CE MÉTIER DE DORMIR

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mardi 13 mai 2008

Du livre PDF au livre papier

Comme je suis un type curieux, j'ai testé le service d'impression de livres à la demande Lulu. La question de l'impression à la demande, c'est : un livre en PDF peut-il, de manière automatisée et pour le prix d'un livre offset, devenir sur commande du lecteur un livre en papier ? et quel est le résultat ?


On prend un fichier DOC/RTF, on exporte en PDF, on créé un compte Lulu, on choisit le format A5, reliure par encollage, impression noir et blanc, puis envoi du PDF, choix de la couverture, rédaction d'un petit quatrième de couverture, validation. Voilà, c'est tout. Le livre papier peut être commandé par n'importe quel internaute (pour un prix normal pour un 112 pages, environ 15 €).

Quel délai ? Commande du livre papier effectuée en ligne le 28 avril à 10h du matin, livre reçu ce 13 mai, soit 15 jours.

Quel résultat ? Un papier extra-blanc 60 g (pas mon papier préféré, mais pourquoi pas), une reliure acceptable, bonne souplesse, une couverture pelliculée éventuellement avec photographie. C'est un livre, pas très beau, mais pas plus laid que ceux de telle ou telle grande maison d'édition spécialisée dans les romans policiers. Donc, ça marche : grâce aux robots, les livres PDF peuvent se transformer en livres papier.

lundi 5 mai 2008

Il y a quelque chose pour moi dans ce livre-là

C'est un livre que j'ai déjà lu, et peut-être même deux fois. Je m'étais replongé dedans par hasard il y a quelques semaines.


Je l'ai lu une nouvelle fois ces jours derniers. En quelques secondes, au bout de deux phrases, j'ai vu qu'était cachée dans ses pages une carte au trésor qui menait à une idée déposée là exprès pour moi (chaque lecteur passé et à venir bénéficie de la même chance). Il y a quelque chose pour moi dans ce livre-là.

Pendant que je lis les pages de cet ouvrage, je vois une personne, de sexe indéterminé, qui me regarde et sourit en pointant du doigt la tranche du volume. Elle veut me délivrer un message : je dois trouver ce que j'ai à écrire, je dois entrer dans le corps du texte et le fouiller à pleine main pour saisir entre mon pouce et mon index le diamant, non pas le diamant du livre (c'est une rivière de diamants, un fleuve de diamants, un incommensurable diamant liquide) mais celui qui m'est destiné, l'étincelle de mots qui a été écrite pour moi. Lorsque je l'aurai trouvée (et je sais que je ne suis plus très loin), il me suffira d'écrire d'une traite, en deux mois, ce que j'ai vu, d'expliquer les choses le plus simplement et méthodiquement possible, comme un convive lors d'un dîner raconte une anecdote qui lui est arrivée : il était une fois.

Et je crois que l'auteur de ce livre déjà écrit adore ça, je crois qu'il a publié son ouvrage pour ça, pour être exploré et faire naître d'autres livres à sa suite.

samedi 3 mai 2008

Honorer la commande

Ce n'est pas encore signé, mais c'est déjà topé. Mon deuxième livre devrait sortir au premier trimestre 2009, quatre années et une bourse CNL après le premier. C'est un roman inspiré d'une histoire vraie.

Il sera publié par une jeune maison d'édition qui est en train de construire un intéressant catalogue d'auteurs quadragénaires. Elle est bien distribuée (Belles Lettres), me donne un à-valoir, et accepte mes "10% syndical" de droits d'auteur.

Ce qui est intéressant, c'est que cette maison d'édition m'a sollicité par le biais de son directeur de collection. Pour schématiser, on m'a fait une commande. Ça se passait fin 2007 et comme je n'ai jamais publié de roman, c'était une commande flottante : j'écrivais, je donnais à lire au directeur de collection, il refusait ou il acceptait. Le corollaire, c'était que de mon côté, une fois le manuscrit achevé, je ne le proposais pas à un autre éditeur, je respectais ma dette intellectuelle, j'honorais la commande. Ce manuscrit n'aura donc circulé nulle part (seuls l'ont lu mon amoureuse, qui est ma meilleure lectrice, et mon nouvel éditeur).

Je sais quoi dire, mais que je ne sais pas comment le dire. C'est ici que la commande de texte est bienvenue. Ce que j'ai à dire, je le fais passer à l'intérieur du tuyau de la commande. Dans les trois prochains mois, il faut que j'écrive un texte pour une revue avec thème et un autre pour une exposition, et je sais déjà que je ne ferai pas ce qu'on me demande, j'en suis incapable : je ferai ce que j'ai besoin de faire, je composerai le texte dont j'ai besoin pour comprendre qui je suis.

