CE MÉTIER DE DORMIR

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lundi 18 janvier 2010

Bordeaux, James Ellroy chez Mollat

Passage de James Ellroy à Bordeaux, venu présenter à la librairie Mollat son dernier livre Underworld USA (Ed. Rivages).

Impressionnant personnage, de grande taille et grande carrure, vif, souple comme un lynx, il ressemble à celui qu'on imagine : un homme qui n'a peur de rien. Avant la rencontre, il a signé son livre dans la librairie : une heure trente à dédicacer debout, devant la file d'attente, poignée de main à chacun, livre tenu à bout de bras et signé au stylo bille à toute vitesse, quelques mots échangés en anglais, Thanks, suivant, et le tout sans paraître fatigué, et avec bonne humeur.

La rencontre s'est ensuite passée devant une salle remplie à ras bord, en compagnie de deux traducteurs (Yves-Charles Granjeat, assisté de Stéphanie Benson) et d'un modérateur (Christophe Dupuis). Humour à froid presque permanent et quelques grands rires, énorme présence, il a répondu patiemment aux questions du modérateur puis a ensuite longuement échangé avec le public, le tout dans une décontraction typiquement américaine. Il a notamment raconté comment il avait travaillé pour ce livre : "J'ai engagé une personne qui a fait pour moi une recherche historique et a accumulé des notes. A partir de là j'ai écrit 200 pages d'autres notes sur l'intrigue, les personnages, l'époque, puis j'ai fait un plan de 400 pages, un plan extrêmement détaillé. Une fois que j'ai mon plan je sais comment l'histoire va bouger."

Concernant l'attaque de fourgon blindé au début du livre, il a plaisanté : "Je n'ai le droit qu'à une seule attaque de fourgon blindé par ouvrage ! sinon, après, on dilue."

Ellroy a insisté sur sa concentration sur le travail : "Je ne lis pas, je n'ai pas d'ordinateur, pas de téléphone portable, je vis dans un total isolement." Sinon il ne pourrait pas écrire car "le monde qui nous entoure est trop stimulant."

Il a ajouté : "J'ai un don, une vision monomaniaque, ce qui me permet de rester concentré de façon très efficace." Il a aussi confié qu'il ne lisait pas de fiction : "Je ne plaisantais pas quand je disais que je ne tiens pas compte du monde. Je suis comme un chien attaché à son bureau." Et aussi : "Je n'écris pas la nuit, j'écris le jour. Je me lève, je prends deux cafés très forts et j'écris à la main sur un bloc-notes, puis une secrétaire (toujours la même depuis 27 ans) tape à la machine."

Répondant à une question sur l'inspiration, James Ellroy a encore dit : "Je dois remercier l'histoire américaine et l'histoire de Los Angeles qui ont été très généreuses avec moi. Dieu m'a confié une mission : réécrire l'histoire américaine et l'histoire de Los Angeles à ma manière."

Le podcast de la rencontre, ainsi qu'une vidéo, sont en ligne sur le site de Mollat.

lundi 7 décembre 2009

Bordeaux, Marie Ndiaye chez Mollat

Retour pour quelques heures en Gironde pour Marie Ndiaye, venue à la librairie Mollat présenter son dernier roman et Prix Goncourt 2009, Trois femmes puissantes (Ed. Gallimard).

Énorme affluence, des dizaines de lecteurs sont restés en bas dans la rue, et lorsque Marie Ndiaye monte sur l'estrade pour s'asseoir devant le micro, la salle applaudit spontanément, cela faisait longtemps que je n'avais pas vu ça chez Mollat, hommage bordelais à cette grande lauréate du Goncourt, dans la lignée des Proust, Gracq, Modiano, Duras, ou Echenoz.

Étonnante retenue, discrétion, timidité jusqu'au retrait, de Marie Ndiaye, ne sachant pas quoi dire de ses livres, essayant de répondre aux questions érudites, précises, très pertinentes de Dominique Rabaté (auteur d'une étude sur elle aux Éditions Textuel). Elle semble signifier en permanence : j'ai tout dit dans mes livres, regardez ma prose, écoutez-la. Et précisément l'entretien ne démarre vraiment que quand elle est interrogée sur son style, son outil, cette voix supérieure qui est la sienne depuis son premier livre, sa "phrase". J'ai noté ce qu'elle a dit à ce moment-là : "On est censé comme écrivains être les meilleurs connaisseurs de ce qu'on a fait, ce qui n'est pas le cas : on n'est pas soi-même son exégète, son commentateur, on n'a pas réfléchi sur la lecture qu'on a fait de son propre livre."

