "Il faut se décaler par rapport à un monde qui rend fou", "C'est un roman métaphysique", "Le corps humain est en cours d'expropriation". Deux remèdes à la folie : "massages et prise de substances".

Philippe Sollers a encore expliqué : "Je parle au nom d'une intimité qui ne se laisse pas faire", "La politique est morte, il faut donc faire autrement", "La question est celle de la durée : qu'est-ce qui dure ? Les gens hélas ne croient plus à la durée". Sur la technique du roman, enfin : "Les portraits, tout est là. Il faut portraiturer. Un peintre qui sait faire des portraits, c'est très rare. C'est là où Manet est grandiose, et Bacon, et Picasso", "Les portraits ça vient du français, avec la bibliothèque française : Saint-Simon, La Rochefoucauld, Retz, Proust."

La vidéo intégrale de la rencontre est disponible en ligne sur la chaîne vidéo Mollat.

 

vendredi 15 mars 2013

Bordeaux, Antoine Emaz à la librairie Olympique

Dans le cadre du Marché de la poésie des Chartrons à Bordeaux, Antoine Emaz était à la librairie Olympique pour une lecture suivie d'une discussion autour de son travail.

Beaucoup de force dans l'énonciation à haute voix de ses textes, beaucoup d'émotion transmise par Antoine Emaz incarnant des poèmes superbes, très profonds et formant un corpus d'une grande cohérence. Il a lu notamment des poèmes de Caisse claire (Ed. du Seuil) et Sauf (Ed. Tarabuste), et des extraits de ses carnets Cambouis (Ed. du Seuil).

Antoine Emaz a ensuite parlé de son travail quotidien sur la langue, de ses hésitations, de sa façon de lever le doute sur un poème en choisissant toujours la prise de risque, de son inadéquation au monde, de son amour de la nature (la végétation davantage que les animaux), de la sélection des poèmes pour la publication (le tiers mis au rebut), de ses échanges avec les autres poètes, de l'importance d'Internet et des revues en lignes où beaucoup de travaux intéressants apparaissent de plus en plus. Antoine Emaz a aussi parlé de son travail parallèle aux poèmes : les carnets, dont un nouveau volume est paru l'année dernière sous le titre Cuisine (Ed. Publie.papier). On a senti chez lui une grande modestie et une grande détermination.

 

jeudi 17 janvier 2013

Bordeaux, Valérie Rouzeau chez Mollat

Passage ce soir de Valérie Rouzeau à la librairie Mollat pour une rencontre avec les lecteurs autour de son recueil Vrouz (Ed. de La Table Ronde) qui a obtenu il y a quelques semaines le Prix Apollinaire 2012.

Forte affluence du public malgré le froid sibérien et belle discussion autour de l'écriture poétique, mais aussi du travail de traductrice de Valérie et des liens entre anglais et français, avant de terminer par une lecture d'extraits de Vrouz.

J'ai noté sur mon calepin quelques phrases attrapées à la volée : "Il n'y a pas de lieu de la poésie. Je n'habite nulle part. La poésie c'est juste pour rester debout. Le problème ce n'est pas le lieu, c'est le temps, tout va trop vite, maintenant c'est quick, quick, quick." (...) "Ça m'intéresse d'être perméable aux autres langues et je suis parfois mieux dans un pays où je ne comprends rien, que dans une brasserie de France où j'entends des horreurs et où je comprends tout." (...) "Un de mes phares est le poète Armand Robin. De lui, il faut lire Ma vie sans moi. Il vivait avec un écureuil." (...) "Il est possible qu'il y ait des recyclages dans ce que je fais car papa était récupérateur, il récupérait tout et il en faisait des balles, on appelait ça des dés." (...) "J'aime les cimetières, c'est reposant, j'ai toujours fréquenté ces lieux-là pour trouver un peu de paix." (...) "Je ne suis pas quelqu'un de la prose, je me sens plus proche d'un bluesman que d'un romancier, j'ai besoin des syllabes."

L'enregistrement sonore de la rencontre est disponible sur le site de Mollat.

 

samedi 1 décembre 2012

Bordeaux, Christine Angot chez Mollat

Passage, ce mercredi, de Christine Angot à Bordeaux, venue chez Mollat parler de son dernier roman, Une semaine de vacances (Ed. Flammarion).

