CE MÉTIER DE DORMIR

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jeudi 8 décembre 2011

Bordeaux, Pascal Quignard chez Mollat

Passage de Pascal Quignard à la librairie Mollat, venu présenter son nouveau roman, Les solidarités mystérieuses (Ed. Gallimard).

Rencontre très forte, débutée avec une lecture par l'auteur d'extraits, Pascal Quignard expliquant : "Il vaut mieux toujours commencer par une lecture, qui permet de donner le ton, l'univers."

Après avoir commenté rapidement les extraits lus, il s'est passé quelque chose d'étonnant : Pascal Quignard a fait diffuser dans la salle un nocturne de Chopin, et il a demandé à ce qu'on monte le son, et il l'a écouté, et tout le monde avec lui, durant plusieurs minutes. Pascal Quignard était dans une extrême concentration pendant cette écoute, avec presque les larmes aux yeux, il avait les mains regroupées sur la table, et on aurait dit qu'il priait, et précisément cette écoute de la musique ressemblait à une célébration religieuse, avec toute une assemblée regroupée autour de l'officiant Quignard. Ensuite, il a laissé la salle lui poser des questions sur ses livres.

J'ai pris en notes quelques réponses de Pascal Quignard. Notamment ceci : "À vingt, trente ou quarante ans, j'avais besoin de lire pour vivre : me confronter aux expériences des écrivains m'aidait à vivre. Les lieux dans lesquels j'étais étaient moins importants que les livres que je lisais. En vieillissant, la nature s'est mis à prendre une importance beaucoup plus grande en moi, et c'est devenu une lecture du paysage : contempler est un dérivé du livre ou à la source du livre." Parlant de ses rituels d'écriture, il a expliqué : "Je me lève tôt. J'ai commencé à écrire car je n'ai jamais eu beaucoup de sommeil. Je me lève vers 3-4 heures, 4-5 heures du matin, ça dépend des jours. Je réserve chaque jour quatre ou cinq heures à écrire, lire, rêvasser. Je ne mange pas, je ne me lave pas, j'écris tout de suite, le plus possiblement au contact des rêves et de la nuit. Vers 10-11 heures, ma journée est terminée."

À propos de ce que lire signifie, il a dit : "Je sais d'expérience qu'ouvrir un livre c'est exposer sa vie à une autre narration de sa vie" et aussi : "J'ai fait assez de dépressions nerveuses pour pouvoir dire que le premier signe de la dépression est le fait de ne plus pouvoir lire. (...) Je pense vraiment que je suis [d'abord] quelqu'un qui lit. Je ne peux pas faire de différence entre lire et écrire. Je lis, et ce qui me manque dans le livre, je peux l'écrire."

Pascal Quignard a conclu : "Mon but : éprouver plus intensément la vie que je peux mener" et répondant sur une question lui demandant comment il a vécu son prix Goncourt en 2002 : "Le Goncourt, quand on ne s'y attend pas, passe comme l'eau sur les ailes d'un canard."

     - Le podcast intégral de la rencontre est disponible sur le site de Mollat.
     - Voir l'entretien vidéo réalisé peu avant la rencontre.

 

mardi 18 octobre 2011

Bordeaux, Carlos Fuentes à l'Institut Cervantes

Passage de Carlos Fuentes à la Casa de Goya, dans les locaux de l'Institut Cervantes de Bordeaux.

Très impressionnante énergie, forte présence, grande disponibilité et humour, chez le romancier mexicain de 83 ans qui semble en avoir quinze de moins. Dès les premières minutes, Carlos Fuentes a laissé une salle archicomble mener le débat en posant des questions sur l'écriture, le Mexique, la France (il est revenu notamment sur son attrait pour la Dordogne). Fuentes a expliqué qu'il terminait actuellement l'écriture d'un roman sur Nietzsche et l'Éternel retour. Il a aussi conseillé aux écrivains : travaillez, travaillez, travaillez, ayez une discipline de fer.