Parlant de sa phrase, l'auteur d'Autoportrait en vert dit encore : "J'accepte maintenant une certaine simplification de la phrase sans avoir peur qu'elle en soit plus pauvre, ou moins subtile, ou moins belle. Plus jeune, il me semblait que la complexité et le rythme d'une phrase tenait à sa longueur et à sa difficulté syntaxique, maintenant ce n'est plus le cas, j'accepte de travailler sur une matière syntaxique plus pauvre en essayant d'en extraire tout ce que je peux."

Marie Ndiaye a terminé en disant qu'elle n'avait pas encore de nouveau roman en cours mais qu'elle était en train de travailler sur une pièce de théâtre, qu'elle alternait les deux, roman, théâtre, pour respirer.

L'intégralité de la rencontre est disponible en podcast sur le site de Mollat.

 

À noter que Marie Ndiaye ne s'est pas exprimée ce soir sur l'attaque affligeante, absurde et malsaine, lancée contre elle par un parlementaire de droite (auquel elle avait d'ailleurs déjà répondu en maintenant sa condamnation de la politique sarkozyste).

vendredi 20 novembre 2009

Bordeaux, Gwenaëlle Stubbe au festival Ritournelles

Superbe lecture de Gwenaëlle Stubbe ce midi au Molière-Scène d'Aquitaine pour la dernière journée du festival Ritournelles.

Grand exercice de performance, lecture appuyée mais sans affectation, légèreté continuelle, musique et modulation, gestuelle totale (bras comme des hirondelles), et surtout un vrai texte, une littérature, une pensée, le tout incarné avec un immense humour communicatif, une présence souveraine de l'auteur et une grande proximité.

On peut découvrir Gwenaëlle Stubbe avec un texte disponible sur Publie.net, il y a aussi plusieurs de ses lectures sur ARTE Radio et un livre est à paraître chez POL dans les prochains mois.

Ritournelles se terminait ensuite avec une performance de Sabine Macher. Hier jeudi, à la même heure et au même endroit, Michel Butor était invité et un ami en qui j'ai toute confiance m'a rapporté que ça avait été un grand moment. Ritournelles 2009 aura été un excellent millésime.

jeudi 12 novembre 2009

Bordeaux, Sylvie Nève et Claude Chambard au festival Ritournelles

Pause déjeuner à 12h30 autour des "Rêves dans la littérature", avec des lectures de Sylvie Nève et Claude Chambard pour la deuxième journée du festival Ritournelles.

Malgré l'horaire inhabituel, la salle du Molière-Scène d'Aquitaine était pleine. Superbe lecture de Claude, très rapide et très forte, avec un long passage onirique extrait de son beau petit livre Allée des artistes. Grand plaisir également de retrouver la joie de Sylvie Nève qui a lu plusieurs textes, dont un de Proust racontant un rêve et un autre de Freud commentant celui d'une de ses patientes, avant de terminer par un de ses poèmes relatant un incroyable rêve dans lequel apparaissaient Yoko Ono et John Lennon.

mardi 20 octobre 2009

Bordeaux, Yannick Haenel chez Mollat

Passage à Bordeaux de Yannick Haenel, venu présenter à la librairie Mollat son nouveau livre, Jan Karski (Ed. Gallimard).

En introduction, Jean Laurenti lui a demandé de parler de la revue Ligne de risque qu'il a fondée avec François Meyronnis : "On a fait cette revue parce qu'on n'est pas loin de penser qu'il y a peut-être plus de littérature dans les grands textes spirituels, comme ceux de la Gnose, que dans tous les romans qui se publient depuis une vingtaine d'années."

Haenel place tout son travail sous le signe de sa propre libération, expliquant : "Dans quelle mesure est-ce que la langue nous libère ? Et est-ce que quelque chose est plus fort que le mal ?"

Il raconte comment l'idée de ce livre lui est venue en 2005 alors qu'il sillonnait les pays de l'Est et terminait l'écriture de son roman Cercle : "J'étais à Varsovie, je m'interrogeais sur le Ghetto, je voulais voir les lieux de la disparition, les rues où le Ghetto de Varsovie avait existé et j'ai alors fait l'expérience de la disparition de la disparition [sic]" (...) Il avait vu le témoignage de Jan Karski dans le film Shoah quelques années avant et précise : "Je voulais faire quelque chose pour Karski."