Editeurs, vous pouvez passer commande, en règle générale je dis oui à tout.

mardi 29 avril 2008

Des services de presse pour les blogueurs

Francis Pisani, qui publie ces jours-ci un livre sur les technologies d'Internet, a proposé d'envoyer gratuitement son ouvrage à tous les blogueurs qui en feraient la demande. Résultat : 263 demandes adressées (dont 128 venant de France) et 230 livres pour les blogueurs qui vont être envoyés en SP (service de presse). 

Adresser des SP à des blogueurs est une pratique encore peu répandue. J'en parlais récemment avec un collègue auteur publiant son prochain livre en août, il ne m'a pas paru considérer les blogs comme fondamentaux s'agissant des SP. Parmi les très rares éditeurs le faisant, il faut remarquer le Seuil avec sa collection "Déplacements" (sur les conseils du directeur de la collection, qui n'est autre que François Bon).

Le livre de Francis Pisani est un essai, qui plus est destiné à un public généraliste. Mais quid des SP s'agissant des romans, a fortiori les romans de littérature de création ? Pour mon prochain livre, j'ai déjà fait une liste de 10 blogs à qui adresser spontanément un SP (il me faudra convaincre mon éditeur). La question que pose Francis Pisani est plus intéressante encore : doit-on "arroser" les blogs comme on arrose déjà les journaux papiers traditionnels que pourtant (presque) plus personne ne lit ? Oui. Offrir le livre à tout blog sérieux (ancienneté, commentaires, rétroliens, intérêt pour la littérature) le demandant ? Oui. Il faudrait.

NB : voir aussi cet excellent billet de La Lettrine : "Blogs et service de presse", et dans son prolongement celui de François Bon.

vendredi 18 avril 2008

Suppression de la Direction du livre et de la lecture

Passage dans la quatrième dimension, ce matin, en lisant l'écran, on se frotte les yeux et on se dit qu'on est vraiment mal réveillé, mais non, c'est officiel : le ministère de la Culture a décidé la suppression de la Direction du livre et de la lecture (DLL).


Le livre n'est même plus intégré dans la nouvelle Direction de la création (qui comprend arts plastiques, musique, danse, théâtre et spectacles) : il est juste indiqué que son cas sera étudié plus tard, en "complément" (le ministère écrit, très tranquillement : "Par ailleurs, le rattachement des missions de la direction du livre et de la lecture, qui touchent à la fois au patrimoine, à la lecture publique et à l’économie du livre, fera l’objet d’une réflexion complémentaire").

Pour mémoire, l'organisation précédente comprenait, notamment, les Direction de l'architecture et du patrimoine (DAPA), Direction des archives de France (DAF), Direction du développement des médias (DDM), Direction du livre et de la lecture (DLL), Direction de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles (DMDTS), Direction des musées de France (DMF).

Merci à François Bon d'avoir le premier détecté cette "nouvelle organisation de l'administration centrale du ministère de la Culture et de la Communication". Voir aussi la réaction de Florence Trocmé sur Poezibao : "Il y a tout lieu de s'alarmer".

mardi 8 avril 2008

Publie.net entre en bibliothèque

François Bon fait le point sur le projet Publie.net et nous annonce que les 120 titres actuels de son catalogue de livres numériques sont consultables à partir d'aujourd'hui depuis des ordinateurs spécifiques de la BPI (Bibliothèque Publique d'Information du Centre Pompidou, à Paris) qui teste le système.

Publie.net entre donc progressivement en bibliothèque et c'est une excellente nouvelle, même si un peu paradoxale quand on sait que les publications numériques ne sont toujours pas soumises au dépôt légal. On consultera donc sur les ordinateurs de la bibliothèque des publications qui, selon son catalogue, n'existent même pas en tant que telles.

J'aime le projet Publie.net, son côté radical, le défi lancé à l'édition traditionnelle - même si François s'en défend - avec cette réunion dans un même endroit des textes difficiles, parfois des textes-laboratoires d'auteurs par ailleurs publiés habituellement chez Gallimard, Minuit, POL, Seuil, Verticales, ainsi que des auteurs expérimentaux apparus sur Internet, et des auteurs qui débutent (dont je suis), et aussi, apparus également sur Internet, des auteurs faussement faciles et véritablement complexes mais que l'édition traditionnelle refuse désormais de publier. François Bon les accueille tous, dans leur diversité, au coeur de ce qui est devenu sa maison d'édition.

