CE MÉTIER DE DORMIR

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vendredi 16 juillet 2010

La Baule, Stéphane Audeguy et Pierre Senges au festival Écrivains en bord de mer

Autre écrivain qui m'a impressionné lors d'Écrivains en bord de mer : Stéphane Audeguy, l'auteur notamment de La théorie des nuages , Fils unique, Nous autres (Ed. Gallimard).

L'homme est étonnant : une assurance absolue, une acuité maximale, une puissance tranquille façon boxeur poids lourd. Il a parlé de technique, d'architecture, de bibliothèques, de villes, Rome où il était pensionnaire de la Villa Médicis, ou Dubaï où il a été faire un reportage ("Dubaï est une ville faite sur du vent", "Ces gens n'ont pas de pétrole mais ils ont des idées"). J'ai noté sur mon calepin, quelques unes de ses digressions. Il a dit par exemple : "J'ai écrit un roman dans les interstices de Rousseau, mais tout le monde écrit des romans dans les interstices de quelqu'un d'autre", "La question de la technique est constitutive de notre époque, on ne peut pas écrire sans évoquer cette question (...) La technique est arrivée à un tel stade de développement qu'elle défie la description", "La bibliothèque, c'est une caméra au sens propre, une chambre", "La littérature qui m'intéresse est une littérature qui fait signe vers des dehors inhumains", "Ce qui m'intéresse, ce n'est pas les livres, c'est ce qui excède les livres".

Stéphane Audeguy participait à un échange, vraiment passionnant, avec Pierre Senges, auteur notamment de La réfutation majeure et d'Études de silhouettes (Ed. Verticales).

Pierre Senges a insisté sur la chute. Il a parlé de son admiration pour Kafka et a présenté ses Études de silhouettes comme des exercices d'écriture, des croquis, faits "dans une approche ni trop respectueuse, ni trop ironique" de Kafka. Il a dit aussi qu'au milieu de tous les objets courants qui nécessitent des modes d'emploi, qui fonctionnent mal, qui tombent en panne, "les livres (réussis) sont les seuls objets qui vous considèrent, pendant les deux heures de la lecture, avec un immense respect".

N.B. : À propos d'Écrivains en bord de mer, lire sur Remue.net l'excellent compte-rendu détaillé de Guénaël Boutouillet qui a pu assister à toutes les rencontres (ce qui n'était pas mon cas).

 

La Baule, Maylis de Kerangal au festival Écrivains en bord de mer

De passage à La Baule, j'ai assisté à la lecture de Maylis de Kerangal lors du festival Écrivains en bord de mer.

C'était vraiment une superbe lecture, j'ai été impressionné, la salle aussi je crois. Maylis de Kerangal a lu la première partie de son roman Corniche Kennedy (Ed. Verticales). Suivait la projection d'un documentaire sur les plongeurs d'Acapulco, mais il a semblé bien fade en comparaison des mots de la fiction.

 

mardi 29 juin 2010

Paris, Philippe Sollers au Collège des Bernardins

J'étais à la conférence que donnait Philippe Sollers au Collège des Bernardins, dans le 5e arrondissement, sur le thème "Enfance et jeunesse d'un écrivain français". Ça a été un grand moment.


La présentation était faite par Julia Kristeva et le débat animé par Antoine Guggenheim. Forte affluence, le grand amphithéâtre était plein. Il n'y avait pas moins de six équipes vidéo différentes pour enregistrer la soirée, et dans l'assistance de multiples auteurs et journalistes connus. Une grande carte ancienne représentant une ville traversée par un fleuve et marquée BORDEAVX était projetée derrière la scène.

Présentation belle et puissante de Julia Kristeva qui a parlé de leur couple en disant notamment : "Cette cohabitation de nos deux étrangetés continue à défier le temps parce que ça s'écrit". Grande énergie de Philippe Sollers qui a fait de superbes lectures des passages d'Un vrai roman qui lui semblaient les plus significatifs.