Parmi les propos d'Haenel, j'ai aussi noté ceci : "Il fallait que j'invente un écrin qui soit de l'ordre de la transmission" (...) "Je voulais sonder le mystère de ce qu'il y a dans un nom, c'est pour cela que j'ai appelé ce livre Jan Karski. Je voulais que des gens entrent dans une librairie et disent : 'Je voudrais Jan Karski'."

Comparant ce roman à ses précédents textes, il explique : "Dans ce livre, je me suis beaucoup dessaisi de moi-même, j'ai arrêté de raconter mes petites histoires."

Revenant sur les attaques de certains qui lui reprochaient de ne pas être historien, Haenel a ces mots : "La fiction est un des régimes possibles d'une certaine vérité. Ce n'est pas parce que c'est un roman que c'est faux."

(Le podcast de la rencontre est à écouter sur le site de Mollat)

samedi 17 octobre 2009

Bordeaux, Alberto Manguel à la bibliothèque du Grand Parc

Venue d'Alberto Manguel à la bibliothèque du Grand Parc de Bordeaux, dans une salle archi-comble.

Stimulante dérive autour du thème de la bibliothèque, avec notamment la comparaison entre la bibliothèque privée et la bibliothèque publique, Manguel expliquant comment dans les deux cas on en revient toujours à la "relation entre espace et volonté d'accumulation" (le lecteur ou le bibliothécaire doit toujours faire un choix).

Concernant sa bibliothèque privée (qui contient 40.000 volumes, soit l'équivalent de cette bibliothèque municipale du Grand Parc), Alberto Manguel confesse qu'il n'y pratique pas le "désherbage" : "Dès qu'un livre entre dans ma bibliothèque, il n'en sort plus."

À propos de la technologie électronique et des livres numériques, l'auteur d'Une histoire de la lecture (Ed. Actes Sud) remarque : "Ces textes numériques n'ont pas de passé, ils sont figés dans le présent et ils ne laissent pas de traces. Ici, dans cette ville, vous avez la chance d'abriter l'exemplaire unique des Essais que Montaigne a annoté jusqu'à la fin de sa vie. Dans le chapitre "De l'Amitié", Montaigne disait qu'il ne savait pas pourquoi lui et La Boétie étaient amis. Puis, en relisant le livre imprimé, il a écrit en marge la réponse : "Parce que c'était lui", et quelques années plus tard, relisant à nouveau le passage il a ajouté, avec une autre plume : "(...), parce que c'était moi." Alberto Manguel remarque aussi que la possibilité même de publication des Correspondances entre écrivains va disparaître car tout se passe dorénavant par mails et qu'on n'imprime pas les mails qu'on reçoit.

J'ai aussi noté, ceci, très juste, concernant la cécité partielle de l'auteur sur ce qu'il écrit : "L'écrivain n'est qu'un intermédiaire qui comprend très peu de ce qu'il fait. Shakespeare ou Goethe ne comprenaient que ce que chacun, en tant que lecteur, pouvait lire."

 

NB : Paraît la semaine prochaine un livre d'entretiens entre Alberto Manguel et son éditeur de L'Escampette, Claude Rouquet : Ça & 25 centimes, Ed. L'Escampette.

mercredi 7 octobre 2009

Disparition de Raymond Federman

Grande  tristesse : Raymond Federman est mort.

Ses livres lui survivront. Il faut relire notamment les textes magnifiques que sont À qui de droit (1990), Moinous & Sucette (1995), La Fourrure de ma tante Rachel (1996), Retour au fumier (2005)*.

Voir l'hommage de Laure Limongi, sa dernière éditrice, ainsi que les articles dans Le Monde, dans Libération, dans le New York Times.

À lire, la très belle lettre en anglais et en français envoyée par sa fille Simone aux amis de Raymond Federman.

* disponibles aux Éditions Léo Scheer/Laureli et aux Éditions Al Dante.

mardi 6 octobre 2009

Bordeaux, Laurent Mauvignier chez Mollat

Retour momentané à Bordeaux d'un ancien habitant de la ville, Laurent Mauvignier, venu présenter chez Mollat son nouveau livre, Des hommes (Ed. de Minuit).