Je concevrais même de confier la primeur de mes nouveaux manuscrits à Publie.net si se trouvaient un jour réunies ces trois conditions :
- qu'une version papier puisse exister (en impression à la demande et avec quelques exemplaires disponibles dans une dizaine de librairies);
- que le processus d'édition-relecture-correction de Publie.net soit renforcé (les auteurs pourraient y contribuer en se lisant entre eux);
- que Publie.net m'offre une pérennité de publication, une sorte de droit de préférence inversé : au lieu que l'auteur s'engage à proposer ses 4 manuscrits suivants à l'éditeur, c'est l'éditeur qui s'engagerait ici à accepter une fois par an les 4 prochains manuscrits de l'auteur, lui assurant ainsi une sécurité éditoriale.

PS : à quand un test de Publie.net sur les ordinateurs de la bibliothèque Mériadeck de Bordeaux (ici photographiée de nuit) ?...

NB 1 : voir aussi un article du journal La Croix sur Publie.net : "La littérature contemporaine s'édite sur Internet"

NB 2 : sur un sujet parallèle, les droits d'auteurs du numérique, voir la mise en garde aux auteurs que lance Marc Autret sur son blog : "La lessive des droits numériques"

vendredi 4 avril 2008

Bordeaux, lecture des textes d'Hélène Mohone par Sylvie Nève et Valérie Rouzeau chez Olympique

Sylvie Nève et Valérie Rouzeau lisaient ce soir à la librairie Olympique de Bordeaux les textes de l'écrivain Hélène Mohone, dont on a appris la disparition hier. Hélène Mohone était l'auteur de plusieurs livres dont Le coeur cannibale (Ed. William Blake & Co), L'enfant africaine (Ed. L'Amourier), et plus récemment Torpeur (Ed. La Cabane) et De loin (Ed. Atelier de l'Agneau). Plusieurs blogs, dont celui de Florence Trocmé (Poezibao), celui de Claude Chambard, et celui d'Angèle Paoli, ont fait des billets sur cette disparition.


La librairie était pleine et une quarantaine de personnes assistaient à cette lecture d'hommage à l'auteur prévue de longue date, et qui fut très émouvante. Ses amis et ses proches ont ensuite parlé de la personnalité d'Hélène Mohone.

La plus belle chose qu'un auteur puisse faire pour un autre auteur qui vient de disparaître, c'est de faire vivre plus fort ses textes, particulièrement en les lisant en public.

mercredi 2 avril 2008

Formes colorées sur le blog

Un livre avec des images, on ne le lit pas, ou mal. Un billet de blog non illustré, on ne le lit pas non plus, hélas.


Tous les billets du blog seront donc dorénavant illustrés avec une image (et chaque ancien billet va recevoir la sienne).

D'ailleurs, au passage, je remarque que pour accompagner le billet de février intitulé "J'écris plus vite que je ne publie" , j'ai choisi une photo montrant l'ordinateur ouvert et allumé sur la fenêtre de "login", avec collé à côté de l'ordi, le stylo posé sur le carnet Moleskine fermé. Signe que je n'écris plus qu'au clavier d'ordinateur (mais comment savoir si c'est, ou non, mauvais signe pour la douceur de ma main, donc de mon style ?)

lundi 31 mars 2008

Au miroir des auteurs classiques

Parfois, des amis me demandent pourquoi j'écris chaque mois la chronique d'une nouveauté chez les auteurs classiques, malgré le prix que ça me coûte en achats de livres (pour en choisir un, il faut en lire plusieurs), la difficulté à trouver ces rééditions et nouvelles éditions de textes d'auteurs classiques (de plus en plus rares) *, le temps que ça me prend pour lire puis écrire, en cumulant les retards mois après mois (je termine actuellement celle de février, alors que nous sommes en avril demain).


Je fais ça pour passer un texte souvent connu et que souvent je n'avais jamais lu, au filtre de ma vie quotidienne. Ces chroniques sont un journal littéraire : je me projette dans ma lecture. Je lis ce qui a été déjà lu des centaines de milliers de fois par des centaines de milliers de lecteurs et je tente d'y retrouver des traces de ma vie. Je fais comme si Voltaire, Flaubert, Saint-Simon, Michelet, Montaigne, avaient écrit pour le lecteur bizarre que je suis. Je me regarde dans le miroir des classiques. D'ailleurs, c'est une lecture subjectiviste au possible et je déconseille aux internautes de se servir de ces chroniques comme d'un corpus de référence (mieux vaut aller sur Wikipédia).