Très belle rencontre modérée par Jean-Michel Devésa, avec un public de grande qualité, attentif et perspicace dans ses questions à l'auteur. Christine Angot a commenté l'accueil de ce livre-charnière dans son œuvre et dans la littérature française contemporaine, elle a notamment relevé la dimension féministe du livre aux yeux de nombreuses lectrices.

J'ai noté sur mon calepin quelques phrases importantes. Notamment : "Je crois que je ne montre pas les choses, je montre les mots. Ça fait une grosse différence. Le travail de l'écrivain c'est de montrer les mots, pas de les manipuler. Je ne suis pas manipulateur de mots." Et aussi, à propos de la scène finale du rêve que fait la jeune fille et de la colère de l'homme qui s'ensuit : "Elle ne peut pas gagner dans le réel, elle lui laisse le réel, elle lâche le réel et va dans un autre endroit : le rêve. Le rêve, c'est son domaine. Il ne supporte pas qu'elle ait son domaine. Il y a des domaines qui échappent au réel, et donc à la domination : le rêve, l'art, la littérature."

Christine Angot a aussi rapporté les mots d'une lectrice, lors d'une rencontre à Aix-en-Provence : "Elle a dit un truc incroyable, in-croya-ble. Elle a dit [d'abord] : merci pour ce livre, puis elle a dit [ensuite] ce livre donne un grand espoir aux femmes. Et alors elle a dit ce truc fou mais magnifique : « Oui, bien sûr, les agressions, tout ça, on les subit. [C'est horrible, oui, bien sûr]. Mais on s'en fout. On est beaucoup plus fortes que ça. Et ça ne nous détruit pas. » J'ai trouvé ça extraordinaire. Ça voulait dire : bien sûr ça fait souffrir, bien sûr on n'est pas contentes, bien sûr ça nous plait pas, bien sûr ça fait mal, mais ça voulait dire : on n'est pas des victimes, ça voulait dire : si vous croyez que vous allez nous avoir comme ça, non. Voilà, ça m'a ouvert un horizon que cette femme vienne me dire ça, j'ai trouvé ça beau."

 La vidéo de la rencontre est disponible sur la page YouTube de Mollat.

 

vendredi 20 juillet 2012

La Baule, Arno Bertina à Écrivains en bord de mer

J'étais à la lecture d'Arno Bertina à "Écrivains en bord de mer", suivie d'un échange avec Alain Nicolas, de L'Humanité.

Il a d'abord lu des extraits de Troisième territoire, un texte inédit en cours d'écriture, construit autour des photos en diptyques de Frédéric Delangle. Il a ensuite longuement parlé de son dernier livre, Je suis une aventure (Ed. Verticales) et de son travail en général.

Quelques phrases notées sur mon calepin parmi les remarques passionnantes d'un Arno Bertina toujours aussi affuté dans sa réflexion sur l'écriture : "Pour ce livre [qui évoque Rodgeur Fédérère, double du tennisman Roger Federer], j'avais deux moteurs : 1- la tension dramatique qu'il y a à être considéré comme le plus grand joueur de tennis de l'Histoire alors qu'on est encore en activité, on le range au musée, c'est un compliment morbide; 2- un corps de sportif dont on peut dire qu'il a la grâce" (...) "Comment un corps arrive à être aussi présent au moment où il est en train de vivre ?" (...) "La notion d'identité me semble être un piège colossal (...) dans le titre du livre, le Je est dynamité par l'aventure".

Parlant de la continuité entre ses livres Anima motrix (Verticales, 2006), Ma solitude s'appelle Brando (Verticales 2008) et Je suis une aventure, Arno Bertina a expliqué : "Tous mes personnages partent du même point, les choses sont en train de se refermer sur eux et la question est : est-ce que je vais réussir à courir assez vite pour y échapper ?" (...) "Toujours désirer être ailleurs : c'est l'idée qui est dans mes trois derniers livres. C'est arriver à s'inscrire dans un mouvement, ne plus penser en termes d'identité mais en termes de mouvement et de mobilité" (...) "Ce qui impressionne chez Federer, c'est qu'il ne donne pas l'impression de faire des efforts. Il y a ici quelque chose de politique : qu'est-ce que je fais du moment présent : est-ce que j'arrive à pleinement épouser le présent pour l'emmener ailleurs ?"

 

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