La discussion, avec Jean Laurenti dans le rôle du modérateur, a porté sur les rapports entre le collectif et l'intime. Grande sincérité de Mauvignier qui a détaillé son travail de documentation, puis ses tâtonnements dans la construction de ce livre, et ses hésitations sur un sujet historique très sensible, la guerre d'Algérie. Il a confessé qu'il écrivait chez lui avec des boules Quiès, dans son coin, enfermé dans une pièce. Il a aussi refusé à un moment de lire un passage trop dur du livre, expliquant : "Ce qui est possible pour une lecture intime (scènes de guerre, ou d'amour) devient obscène pour une lecture en public. Donc cette scène, je préfère ne pas la lire ici ce soir".

Noté également, parmi ses propos : "Je pense le rapport au collectif ou à l'Histoire comme une histoire humaine individualisée" (...) "Chaque fois, j'ai envie de faire un livre que je ne savais pas faire" (...) "Ca faisait des années que je voulais écrire sur les appelés de la guerre d'Algérie, mon oncle, mon père, les gens que j'ai vus, l'onde de choc que j'ai pressentie quand j'étais enfant" (...) "Pourquoi des gens de 60-65 ans sont comme ils sont aujourd'hui, pourquoi il y a quelque chose qui ne se dit pas. Ce que je voulais donner à entendre, c'est comment des gens ont été cassés" (...) "Le sujet de la guerre d'Algérie est sensible, mais moi mon angle d'attaque, c'était les appelés. Mon problème, c'était de restituer une violence, une peur".

(Le podcast de la rencontre est à écouter sur le site de Mollat)

jeudi 1 octobre 2009

Bordeaux, Pierre Michon chez Mollat

Passage de Pierre Michon à la librairie Mollat pour présenter son dernier livre, Les Onze (Ed. Verdier).

Michon est sans conteste un des écrivains vivants que j'admire le plus avec Angot, Echenoz, Modiano, Sollers. C'était la première fois que je le croisais : un homme de bonne taille, vif, sec, presqu'athlétique, qui debout m'a fait penser à un bambou. Devant une salle pleine, longue discussion inspirée et en forme de dérive autour des questions de Dominique Rabaté (Université de Bordeaux 3).

J'ai noté quelques phrases : "Je me suis dit : le titre sera un chiffre." (...) "La peinture qui représente des politiques doit avoir ce double aspect : on doit voir à la fois un diable et un bon législateur. On appelait ainsi Boniface VIII : Saint-Satan." (...) "Toutes les histoires que j'écris veulent tendre à un effet de légende en partant d'un effet de légende déjà là." (...) "Politiquement je suis incapable de savoir ce que je pense des hommes de la Terreur. Je crois que je les aime. Mais j'aime aussi Chateaubriand ou Joseph de Maistre".

Moment très intéressant aussi quand Pierre Michon explique que ses livres sont courts car arrive toujours un moment où le tempo n'est plus là et où on doit arrêter le récit (il avoue avoir coupé la fin de La Grande Beune) : "Je ne veux pas que mon texte m'échappe. Chaque texte a un tempo et le perdre est très facile, si je perds ce tempo, j'arrête". Il confie en riant que Le Roi du bois devait faire à peu près 15 pages mais que l'éditeur a joué avec la typographie pour que ça fasse 50 pages.

Et aussi : "Je voudrais que le texte soit sur le vif d'une rythmique qui vous passe par le corps pendant que vous faites ce texte".

Finalement, Michon conclut, après une évocation de la rapidité de Stendhal : "Mon idéal serait cet oxymore : faire du Flaubert rapide". Amen.

Le podcast de l'intégralité de la rencontre est disponible sur le site de Mollat.

mardi 9 juin 2009

Bordeaux, Claude Lanzmann chez Mollat

Escale de Claude Lanzmann à Bordeaux, venu présenter à la librairie Mollat Le lièvre de Patagonie (Ed. Gallimard) devant une salle archi-comble.


Claude Lanzmann s'excuse d'abord en disant lorsqu'il s'assoit : "je suis à bout de souffle et à bout de force", mais une fois la discussion lancée il s'anime, prenant d'entrée amicalement le contre-pied du modérateur de la rencontre : "non, le livre est drôle, le livre est espiègle, il y a des histoires d'amour, des histoires de sexe il ne faut pas le nier, il y a tout cela, c'est un drôle de livre".

Le directeur de la revue Les Temps modernes raconte alors plusieurs épisodes de sa vie, et notamment il relate son voyage en Patagonie comme s'il était un livre magnifique, il écrit rien qu'en parlant, c'est saisissant.