Le résultat est irrégulier, certains mois c'est presque n'importe quoi, ça a du mal à embrayer, ça se répète. D'autres mois, je fais une trouvaille tordue, je prends le texte par un biais inattendu, j'ai une fulgurance théorique, une étincelle créée par le silex de ce vieux texte.

Quoi qu'il en soit, et c'est là que je voulais en venir, l'important c'est de lire les auteurs du passé, puis de s'examiner au cours de cette lecture, et enfin d'écrire ce qu'on a vu et ressenti. Les éditeurs qui ont encore le courage de publier ce genre de textes (coup de chapeau en passant à Folio-classiques, GF-Flammarion, ou le Livre de Poche) créent une actualité qu'il faut commenter, objectivement comme un journaliste, mais aussi subjectivement comme un écrivain. L'éditeur procède à une émission, moi je transcris ma réception.

Et pour la question subsidiaire : pourquoi trouve-t-on dans mes chroniques des livres d'auteurs contemporains perdus au milieu des auteurs classiques, la réponse est : ce sont les exceptions qui confirment la règle, et aussi : je les vois comme des futurs classiques.

(*) Ceci est un appel : si vous êtes éditeur et que vous publiez un texte d'un auteur classique (jusqu'au XIXe siècle inclus), je suis intéressé par l'envoi d'un service de presse (éventuellement sous forme de fichier PDF).

jeudi 27 mars 2008

Comment s'écrivent les livres ?

Comment s'écrivent les livres ? ou plus exactement comment s'écrivent mes livres ? Je ne suis pas capable d'écrire des romans structurés, avec un début et une fin, avec des personnages et une forte cohérence. Moi, je suis quelqu'un d'incohérent. Et pourtant quelque chose tourne ! il se passe une rencontre entre le langage et la pensée, j'ai la vision d'un paysage de pensée et je le peins.


On peut parfaitement écrire des livres avec une succession de paysages que seule relie une continuité biographique. Jean Echenoz l'avait fait dans son Ravel, et un an avant lui Patrick Modiano avait publié Un pedigree. Ces deux romans font peu de révélations sur le musicien français et sur l'auteur-romancier, ils parlent d'autre chose, ils jouent une double partition. C'est un peu comme si le Nouveau Roman avait enfin découvert la poésie.

J'écris mes livres avec des morceaux, des morceaux de plus en plus petits, et pourtant les tableaux sont de plus en plus vivants. Parlant de Chardin, le peintre aux natures mortes, son contemporain Denis Diderot écrivait : "c'est la nature même ; les objets sont hors de la toile et d'un vérité à tromper les yeux". C'est mon objectif. Si j'osais, je dirais à mes lecteurs : "en me lisant vous n'avez pas voyagé ? vous n'étiez pas dedans ? alors je vous rembourse; satisfait ou remboursé" (je connais un libraire qui le fait avec ses clients).

Pour écrire mes livres, je dois vivre, voyager et rencontrer de nouvelles personnes qui me fassent changer. Je n'ai pas besoin de faire quoi que ce soit d'autre, même pas de prendre des notes : ma très mauvaise mémoire, qui oublie l'essentiel pour se concentrer sur l'accessoire, filtre la vie pour moi. Plus tard, il suffit de raconter ce qui s'est passé, ce qui s'est passé et rien d'autre, sans jugement postérieur ni interprétation.

Mais vivre prend beaucoup de temps et use la carcasse qui est aussi celle qui sera ensuite chargée d'écrire. Et on n'est pas certain qu'on aura assez de temps pour le faire.

PS : au final, ce que j'écris est tellement curieux que tout le monde voudrait me publier (trois éditeurs récemment : "je fais suivre", "je vois et je vous dis", "compliqué à éditer") mais que personne ne le fait.

mercredi 19 mars 2008

Bordeaux, Aharon Appelfeld chez Mollat

Venue de Aharon Appelfeld  à la librairie Mollat pour la sortie de son roman La chambre de Mariana (Ed. de l'Olivier). La salle Albert Mollat était comble avec beaucoup de spectateurs debout. L'auteur de L'histoire d'une vie et Badenheim 1939 était interrogé par sa traductrice Valérie Zenatti qui retranscrivait les questions en hébreu et les réponses en français. L'enregistrement devrait être disponible dans les jours qui viennent sur la page podcast de Mollat.