Durant sa conférence, Sollers a insisté sur la guerre d'Algérie et sur Vichy, les deux grands tabous de l'histoire française. Il a aussi évoqué le caractère puritain du reproche "too french" que lui font les américains (on ne reproche ça qu'aux français, jamais on ne dit 'trop américain' ou 'trop chinois'). Et aussi : une anecdote sur Lacan qui, ayant envoyé un mot pour "Julia Sollers", se voit répondre par l'écrivain bordelais que cette personne n'existe pas, pas plus que le "Monsieur Kristeva" à qui veulent s'adresser les étudiantes américaines. Philippe Sollers s'est aussi lancé dans une longue et très drôle énumération des messages personnels codés diffusés sur Radio Londres pendant l'occupation allemande. Enfin, pour achever la conférence, il a lu le texte de Maître Eckhart qu'il avait récité à l'enterrement de son père.

J'ai noté quelques passages dans mon calepin. Par exemple : "Une des expériences les plus fondamentales de ma vie a été l'écoute de Radio Londres : c'est ça qui m'a donné l'idée de la poésie" ou : "L'Angleterre, dans ma famille c'était très important, on disait 'les anglais ont toujours raison'" ou : "Bordeaux est un port. Il y a toujours une différence entre les personnes continentales et les personnes sensibles aux ports : Bordeaux, Venise, Barcelone" et aussi : "Bordeaux, pays paradisiaque."

 

vendredi 28 mai 2010

Paris, Chloé Delaume aux Cahiers de Colette

De passage à Paris, j'ai été écouter Chloé Delaume qui était à la librairie Les Cahiers de Colette dans le cadre de la manifestation À vous de Lire.

Chloé a lu notamment des textes de Christine Angot, Pierre Guyotat, Lydie Salvayre, Jean-Jacques Schuhl, en présence de certains des auteurs. Magnifique lecture des premières pages de Vu du ciel de Christine Angot et conclusion de la soirée tout aussi incroyable avec le Cahier d'Ivry d'Antonin Artaud. Un moment d'exception, vraiment.

 

dimanche 11 avril 2010

Bordeaux, Pierre Autin-Grenier à l'Escale du livre

Passage de Pierre Autin-Grenier à l'Escale du livre de Bordeaux, venu présenter son dernier ouvrage, C'est tous les jours comme ça (Ed. Finitude, 160 p., 15 €).

"P.A.G" a parlé de son travail lors d'une rencontre avec les lecteurs. Notes prises au vol : "Quand j'écris, c'est à peu près le seul moment où je suis presque sérieux." Influences ? Richard Brautigan (celui de La vengeance de la pelouse ou de Tokyo-Montana express) plus que Kafka. Concernant sa dénonciation du politiquement correct, il a précisé : "J'adore l'incorrect". Sur le genre de sa littérature : "On a d'abord dit que j'étais un poète, puis on a dit ensuite que j'étais un nouvelliste, maintenant on dit que je suis indéfinissable".

Sur son utilisation continue du dictionnaire (le Robert) : "Je travaille beaucoup avec le dictionnaire, je cherche beaucoup les mots, des mots très simples, par exemple je cherche le mot 'oeil' et je trouve dans la définition des exemples, des citations, qui m'emmènent vers autre chose, ou je trouve un synonyme qui va mieux en rythme".

L'auteur de L'éternité est inutile a expliqué aussi : "J'ai deux sortes de lecteurs, ceux qui me disent : 'Je me suis tordu de rire, c'est vraiment très drôle', et ceux qui me disent au contraire : 'C'est trop noir'. Pour moi, le lecteur idéal est au milieu."

 

lundi 18 janvier 2010

Bordeaux, James Ellroy chez Mollat

Passage de James Ellroy à Bordeaux, venu présenter à la librairie Mollat son dernier livre Underworld USA (Ed. Rivages).

Impressionnant personnage, de grande taille et grande carrure, vif, souple comme un lynx, il ressemble à celui qu'on imagine : un homme qui n'a peur de rien. Avant la rencontre, il a signé son livre dans la librairie : une heure trente à dédicacer debout, devant la file d'attente, poignée de main à chacun, livre tenu à bout de bras et signé au stylo bille à toute vitesse, quelques mots échangés en anglais, Thanks, suivant, et le tout sans paraître fatigué, et avec bonne humeur.