L'auteur de Terra Nostra et Les Années avec Laura Díaz (Ed. Gallimard) séjourne actuellement dans la capitale de l'Aquitaine où il sera fait docteur Honoris Causa de l'Université de Bordeaux le jeudi 20 octobre.

 

samedi 23 juillet 2011

La Baule, Régis Jauffret à Écrivains en bord de mer

J'assistais ce soir à la rencontre avec Régis Jauffret à Écrivains en bord de mer.

Le programme prévoyait un échange entre Régis Jauffret et Matthias Énard, mais ce dernier n'a pas pu venir pour raisons de santé. L'auteur de Microfictions (Ed. Gallimard), en lui rendant hommage, a expliqué que pour lui Énard est "actuellement le plus grand écrivain français vivant".

Jauffret a répondu aux questions de Bernard Martin, j'ai noté quelques phrases : "J'ai une infirmité, j'ai une impossibilité à écrire autrement que sous forme de fictions, et c'est une sorte d'infirmité." (...) "La fiction est dans la métaphore, aussitôt qu'il y a métaphore il y a fiction" (...) "La littérature a un grand rapport avec l'insomnie. J'écris parce que je n'ai pas assez dormi."

Il a évoqué à demi-mots le procès contre son roman Sévère (Ed. du Seuil), dont l'interdiction a été demandée par des personnes privées : "À partir du moment où on met "roman" [sur la couverture], c'est que c'est faux. Or, cette définition ne suffit pas pour la loi française." (...) "Aujourd'hui, pour être à peu près libre dans la littérature, il faut raconter des romans d'amour, des choses abstraites ou faire des textes expérimentaux, mais dès qu'on parle du réel et que le réel est polémique, le chemin est fermé." (...) "Un livre semblable sur un fait divers ne serait plus publié aujourd'hui, et il arrivera un moment où ces livres ne seront même plus écrits" (...) "Le romancier est libre mais pas tant que ça. La Recherche du Temps perdu, si elle paraissait aujourd'hui, il y aurait une foule de procès [de la part de tous les personnages qui s'y reconnaitraient]".

Et j'ai aussi noté une phrase, la dernière phrase de l'intervention de Régis Jauffret, phrase restée en suspend, et mystérieuse : "La barrière du langage nous cloisonne."

 

vendredi 22 juillet 2011

La Baule, Nathalie Quintane à Écrivains en bord de mer

J'étais à la lecture de Nathalie Quintane cet après-midi à Écrivains en bord de mer.

Pur moment de quintane-essence, à la fois politique et humoristique, pour cette lecture de passages, commentés par instants, de Tomates (Ed. POL), le récit de Nathalie Quintane évoquant l'affaiblissement des libertés fondamentales en France, écrit à la suite de l'affaire de Tarnac. Et c'était l'exact moment, moins d'un an avant mai 2012, et l'exact lieu, la station balnéaire préférée du pouvoir actuel, pour lire ce texte en public.

 

jeudi 21 juillet 2011

La Baule, Chloé Delaume à Écrivains en bord de mer

De passage à La Baule, j'ai été écouter Chloé Delaume au festival Écrivains en bord de mer.

Chloé a présenté les auteurs de sa collection Extraction aux Éditions Joca Seria. Elle a également fait une lecture d'un texte inédit, deux chapitres d'un livre à paraître : Une femme avec personne dedans. C'est un roman qui s'annonce des plus passionnants, avec pour l'auteur de Dans ma maison sous terre une interrogation redoublée et toujours plus profonde sur soi-même. Deux phrases extraites de ce texte superbe, notées à la volée dans mon calepin : "Qui suis-je ? peut-être suis-je une femme avec personne dedans." (...) "Je suis la nullipare, jamais je n'ai accouché, jamais je n'enfanterai." Parution de ce nouveau livre début 2012 au Seuil, coll. Fiction & Cie.