Aharon Appelfeld parle avec douceur et rythme, assez bas, comme s'il racontait une histoire à sa traductrice, à laquelle il s'adresse, ne regardant que rarement le public. Sa voix est très assurée, presque une voix d'homme jeune mais posée. La beauté de l'hébreu ajoute encore à la magie et la totalité de la salle l'écoute dans un silence impressionnant.

Sur la littérature, il explique : "La littérature est, comme la musique, le meilleur substitut à la foi religieuse que nous avons perdue", "la littérature puise sa force dans le silence, c'est en quelque sorte une possibilité de contact entre soi et l'extérieur", "la littérature pure, c'est le retour vers les premières sensations, celles de l'enfance", "l'enfant que j'étais est toujours resté en moi".

Aharon Appelfeld explique : "mon arrivée en Israël a été comme la montée d'un puits de mort vers la vie". Il dit aussi : "j'ai été en contact avec les secrets ou les mystères de la vie : ces secrets ou ces mystères sont le lien que j'entretiens toujours avec mes parents". Et sur leur disparition : "ce n'est pas parce que nous ne voyons plus quelqu'un, qu'il n'est plus là".

A propos de Mariana, l'héroïne de son roman, il dit : "Elle fut pour moi une mère de substitution, une soeur de substitution, une bien-aimée de substitution". Et aussi : "Les mois que j'ai passés avec elle ont été l'école la plus importante de ma vie".

samedi 15 mars 2008

Bordeaux, lecture avec Emmanuelle Pagano au Marché de la Poésie

Emmanuelle Pagano et moi faisions une "lecture croisée" au Marché de la Poésie des Chartrons à Bordeaux : j'ai lu ses textes et elle a lu les miens. Ce fut pour moi, et je crois aussi pour Emmanuelle, un moment d'exception au milieu de nos vies agitées.


Pour préparer cette lecture, nous avions depuis plusieurs semaines relu la totalité de nos livres et textes parus en revue, ainsi que les manuscrits à paraître, afin d'en tirer une trentaine d'extraits, significatifs aux yeux de chacun du travail de l'autre (et ce fut l'occasion de constater tous les deux que les passages préférés de l'auteur n'étaient pas toujours ceux préférés par son lecteur). Emmanuelle avait ensuite effectué le montage des extraits choisis pour rapprocher au mieux les textes. Le "croisement" de nos livres a donc produit ce texte d'une dizaine de pages, très surprenant et que l'on peut télécharger ici.

Concernant le Marché de la Poésie de Bordeaux 2008, voir également des vidéos d'entretiens avec, notamment, Jean-Paul Brussac (organisateur de la manifestation et patron de la Librairie Olympique), les éditeurs de poésie Jacques Brémond (Ed. J. Brémond) et Franck Pruja (Ed. de l'Attente), l'éditrice de beaux livres Marie-Christine Moreau (Ed. La Part des Anges) et l'éditrice de littérature générale Delphine Montalant (Ed. Delphine Montalant).

lundi 10 mars 2008

Merci de ne pas m'envoyer de manuscrit

A mesure que la fréquentation de ce blog augmente, je reçois de plus en plus de mails d'auteurs qui cherchent à publier et qui me demandent des conseils. Certains m'adressent également en fichier attaché des manuscrits. S'il vous plaît, ne m'envoyez pas de manuscrit.


J'ai longtemps cherché à publier et aujourd'hui encore j'ai des manuscrits qui circulent sans trouver aucun éditeur, donc je comprends parfaitement la situation de l'auteur non publié et qui essaie par tous les moyens de trouver une prise sur la paroi (la littérature, parfois, c'est un peu de la varappe), une petite aide, un conseil.

Il peut m'arriver de donner mon avis à des (modestes) éditeurs ou responsables de (modestes) revues que je connais quand ils me font part de leur enthousiasme sur un manuscrit. Mais je ne suis pas du tout la personne qu'il faut pour les sélectionner, les faire retravailler, ou les défendre. Je ne suis pas éditeur, je ne dirige pas de collection, je ne suis pas "lecteur", je ne suis ami ni avec X. ni avec Y. (au passage : inutile de me demander comment contacter "directement" le célèbre auteur dirigeant la revue parisienne dans laquelle ont été publiés certains de mes textes, faites comme moi : écrivez ou téléphonez).

Martin Winckler a mis en ligne sur son blog une page intitulée "Pourquoi il ne faut pas m’envoyer votre manuscrit... ". Les raisons qu'il donne sont à peu près les mêmes que les miennes.