La rencontre s'est ensuite passée devant une salle remplie à ras bord, en compagnie de deux traducteurs (Yves-Charles Granjeat, assisté de Stéphanie Benson) et d'un modérateur (Christophe Dupuis). Humour à froid presque permanent et quelques grands rires, énorme présence, il a répondu patiemment aux questions du modérateur puis a ensuite longuement échangé avec le public, le tout dans une décontraction typiquement américaine. Il a notamment raconté comment il avait travaillé pour ce livre : "J'ai engagé une personne qui a fait pour moi une recherche historique et a accumulé des notes. A partir de là j'ai écrit 200 pages d'autres notes sur l'intrigue, les personnages, l'époque, puis j'ai fait un plan de 400 pages, un plan extrêmement détaillé. Une fois que j'ai mon plan je sais comment l'histoire va bouger."

Concernant l'attaque de fourgon blindé au début du livre, il a plaisanté : "Je n'ai le droit qu'à une seule attaque de fourgon blindé par ouvrage ! sinon, après, on dilue."

Ellroy a insisté sur sa concentration sur le travail : "Je ne lis pas, je n'ai pas d'ordinateur, pas de téléphone portable, je vis dans un total isolement." Sinon il ne pourrait pas écrire car "le monde qui nous entoure est trop stimulant."

Il a ajouté : "J'ai un don, une vision monomaniaque, ce qui me permet de rester concentré de façon très efficace." Il a aussi confié qu'il ne lisait pas de fiction : "Je ne plaisantais pas quand je disais que je ne tiens pas compte du monde. Je suis comme un chien attaché à son bureau." Et aussi : "Je n'écris pas la nuit, j'écris le jour. Je me lève, je prends deux cafés très forts et j'écris à la main sur un bloc-notes, puis une secrétaire (toujours la même depuis 27 ans) tape à la machine."

Répondant à une question sur l'inspiration, James Ellroy a encore dit : "Je dois remercier l'histoire américaine et l'histoire de Los Angeles qui ont été très généreuses avec moi. Dieu m'a confié une mission : réécrire l'histoire américaine et l'histoire de Los Angeles à ma manière."

Le podcast de la rencontre, ainsi qu'une vidéo, sont en ligne sur le site de Mollat.

lundi 7 décembre 2009

Bordeaux, Marie Ndiaye chez Mollat

Retour pour quelques heures en Gironde pour Marie Ndiaye, venue à la librairie Mollat présenter son dernier roman et Prix Goncourt 2009, Trois femmes puissantes (Ed. Gallimard).

Énorme affluence, des dizaines de lecteurs sont restés en bas dans la rue, et lorsque Marie Ndiaye monte sur l'estrade pour s'asseoir devant le micro, la salle applaudit spontanément, cela faisait longtemps que je n'avais pas vu ça chez Mollat, hommage bordelais à cette grande lauréate du Goncourt, dans la lignée des Proust, Gracq, Modiano, Duras, ou Echenoz.

Étonnante retenue, discrétion, timidité jusqu'au retrait, de Marie Ndiaye, ne sachant pas quoi dire de ses livres, essayant de répondre aux questions érudites, précises, très pertinentes de Dominique Rabaté (auteur d'une étude sur elle aux Éditions Textuel). Elle semble signifier en permanence : j'ai tout dit dans mes livres, regardez ma prose, écoutez-la. Et précisément l'entretien ne démarre vraiment que quand elle est interrogée sur son style, son outil, cette voix supérieure qui est la sienne depuis son premier livre, sa "phrase". J'ai noté ce qu'elle a dit à ce moment-là : "On est censé comme écrivains être les meilleurs connaisseurs de ce qu'on a fait, ce qui n'est pas le cas : on n'est pas soi-même son exégète, son commentateur, on n'a pas réfléchi sur la lecture qu'on a fait de son propre livre."

Parlant de sa phrase, l'auteur d'Autoportrait en vert dit encore : "J'accepte maintenant une certaine simplification de la phrase sans avoir peur qu'elle en soit plus pauvre, ou moins subtile, ou moins belle. Plus jeune, il me semblait que la complexité et le rythme d'une phrase tenait à sa longueur et à sa difficulté syntaxique, maintenant ce n'est plus le cas, j'accepte de travailler sur une matière syntaxique plus pauvre en essayant d'en extraire tout ce que je peux."

Marie Ndiaye a terminé en disant qu'elle n'avait pas encore de nouveau roman en cours mais qu'elle était en train de travailler sur une pièce de théâtre, qu'elle alternait les deux, roman, théâtre, pour respirer.