Il parle aussi de Shoah, comment il a compris qu'il devait venir tourner son film sur les lieux lorsqu'il a vu que Treblinka avait une gare encore en activité : "j'étais comme une bombe mais le détonateur manquait, ça a été le détonateur". A propos des larmes du coiffeur dans Shoah, il dit : "les larmes du coiffeur, elles sont précieuses pour moi, c'est le sceau de la vérité. Ce n'est pas une scène sadique comme des cons l'ont dit, c'est une scène fraternelle".

Claude Lanzmann explique également que le livre commence par "des réflexions sur les différents modes d'administration de la mort" et "se termine par la façon dont a été tourné Shoah, et Shoah, qu'est-ce que c'est sinon la mort administrée". Mais entre les deux, "le livre est un hymne à la vie. Il n'y a que la vie, c'est ce que je pense profondément. Il n'y a que la vie. La seule transcendance pour moi c'est la réincarnation, et j'espère me réincarner en lièvre".

(Le podcast de la rencontre devrait être en ligne d'ici peu sur le site de Mollat.)

jeudi 9 avril 2009

Disparition de Henri Meschonnic

Disparition à l'âge de 76 ans du poète Henri Meschonnic.

Il était notamment un traducteur particulièrement innovant de la Bible (plusieurs volumes, aux Ed. Gallimard et Ed. Desclée de Brouwer). Voir le billet de Lignes de fuite.

jeudi 12 mars 2009

Disparition de Pierre Bourgeade

Disparition à l'âge de 82 ans, de Pierre Bourgeade, l'auteur notamment des Immortelles, Eros mécanique, ou L'argent.

Ses livres ont été publiés principalement aux Éditions Gallimard et Tristram. Voir l'article sur le site du Nouvel Obs.

mercredi 28 janvier 2009

Disparition de John Updike

Disparition hier à l'âge de 76 ans de John Updike, l'auteur de la série des Rabbit.

Nous ne connaîtrons jamais la suite des aventures de Harry "Rabbit" Angstrom, ce héros lyrique de la classe moyenne américaine que John Updike retrouvait chaque décennie pour suivre les évolutions de sa vie : Rabbit, Run (1962) (traduit sous le titre Coeur de lièvre, Seuil), Rabbit Redux (1971) (traduit sous le titre Rabbit rattrapé, Gallimard), Rabbit est riche (1981) (Gallimard) et, peut-être le meilleur : Rabbit at Rest (1990) (traduit sous le titre Rabbit en paix, Gallimard).

Personnellement j'avais beaucoup regretté que l'auteur ait fait mourir Rabbit à la fin du quatrième volume, l'empêchant ainsi de vivre dans l'Amérique des années 1990-2010, et j'avais toujours secrètement espéré qu'il le ressuscite un jour (nous verrons dans les inédits s'il le prévoyait). Il faut relire ces livres et se demander au passage pourquoi pas un seul auteur français n'a pu inventer un tel personnage témoin de son pays, un "Lièvre" qui ait traversé la France des années 1960, 1970, 1980, 1990. Bientôt, peut-être ?

Voir l'article du New York Times avec une vidéo d'une interview d'octobre dernier et de nombreuses photos, et aussi le portrait de Matthieu Lindon dans Libération.

mardi 18 novembre 2008

Bordeaux, Pascal Quignard chez Mollat

Passage de Pascal Quignard chez Mollat, venu faire une lecture du premier chapitre de Boutès (Ed. Galilée) et rencontrer ses lecteurs.

Belle et longue lecture d'un texte exigeant, suivie d'une discussion fouillée et joviale entre l'auteur et l'assistance (salle comble). Le podcast est disponible sur le site de Mollat.

Le débat a porté essentiellement sur la musique. J'ai noté :"Boutès est le seul héros qui s'offre à la musique. Il est moins connu qu'Ulysse ou Orphée alors que pourtant il est plus ancien" et aussi : "La musique doit être repensée d'une façon beaucoup moins technique qu'elle l'a été jusqu'à maintenant". Sur les rapports entre musique et littérature :"Je ne pense pas que la littérature puisse rivaliser avec l'immédiateté de la musique" et également : "Il y a une musique extrême dans la lecture (la lecture silencieuse) des livres".

jeudi 23 octobre 2008

Bordeaux, Arno Bertina, Mathieu Larnaudie, Jérôme Mauche, au festival Ritournelles

Débat exaltant au FRAC Aquitaine à Bordeaux dans la cadre de Ritournelles, avec Arno Bertina (photo), Mathieu Larnaudie, et Jérôme Mauche, interrogés par Didier Vergnaud (Ed. Le Bleu du ciel) autour du thème : "Révolutions littéraires ?", le tout devant une salle comble.