Pour résumer, merci de ne pas m'envoyer de manuscrit, tout simplement parce que

  • je n'ai pas le temps de les lire
  • je ne suis pas bon juge (pas éditeur)
  • l'écriture est une chose trop intime pour autoriser les conseils

Le mieux à faire pour ceux dont les manuscrits sont refusés par les éditeurs, c'est de mettre des textes en ligne, sous une forme adaptée à Internet, en ouvrant par exemple un blog. La chaîne des lecteurs se créera d'elle-même si les textes possèdent leur force.

samedi 8 mars 2008

Le pourcentage de droits d'auteur c'est 10%, pas 8%

Légère surprise en tombant sur la page 6 du petit dépliant didactique "De l'auteur au lecteur : la réalité du livre" que l'ARPEL vient de publier : un camembert intitulé "Le prix du livre, ce qui revient à chacun" indique que les droits d'auteur sont de 8% (le graphique précise "Ces chiffres sont donnés à titre indicatif, il s’agit de moyennes professionnelles").


Non, les droits d'auteurs ne sont pas de 8%, ils sont de 10%. Il y a une tendance des éditeurs à vouloir baisser à 8% ces droits d'auteur, nous devons refuser cette tendance. Il faut rester à 10%. La règle a été, et reste encore pour les auteurs installés, entre 10% et 11%, avec augmentation progressive à 12% à partir de 5000 exemplaires vendus, et 14% à partir de 10000.

Je signe mes contrats d'édition à 10%, point. L'à-valoir on peut toujours le négocier, mais le pourcentage de droits d'auteurs c'est minimum 10% du prix de vente hors taxe. Question de principe.

Si vous êtes éditeur et que vous avez un de mes manuscrits en lecture, inutile de me contacter pour me proposer un contrat à 8% non-négociable : je refuserai la publication et j'expliquerai publiquement sur ce blog les raisons de mon refus.

Il faut être ferme. Nous les auteurs, nous travaillons dur, nous créons, nous avons droit à nos 10%.

vendredi 7 mars 2008

Les 14-15-16 mars à Bordeaux : Marché de la poésie à la Halle des Chartrons

Une annonce pour celles et ceux qui seraient à Bordeaux en fin de semaine prochaine : Jean-Paul Brussac, qui tient la Librairie Olympique dans cette même ville, organise son traditionnel Marché de la Poésie à la Halle des Chartrons les 14-15-16 mars 2008.


Parmi les invités, il y aura notamment l'éditeur Jacques Brémond, ainsi que les nouveaux auteurs des Editions Le Bleu du Ciel - Sarah Kéryna, Sarah Riggs, Henri Deluy et Yves Di Manno -, ainsi que Jean-Pierre Spilmont, Cédric Le Penven, José Manuel Fajardo, Stefaan van den Bremt, Joan-Pèire Tardiu, le philosophe Patrice Loraux, et je fais également partie des auteurs au programme.

Est aussi invitée Emmanuelle Pagano, qui m'a fait la joie de me proposer une lecture croisée. Emmanuelle lira des passages qu'elle a choisis parmi mes textes (livres, revues, manuscrits) et je lirai des passages que j'ai choisis parmi les siens, notamment des extraits de son nouveau roman à paraître chez POL en septembre prochain : Les mains gamines. A l'occasion de sa venue, la Librairie Olympique publie d'ailleurs une nouvelle inédite d'Emmanuelle Pagano, Le guide automatique (25 p., 6 €) vendue sur place et par correspondance.

Les horaires et les infos pratiques sont dans le programme.

vendredi 29 février 2008

Mon corps est une maison (à propos de Balayer fermer partir)

Je suis complètement dépassé actuellement, et même plus : physiquement épuisé, mais je veux à tout prix parler d'un petit livre merveilleux : Balayer fermer partir, de Lise Benincà (Seuil, 109 p., 13 €), qui vient de paraître dans la collection "Déplacements" de François Bon. Ce livre m'a envoûté, je suis tombé sous son charme, et ce charme c'est d'abord celui d'une couleur, celle de Lise Benincà, auteur précieux et prometteur (c'est son premier livre : bravo au Seuil de l'avoir dorénavant sous contrat).


Je ne suis pas très doué pour résumer les histoires, mais il s'agit du décès du père de la narratrice, qui lui laisse en héritage une maison qu'elle met en vente, et il s'agit également de l'appartement occupé par la narratrice, de sa disposition et de son contenu, de ses pièces, notamment une pièce vide (inspiration de Georges Perec, cité en exergue du livre). La narratrice est seule quelques jours dans son appartement, son compagnon étant parti en voyage. Elle se demande : qu'est-ce qu'une maison ? et aussitôt : que suis-je pour les autres ? que sont-ils pour moi ?