L'intégralité de la rencontre est disponible en podcast sur le site de Mollat.

 

À noter que Marie Ndiaye ne s'est pas exprimée ce soir sur l'attaque affligeante, absurde et malsaine, lancée contre elle par un parlementaire de droite (auquel elle avait d'ailleurs déjà répondu en maintenant sa condamnation de la politique sarkozyste).

vendredi 20 novembre 2009

Bordeaux, Gwenaëlle Stubbe au festival Ritournelles

Superbe lecture de Gwenaëlle Stubbe ce midi au Molière-Scène d'Aquitaine pour la dernière journée du festival Ritournelles.

Grand exercice de performance, lecture appuyée mais sans affectation, légèreté continuelle, musique et modulation, gestuelle totale (bras comme des hirondelles), et surtout un vrai texte, une littérature, une pensée, le tout incarné avec un immense humour communicatif, une présence souveraine de l'auteur et une grande proximité.

On peut découvrir Gwenaëlle Stubbe avec un texte disponible sur Publie.net, il y a aussi plusieurs de ses lectures sur ARTE Radio et un livre est à paraître chez POL dans les prochains mois.

Ritournelles se terminait ensuite avec une performance de Sabine Macher. Hier jeudi, à la même heure et au même endroit, Michel Butor était invité et un ami en qui j'ai toute confiance m'a rapporté que ça avait été un grand moment. Ritournelles 2009 aura été un excellent millésime.

jeudi 12 novembre 2009

Bordeaux, Sylvie Nève et Claude Chambard au festival Ritournelles

Pause déjeuner à 12h30 autour des "Rêves dans la littérature", avec des lectures de Sylvie Nève et Claude Chambard pour la deuxième journée du festival Ritournelles.

Malgré l'horaire inhabituel, la salle du Molière-Scène d'Aquitaine était pleine. Superbe lecture de Claude, très rapide et très forte, avec un long passage onirique extrait de son beau petit livre Allée des artistes. Grand plaisir également de retrouver la joie de Sylvie Nève qui a lu plusieurs textes, dont un de Proust racontant un rêve et un autre de Freud commentant celui d'une de ses patientes, avant de terminer par un de ses poèmes relatant un incroyable rêve dans lequel apparaissaient Yoko Ono et John Lennon.

mardi 20 octobre 2009

Bordeaux, Yannick Haenel chez Mollat

Passage à Bordeaux de Yannick Haenel, venu présenter à la librairie Mollat son nouveau livre, Jan Karski (Ed. Gallimard).

En introduction, Jean Laurenti lui a demandé de parler de la revue Ligne de risque qu'il a fondée avec François Meyronnis : "On a fait cette revue parce qu'on n'est pas loin de penser qu'il y a peut-être plus de littérature dans les grands textes spirituels, comme ceux de la Gnose, que dans tous les romans qui se publient depuis une vingtaine d'années."

Haenel place tout son travail sous le signe de sa propre libération, expliquant : "Dans quelle mesure est-ce que la langue nous libère ? Et est-ce que quelque chose est plus fort que le mal ?"

Il raconte comment l'idée de ce livre lui est venue en 2005 alors qu'il sillonnait les pays de l'Est et terminait l'écriture de son roman Cercle : "J'étais à Varsovie, je m'interrogeais sur le Ghetto, je voulais voir les lieux de la disparition, les rues où le Ghetto de Varsovie avait existé et j'ai alors fait l'expérience de la disparition de la disparition [sic]" (...) Il avait vu le témoignage de Jan Karski dans le film Shoah quelques années avant et précise : "Je voulais faire quelque chose pour Karski."

Parmi les propos d'Haenel, j'ai aussi noté ceci : "Il fallait que j'invente un écrin qui soit de l'ordre de la transmission" (...) "Je voulais sonder le mystère de ce qu'il y a dans un nom, c'est pour cela que j'ai appelé ce livre Jan Karski. Je voulais que des gens entrent dans une librairie et disent : 'Je voudrais Jan Karski'."

Comparant ce roman à ses précédents textes, il explique : "Dans ce livre, je me suis beaucoup dessaisi de moi-même, j'ai arrêté de raconter mes petites histoires."

Revenant sur les attaques de certains qui lui reprochaient de ne pas être historien, Haenel a ces mots : "La fiction est un des régimes possibles d'une certaine vérité. Ce n'est pas parce que c'est un roman que c'est faux."