J'ai noté, notamment les développements d'Arno Bertina au sujet des avant-gardes : "Je savais qu'à partir du moment où je ne me dressais pas contre d'autres générations, j'avais plus de latitude pour écrire" et aussi : "Je veux avoir une porosité aux autres auteurs, que le plus de choses possibles vivent dans ce que j'écris".

Mathieu Larnaudie, concernant la supposée fin de ces avant-gardes : "La table rase, elle se fait quand même : sur la page blanche, on part de rien".

Jérôme Mauche : "un effet de jouissance à réutiliser le langage tel qu'il circule", et aussi : "le sujet de mes livres, c'est la langue qui nous traverse".

Encore Arno Bertina, à propos de sa découverte de la poésie contemporaine : "Dans la poésie contemporaine, je désapprenais une langue", et "la poésie contemporaine me permet d'aguiser mes sensations", dénonçant au passage un certain "ronron insupportable dans le roman". Et aussi : "Il faut des outils neufs pour décrire le monde d'aujourd'hui, on ne peut pas réparer un moteur ultra-moderne avec une simple clé à molettes". Et enfin une dernière phrase notée, quand il décrit son travail comme "un chantier qui consiste à perdre ses repères dans la langue qu'on écrit".

jeudi 16 octobre 2008

Bordeaux, Hubert Lucot au festival Ritournelles

Inauguration du festival Ritournelles au 91 rue Porte Dijeaux, à Bordeaux; salle pleine, public dehors, aperçu plusieurs auteurs et au moins un homme politique.

Hubert Lucot était invité. L'auteur, notamment, d'Opérateur le néant, Le Centre de la France et Grands mots d'ordre et petites phrases (les trois aux éditions POL), a lu quelques textes et parlé de son travail.

J'ai noté, entre autres, à propos de Le Noir et le bleu (Ed. Argol), "roman d'aventure" : "L'aventure qui m'a toujours tenté, c'est l'écriture". Et aussi, parlant du "bleu de Cézanne" : "Cézanne semblait posséder en lui une gamme qu'il n'a jamais pu atteindre dans ses tableaux", et "Le bleu est intéressant lorsqu'il est confronté par exemple au beige. Chez Picasso il serait confronté au rouge. Chez Cézanne le bleu sera confronté au vert".

Egalement présents à la table : Tiphaine Samoyault qui a parlé de son livre La main négative et son éditrice Catherine Flohic des éditions Argol.

mardi 23 septembre 2008

Bordeaux, Catherine Millet chez Mollat

Passage de Catherine Millet à la librairie Mollat pour ce qui est, nous apprend-elle, sa première rencontre avec des lecteurs autour de son nouveau livre Jour de souffrance (Ed. Flammarion) qui traite de la longue crise de jalousie dont elle a souffert trois ans durant.


Les questions sont posées par Jean-Michel Devésa (professeur à l'Université Bordeaux 3) qui fait au passage une fine analyse des deux livres de Catherine Millet. Grande affluence et rencontre détendue avec un bon esprit de l'assistance. Le podcast devrait être disponible d'ici peu sur le site de Mollat.

L'auteur de La vie sexuelle de Catherine M. (Ed. du Seuil, 2001) explique que la terrible crise de jalousie décrite dans ce nouveau livre est antérieure à "Catherine M." et que c'est cette crise qui l'avait poussée à écrire le premier livre. "Jour de souffrance est le deuxième volet du projet dont La vie sexuelle de Catherine M. est le premier volet". A propos de la forme du premier, elle indique : "C'est Jacques [Henric] qui m'a dit qu'il fallait écrire Catherine M. comme un livre de critique d'art, très formaliste, très descriptif".