Lise Benincà possède un oeil particulier qui lui fait dire des choses différentes, par exemple : "Marchant au matin sur le boulevard, l'immeuble dans mon dos, les voitures me dépassent et me dépassent" ou encore : "on s'est penchées au-dessus de l'eau, par-dessus la balustrade rouillée, on a regardé les poissons. Ils ne sont pas bien gros, a dit ma grand-mère" et plus loin : "Je pense à cette page sur laquelle l'institutrice avait écrit Bravo dans la marge". A propos de la vie, Lise Benincà dit : "J'assiste au spectacle. J'ai payé mon billet, j'attends le dénouement".

Une maison, c'est un réceptacle pour les corps. Mais un corps ressemble lui-même à une maison. La maison héritée du père, celle que la narratrice est en train de vendre, avait été construite entièrement par le père. Notre corps aussi, c'est notre père qui l'a construit. "Le corps est mon lieu. Y suis-je enfermée ? Les oreilles sont des portes d'entrée. La bouche est une porte de sortie (...) Le corps construit par le père, à son image, sans avoir l'air d'y toucher. La couleur des cheveux, la couleur des yeux. Les fondations." Elle s'interroge indirectement sur le déterminisme de la naissance, sur les limites que nos père et mère nous imposent, ou veulent nous imposer, par la génétique (les murs qu'ils ont bâtis) : "Y a-t-il un certain nombre de mètres carrés au-delà desquels l'espace est supérieur à ma capacité de présence ?". Phrase à méditer. Tout le livre est à méditer.

Il y a aussi dans ce livre la palette des couleurs, posées chacune de façon nominale, à la Rimbaud, et pourtant si présentes dans leur énumération, palpables. Et toujours, ce décalage, ce glissement émotif, cette poésie que Perec a toujours cherché à atteindre et que Lise Benincà semble posséder comme un don naturel.

vendredi 22 février 2008

Inventaire/Invention mis en danger par une baisse brutale des aides publiques

Patrick Cahuzac, directeur d'Inventaire/Invention annonce que pour la deuxième fois en moins d'un an le Ministère de la Culture lui signifie une baisse du soutien public qui lui était apporté, mettant ainsi la structure "en danger". Il dénonce le péril qui menace la diversité culturelle et artistique et appelle à participer à la journée de mobilisation du 29 février 2008 contre le désengagement de l'Etat dans la Culture.

Extrait :

"Au mois de mai 2007, quelques jours après l'élection présidentielle, le Ministère de la culture annonçait à la direction d'Invention/Invention une baisse de 15 % de son soutien pour l'année en cours. Cette baisse portait essentiellement sur nos actions en faveur du développement de la lecture en banlieue parisienne, et en Seine-Saint-Denis en particulier. Cette décision prise sans concertation d'aucune sorte nous a tous ici scandalisés. Sur le fond, rien ne pouvait la justifier. Quant à la forme, qu'on en juge : annoncer à une structure, en milieu d'année, que son budget sera amputé dans de telles proportions, c'est la plonger dans des difficultés à peine imaginables… Nous y avons fait face comme nous avons pu.

Aujourd'hui, le Ministère de la culture revient de plus belle à la charge et nous annonce cette fois, pour l'année 2008, une baisse supplémentaire de 35 % des aides apportées à Inventaire/Invention pour l'ensemble de ses actions…

Nous tenions aujourd'hui à vous informer de cette situation pour deux raisons : la première tient au fait qu'il nous parait normal de vous dire, à vous, qui êtes nos lecteurs et nos amis, qu'Inventaire/Invention est en danger."


Inventaire/Invention a notamment publié des livres de la majorité des écrivains contemporains (la liste des auteurs parle d'elle-même). Les livres sont à la fois vendus en librairie sur papier et consultables en ligne pour lecture à l'écran. Inventaire/Invention est plus largement un "pôle [multimédia] de création littéraire" qui organise entre autres des lectures.

vendredi 15 février 2008

Bordeaux, Michel Deguy chez Mollat

Michel Deguy, de passage à à Bordeaux, était à la librairie Mollat pour présenter le Grand cahier Michel Deguy (Ed. Le Bleu du ciel), Réouverture après travaux (Ed. Galilée) et Michel Deguy, L'allégresse pensive (Ed. Belin).