(Le podcast de la rencontre est à écouter sur le site de Mollat)

mercredi 7 octobre 2009

Disparition de Raymond Federman

Grande  tristesse : Raymond Federman est mort.

Ses livres lui survivront. Il faut relire notamment les textes magnifiques que sont À qui de droit (1990), Moinous & Sucette (1995), La Fourrure de ma tante Rachel (1996), Retour au fumier (2005)*.

Voir l'hommage de Laure Limongi, sa dernière éditrice, ainsi que les articles dans Le Monde, dans Libération, dans le New York Times.

À lire, la très belle lettre en anglais et en français envoyée par sa fille Simone aux amis de Raymond Federman.

* disponibles aux Éditions Léo Scheer/Laureli et aux Éditions Al Dante.

mardi 6 octobre 2009

Bordeaux, Laurent Mauvignier chez Mollat

Retour momentané à Bordeaux d'un ancien habitant de la ville, Laurent Mauvignier, venu présenter chez Mollat son nouveau livre, Des hommes (Ed. de Minuit).

La discussion, avec Jean Laurenti dans le rôle du modérateur, a porté sur les rapports entre le collectif et l'intime. Grande sincérité de Mauvignier qui a détaillé son travail de documentation, puis ses tâtonnements dans la construction de ce livre, et ses hésitations sur un sujet historique très sensible, la guerre d'Algérie. Il a confessé qu'il écrivait chez lui avec des boules Quiès, dans son coin, enfermé dans une pièce. Il a aussi refusé à un moment de lire un passage trop dur du livre, expliquant : "Ce qui est possible pour une lecture intime (scènes de guerre, ou d'amour) devient obscène pour une lecture en public. Donc cette scène, je préfère ne pas la lire ici ce soir".

Noté également, parmi ses propos : "Je pense le rapport au collectif ou à l'Histoire comme une histoire humaine individualisée" (...) "Chaque fois, j'ai envie de faire un livre que je ne savais pas faire" (...) "Ca faisait des années que je voulais écrire sur les appelés de la guerre d'Algérie, mon oncle, mon père, les gens que j'ai vus, l'onde de choc que j'ai pressentie quand j'étais enfant" (...) "Pourquoi des gens de 60-65 ans sont comme ils sont aujourd'hui, pourquoi il y a quelque chose qui ne se dit pas. Ce que je voulais donner à entendre, c'est comment des gens ont été cassés" (...) "Le sujet de la guerre d'Algérie est sensible, mais moi mon angle d'attaque, c'était les appelés. Mon problème, c'était de restituer une violence, une peur".

(Le podcast de la rencontre est à écouter sur le site de Mollat)

jeudi 1 octobre 2009

Bordeaux, Pierre Michon chez Mollat

Passage de Pierre Michon à la librairie Mollat pour présenter son dernier livre, Les Onze (Ed. Verdier).

Michon est sans conteste un des écrivains vivants que j'admire le plus avec Angot, Echenoz, Modiano, Sollers. C'était la première fois que je le croisais : un homme de bonne taille, vif, sec, presqu'athlétique, qui debout m'a fait penser à un bambou. Devant une salle pleine, longue discussion inspirée et en forme de dérive autour des questions de Dominique Rabaté (Université de Bordeaux 3).

J'ai noté quelques phrases : "Je me suis dit : le titre sera un chiffre." (...) "La peinture qui représente des politiques doit avoir ce double aspect : on doit voir à la fois un diable et un bon législateur. On appelait ainsi Boniface VIII : Saint-Satan." (...) "Toutes les histoires que j'écris veulent tendre à un effet de légende en partant d'un effet de légende déjà là." (...) "Politiquement je suis incapable de savoir ce que je pense des hommes de la Terreur. Je crois que je les aime. Mais j'aime aussi Chateaubriand ou Joseph de Maistre".

Moment très intéressant aussi quand Pierre Michon explique que ses livres sont courts car arrive toujours un moment où le tempo n'est plus là et où on doit arrêter le récit (il avoue avoir coupé la fin de La Grande Beune) : "Je ne veux pas que mon texte m'échappe. Chaque texte a un tempo et le perdre est très facile, si je perds ce tempo, j'arrête". Il confie en riant que Le Roi du bois devait faire à peu près 15 pages mais que l'éditeur a joué avec la typographie pour que ça fasse 50 pages.