Catherine Millet évoque la vie libre que mène chacun dans le couple qu'elle forme avec l'écrivain Jacques Henric, insistant sur un point : "La volupté est indépendante du sentiment amoureux" (et à un autre moment : "Le désir est indépendant de l'amour"). Elle tire quelques autres leçons de son expérience, ainsi : "Il y a dans la jalousie une curiosité qui ne peut jamais être satisfaite" et "Il n'est pas possible d'envisager la sexualité sans poser la question de la jalousie". Concernant Jour de souffrance, elle remarque : "Exposer cette crise de jalousie a été plus difficile que d'exposer ma vie sexuelle".

samedi 13 septembre 2008

Bordeaux, Charles Pennequin au CAPC

Venue de Charles Pennequin au CAPC de Bordeaux pour le week-end Carte blanche à la librairie La Mauvaise Réputation (13 et 14 septembre).

Grande affluence pour cette lecture de l'auteur de Pas de tombeau pour Mesrine et de Mon binôme. Une performance-éclair débutée par "Nous sommes dans l'art" (le CAPC musée d'art contemporain), continuée par "La France pue", et achevée par une histoire d'amour pré-enregistrée : "On s'aime (...) on s'aimera (...) on ramera".

Charles Pennequin pulvérise la foule par sa voix affolée, il ponctue la lecture en utilisant deux petits magnétophones numériques, il déclame son texte de mémoire, il nous enfonce ses mots dans le corps, puis il quitte la scène sous un tonnerre (vraiment) d'applaudissements. Exceptionnel.

vendredi 4 avril 2008

Bordeaux, lecture des textes d'Hélène Mohone par Sylvie Nève et Valérie Rouzeau chez Olympique

Sylvie Nève et Valérie Rouzeau lisaient ce soir à la librairie Olympique de Bordeaux les textes de l'écrivain Hélène Mohone, dont on a appris la disparition hier. Hélène Mohone était l'auteur de plusieurs livres dont Le coeur cannibale (Ed. William Blake & Co), L'enfant africaine (Ed. L'Amourier), et plus récemment Torpeur (Ed. La Cabane) et De loin (Ed. Atelier de l'Agneau). Plusieurs blogs, dont celui de Florence Trocmé (Poezibao), celui de Claude Chambard, et celui d'Angèle Paoli, ont fait des billets sur cette disparition.


La librairie était pleine et une quarantaine de personnes assistaient à cette lecture d'hommage à l'auteur prévue de longue date, et qui fut très émouvante. Ses amis et ses proches ont ensuite parlé de la personnalité d'Hélène Mohone.

La plus belle chose qu'un auteur puisse faire pour un autre auteur qui vient de disparaître, c'est de faire vivre plus fort ses textes, particulièrement en les lisant en public.

mercredi 19 mars 2008

Bordeaux, Aharon Appelfeld chez Mollat

Venue de Aharon Appelfeld  à la librairie Mollat pour la sortie de son roman La chambre de Mariana (Ed. de l'Olivier). La salle Albert Mollat était comble avec beaucoup de spectateurs debout. L'auteur de L'histoire d'une vie et Badenheim 1939 était interrogé par sa traductrice Valérie Zenatti qui retranscrivait les questions en hébreu et les réponses en français. L'enregistrement devrait être disponible dans les jours qui viennent sur la page podcast de Mollat.


Aharon Appelfeld parle avec douceur et rythme, assez bas, comme s'il racontait une histoire à sa traductrice, à laquelle il s'adresse, ne regardant que rarement le public. Sa voix est très assurée, presque une voix d'homme jeune mais posée. La beauté de l'hébreu ajoute encore à la magie et la totalité de la salle l'écoute dans un silence impressionnant.

Sur la littérature, il explique : "La littérature est, comme la musique, le meilleur substitut à la foi religieuse que nous avons perdue", "la littérature puise sa force dans le silence, c'est en quelque sorte une possibilité de contact entre soi et l'extérieur", "la littérature pure, c'est le retour vers les premières sensations, celles de l'enfance", "l'enfant que j'étais est toujours resté en moi".

Aharon Appelfeld explique : "mon arrivée en Israël a été comme la montée d'un puits de mort vers la vie". Il dit aussi : "j'ai été en contact avec les secrets ou les mystères de la vie : ces secrets ou ces mystères sont le lien que j'entretiens toujours avec mes parents". Et sur leur disparition : "ce n'est pas parce que nous ne voyons plus quelqu'un, qu'il n'est plus là".

A propos de Mariana, l'héroïne de son roman, il dit : "Elle fut pour moi une mère de substitution, une soeur de substitution, une bien-aimée de substitution". Et aussi : "Les mois que j'ai passés avec elle ont été l'école la plus importante de ma vie".

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