Si on oublie les trop longues questions avec introduction du meneur des débats (la plus longue question a duré douze minutes, autant de temps enlevé hélas à l'invité), c'était une rencontre réussie, très intense, avec un Michel Deguy électrique, fulgurant, plein d'humour. Deguy a raconté notamment qu'il remettait souvent discrètement des anciens poèmes dans ses nouveaux livres, pour insister sur le propos, et que presque personne ne s'en rendait compte (rires dans la salle). L'intégralité de la rencontre a été enregistrée et est disponible en fichier sonore MP3 sur la page podcast du site web de Mollat.

J'ai noté, au milieu de la dérive brillante de son propos : "Le roman cache la prose française"; "La réponse à laquelle doit répondre tout artiste est : 'Comment envisage-tu le menaçant ?' "; "Le poème fait passer au ralenti la langue en parole : le poème ralentit la prose"; "La brièveté caractérise essentiellement la poésie".

Tout un passage sur la différence et sur le même : "la division du même contre lui-même"; "le voile de l'homonymie" (exemple du travail : "pour les uns le travail est temps perdu, aliéné, pour les autres comme nous les intellectuels, le travail c'est toute la vie : on travaille tout le temps car la pensée ne s'arrête pas".

Egalement, un passage sur la fusée éclairante : "Une fusée de feu d'artifice, c'est ce qui redescend en éclairant. Que fait le poème ? il montre l'exemple. Il ne faut pas toujours tout attendre d'en haut, les choses ne tombent pas du ciel. La fusée, elle ne vient pas du ciel : il s'agit de tirer soi-même son feu d'artifice".

Et aussi, à la fin, cette remarque sur Rimbaud, à l'occasion d'une question du public : "Chaque fois qu'on recommence à relire Rimbaud, on ne comprend rien".

dimanche 10 février 2008

J'écris plus vite que je ne publie

Je suis gavé de travail, actuellement. Je termine à peine un manuscrit, dont on m'a suggéré l'écriture sans rien me promettre, et je plonge à nouveau dans un autre projet, là encore sollicité, même si complètement différent.

Depuis un an, je n'ai plus arrêté, j'ai accumulé les travaux et pourtant bizarrement je n'ai rien publié (*). Le manuscrit d'une version remaniée du Carnet, bouclé en décembre. Puis ce manuscrit que je viens de terminer. Puis ce nouveau projet, encore flou mais qui se dessine d'heure en heure. J'enchaîne les manuscrits les uns après les autres sans avoir le temps de me refroidir, et j'oublie de consacrer du temps à les publier.

"Ecrire est reposant, publier est crevant"
note Philippe Sollers dans ses Mémoires. C'est vrai, je n'ai plus le courage de me battre pour être publié. Voici donc le paradoxe : je me désintéresse progressivement de la publication traditionnelle parce qu'elle m'a épuisé par ses hésitations. Je l'ai raconté : trouver un éditeur papier, c'est pire que faire un Voyage jusqu'à la planète Mars. Un collègue me dit : "Ecris des romans, c'est l'indispensable compromis". A quoi je lui réponds : "On écrit ce qu'on sait écrire". Ma vie ce n'est pas la publication, ma vie c'est l'écriture. Alors je vis.

(*) "Publié" au sens livre papier, puisque fin décembre 2007 Publie.net a publié en livre numérique ma
Vie des écrivains classiques.

vendredi 1 février 2008

Bordeaux, Alberto Manguel chez Mollat

Passage d'Alberto Manguel à Bordeaux, venu présenter son Livre des éloges (Ed. L'Escampette) à la librairie Mollat.


L'auteur d'Une histoire de la lecture conseille "la lecture à l'aveugle" (comme parfois on déguste les vins à l'aveugle, sans connaître le nom du cru). Egalement, il dénonce "une éducation de la stupidité qui vise à faire croire aux gens qu'ils ne sont pas assez intelligents pour jouir de la lecture". Alberto Manguel a aussi rendu hommage aux libraires indépendants, attaqués ces derniers temps par Amazon.fr et ses soutiens : "le libraire doit enseigner au lecteur ses passions, et un peu comme au bordel, lui procurer des partenaires amoureux". On peut écouter le podcast de la rencontre sur le site de Mollat (classé à la date du 1er février 2008).

Au passage, j'ai appris que Borges (dont Manguel a été l'aide) n'avait que 500 à 600 livres dans sa bibliothèque et qu'il n'y était pas attaché, les donnant volontiers à ses visiteurs. Plus triste : Alberto Manguel a indiqué que les Editions Actes Sud arrêtaient (pour raisons financières) la collection "Le cabinet de lecture d'AM" qu'il dirigeait chez eux.

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