Et aussi : "Je voudrais que le texte soit sur le vif d'une rythmique qui vous passe par le corps pendant que vous faites ce texte".

Finalement, Michon conclut, après une évocation de la rapidité de Stendhal : "Mon idéal serait cet oxymore : faire du Flaubert rapide". Amen.

Le podcast de l'intégralité de la rencontre est disponible sur le site de Mollat.

mardi 9 juin 2009

Bordeaux, Claude Lanzmann chez Mollat

Escale de Claude Lanzmann à Bordeaux, venu présenter à la librairie Mollat Le lièvre de Patagonie (Ed. Gallimard) devant une salle archi-comble.


Claude Lanzmann s'excuse d'abord en disant lorsqu'il s'assoit : "je suis à bout de souffle et à bout de force", mais une fois la discussion lancée il s'anime, prenant d'entrée amicalement le contre-pied du modérateur de la rencontre : "non, le livre est drôle, le livre est espiègle, il y a des histoires d'amour, des histoires de sexe il ne faut pas le nier, il y a tout cela, c'est un drôle de livre".

Le directeur de la revue Les Temps modernes raconte alors plusieurs épisodes de sa vie, et notamment il relate son voyage en Patagonie comme s'il était un livre magnifique, il écrit rien qu'en parlant, c'est saisissant.

Il parle aussi de Shoah, comment il a compris qu'il devait venir tourner son film sur les lieux lorsqu'il a vu que Treblinka avait une gare encore en activité : "j'étais comme une bombe mais le détonateur manquait, ça a été le détonateur". A propos des larmes du coiffeur dans Shoah, il dit : "les larmes du coiffeur, elles sont précieuses pour moi, c'est le sceau de la vérité. Ce n'est pas une scène sadique comme des cons l'ont dit, c'est une scène fraternelle".

Claude Lanzmann explique également que le livre commence par "des réflexions sur les différents modes d'administration de la mort" et "se termine par la façon dont a été tourné Shoah, et Shoah, qu'est-ce que c'est sinon la mort administrée". Mais entre les deux, "le livre est un hymne à la vie. Il n'y a que la vie, c'est ce que je pense profondément. Il n'y a que la vie. La seule transcendance pour moi c'est la réincarnation, et j'espère me réincarner en lièvre".

(Le podcast de la rencontre devrait être en ligne d'ici peu sur le site de Mollat.)

jeudi 9 avril 2009

Disparition de Henri Meschonnic

Disparition à l'âge de 76 ans du poète Henri Meschonnic.

Il était notamment un traducteur particulièrement innovant de la Bible (plusieurs volumes, aux Ed. Gallimard et Ed. Desclée de Brouwer). Voir le billet de Lignes de fuite.

jeudi 12 mars 2009

Disparition de Pierre Bourgeade

Disparition à l'âge de 82 ans, de Pierre Bourgeade, l'auteur notamment des Immortelles, Eros mécanique, ou L'argent.

Ses livres ont été publiés principalement aux Éditions Gallimard et Tristram. Voir l'article sur le site du Nouvel Obs.

mercredi 28 janvier 2009

Disparition de John Updike

Disparition hier à l'âge de 76 ans de John Updike, l'auteur de la série des Rabbit.

Nous ne connaîtrons jamais la suite des aventures de Harry "Rabbit" Angstrom, ce héros lyrique de la classe moyenne américaine que John Updike retrouvait chaque décennie pour suivre les évolutions de sa vie : Rabbit, Run (1962) (traduit sous le titre Coeur de lièvre, Seuil), Rabbit Redux (1971) (traduit sous le titre Rabbit rattrapé, Gallimard), Rabbit est riche (1981) (Gallimard) et, peut-être le meilleur : Rabbit at Rest (1990) (traduit sous le titre Rabbit en paix, Gallimard).

Personnellement j'avais beaucoup regretté que l'auteur ait fait mourir Rabbit à la fin du quatrième volume, l'empêchant ainsi de vivre dans l'Amérique des années 1990-2010, et j'avais toujours secrètement espéré qu'il le ressuscite un jour (nous verrons dans les inédits s'il le prévoyait). Il faut relire ces livres et se demander au passage pourquoi pas un seul auteur français n'a pu inventer un tel personnage témoin de son pays, un "Lièvre" qui ait traversé la France des années 1960, 1970, 1980, 1990. Bientôt, peut-être ?