 

vendredi 15 avril 2011

Bordeaux, Mathias Énard et Olivier Rolin à La Machine à Lire

Olivier Rolin et Mathias Énard étaient de passage à Bordeaux à la librairie La Machine à Lire. pour présenter leurs derniers livres respectifs : Sibérie (Ed. Inculte) et L'Alcool et la Nostalgie (Ed. Inculte).

Très belle rencontre modérée par Olivier Mony et fascinante discussion entre deux écrivains s'admirant mutuellement et de deux générations successives. Ils ont relaté les circonstances de l'écriture des deux livres : leur traversée de la Russie en train, de Moscou à Vladivostok en 2010 dans le cadre du "Transsibérien des écrivains".

J'ai noté quelques phrases prononcées par Olivier Rolin : "J'aime assez essayer de faire passer quelque chose d'un lieu. C'est un peu de l'ordre du journal de voyage. (...) J'avais déjà été en Sibérie plusieurs fois. (...) Pour moi c'est un voyage dans l'espace mais aussi dans le temps, je repasse par des endroits où j'étais passé vingt ans avant. J'aime bien les retours."

Mathias Énard a expliqué au contraire : "Je me sens incapable de faire des carnets de voyage. Je me sens plus à l'aise dans d'autres territoires. Je peux écrire en voyage, oui, mais sur tout autre chose. Je fais plus confiance à mes souvenirs qu'à ce que je vois sur le moment. L'écriture en direct ne me convenait pas, donc je me suis inventé un passé russe que je n'ai pas."

Répondant à une question du modérateur, Olivier Rolin et Mathias Énard se sont longuement exprimé sur la fiction romanesque et son effacement dans la littérature contemporaine au profit de textes plus près de la réalité. Rolin a expliqué qu'il s'était éloigné progressivement du roman : "Je me sens pour l'instant plus attiré par une recherche de l'exactitude",  se demandant même, au détour d'une phrase, si ses premiers livres, des romans, n'étaient pas plus forts que ceux qu'il écrit aujourd'hui. Énard, dont les livres sont à l'inverse actuellement des pures fictions, en a conclu : "Peut-être que la jeunesse se lance dans la fiction et que la sagesse revient vers autre chose."  

 

jeudi 7 avril 2011

Bordeaux, J.-B. Pontalis chez Mollat

Passage de J.-B. Pontalis à la librairie Mollat de Bordeaux pour y présenter son nouveau livre, Un jour, le crime (Ed. Gallimard).

L'auteur d'Après Freud et Frère du précédent a longuement répondu aux questions de Jean-Marie Planes. Il a dit pourquoi, lui qui déteste la violence, il s'était intéressé à ce sujet : "J'ai eu envie d'aller voir du côté de ce qu'en principe je veux ignorer." Il a expliqué : "Nous avons tous des pensées meurtrières, conscientes ou inconscientes (des rêves), mais cela reste des pensées. Qu'est-ce qui fait que ça franchit une frontière et ça passe à l'acte ? Je n'ai pas cherché à répondre car ça doit rester une énigme. La question du passage à l'acte reste un grand mystère." (...) "Il y a des crimes qui deviennent, sinon mythiques, du moins emblématiques, comme celui des sœurs Papin ou de Violette Nozière." (...) Pontalis a aussi précisé : "Ce livre n'est pas un essai, c'est une recherche pour rôder autour de la folie meurtrière."

 

dimanche 3 avril 2011

Bordeaux, à l'Escale du livre

L'Escale du livre se déroulait à Bordeaux pendant ces trois jours, l'occasion de faire la connaissance de beaucoup d'auteurs lus et appréciés mais jamais croisés en vrai.

J'ai assisté notamment à la discussion de Frédérique Clémençon, venue parler de son dernier livre, Les petits (Ed. de l'Olivier).

Également croisé, Pierric Bailly, l'auteur discret des impressionnants Polichinelle et Michael Jackson (Ed. POL).

Très bonne impression générale de cette Escale du livre, marquée entre autres par la qualité des auteurs invités à des rencontres-lectures et par la présence cette année de la librairie Mollat dont le stand était l'un des plus vastes et des plus animés du salon.

 

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