Voir l'article du New York Times avec une vidéo d'une interview d'octobre dernier et de nombreuses photos, et aussi le portrait de Matthieu Lindon dans Libération.

mardi 18 novembre 2008

Bordeaux, Pascal Quignard chez Mollat

Passage de Pascal Quignard chez Mollat, venu faire une lecture du premier chapitre de Boutès (Ed. Galilée) et rencontrer ses lecteurs.

Belle et longue lecture d'un texte exigeant, suivie d'une discussion fouillée et joviale entre l'auteur et l'assistance (salle comble). Le podcast est disponible sur le site de Mollat.

Le débat a porté essentiellement sur la musique. J'ai noté :"Boutès est le seul héros qui s'offre à la musique. Il est moins connu qu'Ulysse ou Orphée alors que pourtant il est plus ancien" et aussi : "La musique doit être repensée d'une façon beaucoup moins technique qu'elle l'a été jusqu'à maintenant". Sur les rapports entre musique et littérature :"Je ne pense pas que la littérature puisse rivaliser avec l'immédiateté de la musique" et également : "Il y a une musique extrême dans la lecture (la lecture silencieuse) des livres".

jeudi 23 octobre 2008

Bordeaux, Arno Bertina, Mathieu Larnaudie, Jérôme Mauche, au festival Ritournelles

Débat exaltant au FRAC Aquitaine à Bordeaux dans la cadre de Ritournelles, avec Arno Bertina (photo), Mathieu Larnaudie, et Jérôme Mauche, interrogés par Didier Vergnaud (Ed. Le Bleu du ciel) autour du thème : "Révolutions littéraires ?", le tout devant une salle comble.

J'ai noté, notamment les développements d'Arno Bertina au sujet des avant-gardes : "Je savais qu'à partir du moment où je ne me dressais pas contre d'autres générations, j'avais plus de latitude pour écrire" et aussi : "Je veux avoir une porosité aux autres auteurs, que le plus de choses possibles vivent dans ce que j'écris".

Mathieu Larnaudie, concernant la supposée fin de ces avant-gardes : "La table rase, elle se fait quand même : sur la page blanche, on part de rien".

Jérôme Mauche : "un effet de jouissance à réutiliser le langage tel qu'il circule", et aussi : "le sujet de mes livres, c'est la langue qui nous traverse".

Encore Arno Bertina, à propos de sa découverte de la poésie contemporaine : "Dans la poésie contemporaine, je désapprenais une langue", et "la poésie contemporaine me permet d'aguiser mes sensations", dénonçant au passage un certain "ronron insupportable dans le roman". Et aussi : "Il faut des outils neufs pour décrire le monde d'aujourd'hui, on ne peut pas réparer un moteur ultra-moderne avec une simple clé à molettes". Et enfin une dernière phrase notée, quand il décrit son travail comme "un chantier qui consiste à perdre ses repères dans la langue qu'on écrit".

jeudi 16 octobre 2008

Bordeaux, Hubert Lucot au festival Ritournelles

Inauguration du festival Ritournelles au 91 rue Porte Dijeaux, à Bordeaux; salle pleine, public dehors, aperçu plusieurs auteurs et au moins un homme politique.

Hubert Lucot était invité. L'auteur, notamment, d'Opérateur le néant, Le Centre de la France et Grands mots d'ordre et petites phrases (les trois aux éditions POL), a lu quelques textes et parlé de son travail.

J'ai noté, entre autres, à propos de Le Noir et le bleu (Ed. Argol), "roman d'aventure" : "L'aventure qui m'a toujours tenté, c'est l'écriture". Et aussi, parlant du "bleu de Cézanne" : "Cézanne semblait posséder en lui une gamme qu'il n'a jamais pu atteindre dans ses tableaux", et "Le bleu est intéressant lorsqu'il est confronté par exemple au beige. Chez Picasso il serait confronté au rouge. Chez Cézanne le bleu sera confronté au vert".

Egalement présents à la table : Tiphaine Samoyault qui a parlé de son livre La main négative et son éditrice Catherine Flohic des éditions Argol.

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